Quelle carte utiliser pour voyager ?

Dans quelle espace évoluons-nous ? De l’infiniment proche au plus universel, la carte du monde nous sert à la fois de repère de lieux et à la fois d’échelle de mesure de temps. Entre la perception du monde, sa réalité et notre propre monde, dans quelle mesure les cartes sont-elles fiables ?

On ne peut parler de voyage sans carte.
La première représentation du monde remonte à l’antiquité, où déjà on considérait que le monde était rond.
Comme pour toute carte émise, le centre est toujours le pays dans lequel nous sommes.
Anaximandre et Thalès de Millet ont donc imaginé la Mer Egée et la civilisation grecque comme centre de la première représentation cartographiée du monde en 650 av. J-C :

anaximandre

La carte du monde a ensuite évolué avec Eratosthène à mesure des conquêtes d’Alexandre le Grand. Il obtient 150 km de plus 200 ans plus tard en mesurant les distances en comparant la différence d’inclinaison des rayons du soleil. L’hypothèse des terres inconnues seront appelées les « antipodes ».
Cette carte se trouvait à la bibliothèque d’Alexandrie :

erastothène

Hipparque parviendra à la même période à définir cinq zones : l’Equateur, supposée torride et inhabitable, deux zones tempérées et deux zones glaciales.
La zone tempérée septentrionale sera appelée « oecoumène ».

Hipparque

La cartographie romaine développera encore davantage la représentation du monde après la destruction de Carthage. Les agrimensores prendront des mesures précises de l’Espagne aux îles britanniques, centrant le monde autour de la méditerranée. Une carte destinée aux armées principalement, commandée par Jules César.

romaines

Ptolémée, astronome et géographe grec, au IIème siècle après Jésus Christ, synthétise l’ensemble des savoirs dans sa « Géographie » avec les détails des villes, des régions, des rivières et des montagnes du « monde habité ». Un monde toujours rond déterminé en degrés et longitudes.

ptolémée

La carte du monde la plus proche de celle que nous connaissons est celle de Ptolémée, complétée par la représentation de l’Europe, la conscience d’un nouveau monde au-delà de l’Atlantique, l’ajout de l’Inde et de la Chine, connues, occultant complètement l’aspect légendaire et mythique.

Au Moyen Age, l’occident chrétien émet toujours la conviction que la terre est ronde et sphérique. Au VIIème siècle, la terre est un globe :

moyenage

Au VIIIème siècle, le monde est représenté en TO, T dans l’O : un anneau océanique dans lequel 3 continents existent, séparés par le T de la Méditerranée et les fleuves Tanaïs (qui sépare l’Europe et l’Asie) et le Nil (qui sépare l’Asie et l’Afrique). Le cercle océanique étant considéré comme bordure et infranchissable :

to

Cette version sera revue par la Bible qui ajoutera une dimension ethnique et sociale : l’Asie des hommes libres, l’Afrique des hommes esclaves, l’Europe des homme guerriers.

 

T1-19

Les mappemondes seront souvent représentées tournées vers le soleil levant, vers l’Est, avec la symbolique théologique du Christ, la lumière. L’orient et le paradis terrestre sont placés en haut. Au XIIème siècle, Jérusalem sera placé au centre des cartes comme nombril du monde :

107

La mappemonde d’Ebstorf devient la référence encyclopédique médiévale : la mémoire tant historique que religieuse. La représentation des villes est notée tant par l’histoire sacrée que profane. Elle prend une dimension initiatique comme vecteur du temps :

207_2

Pour ce qui de la carte du monde arabe, elle relève également d’une représentation confuse entre l’histoire de mythes religieux et la réalité, celle-ci est représentée en forme d’oiseau :

arabe

La représentation arabe évoluera avec les récits de voyage mais l’aspect utilitaire avec principalement le commerce, le monde est alors divisé en 7 cercles égaux, appelés « kishwars » :

arabe2

Au XIVème siècle, ce sont des cartes essentiellement maritimes qui se développent, à l’usage du commerce. Ce sont les « portulans » qui diffuseront des cartes nautiques avec la représentation des ports, des îles et des côtes :

portulans

Les cartes positionnent dorénavant le Nord en haut (de l’origine de ses auteurs), les distances sont données en miles marins et largement numérées, influencée par les cartes arabes :

nord

A la fin du XVème et début du XVIème siècle, avec les conquêtes de Magellan, Christophe Colomb, Vasco de Gama, les cartes du monde se complètent. Les navigateurs espagnols et portugais découvrent le Nouveau Monde : c’est l’âge d’or de la géographie à la fin du XVIème siècle :

vasco

L’arrivée de la science avec les chronomètres, les lunettes astronomiques et les baromètres vont permettre d’affiner les distances et les repères, on approche ainsi une exactitude jusque là jamais égalée.
La place des mathématiques et de l’astronomie va être grandissante.
L’imprimerie également se développe et permet de diffuser davantage cette connaissance.
Ce seront les cartes flamandes qui seront les plus remarquables de précision avec les célèbres éditeurs tels que Hondius, Jansson et Blaeu :

jannson

La dimension militaire et administrative prend le pas et permet de développer de nouvelles cartes dans le cadre des grands travaux d’aménagement menés par Colbert au XVIIème siècle, ce sont alors des ingénieurs-géographes qui seront à la tache :

colbert 2

La carte d’Etat major sous Napoléon prendra 50 ans à être réalisée par les ingénieurs-géographes. Du cadastre, ils opteront pour une échelle à 1/80 000 plutôt qu’à 1/50 000, ce qui permettra de relever beaucoup d’inexactitudes :

napoleon

Apparaissent en même temps, fin XIXème, les carte thématiques et colorées, à destination des atlas universels et de l’enseignement :

couleur

Emerge alors l’école cartographique française et la diffusion, encore en usage aujourd’hui, dans les écoles de l’Atlas général Vidal-Labranche :

vidal

Au XXème siècle, c’est la cartographie aérienne qui vient compléter la géographie. Dans le cadre d’une géographie à grande échelle, nécessaire à partir de 1914, ce sera la photographie aérienne qui permettra de mettre à jour les cartes. La stéréophotogrammétrie aérienne sera appliquée dans les années 40, de façon à ce que ce ne soit plus l’armée qui en soit en charge :

ciel
Avant d’aller plus loin, il y a bien sûr d’autres références cartographiques, non mentionnées à la BNF pour retracer l’histoire de la géographie.

En effet, à l’époque des cartographes flamand, quelques autres noms sont familiers, comme Mercator (ou Gérard de Kremer).
Premier à proposer en 1569, une représentation des terres australes, il mêle les mythes des cartes antiques et les vieilles théories de l’hémisphère sud, donnant une disproportion aux pays neufs.
La publication de ses cartes et la reconnaissance intellectuelle qui lui est accordée a participé en quelques sortes à la construction biaisée de la vision colonialiste et son alimentation.

Le mythe commun appuyé par la caution scientifique :

La représentation simplifiée du monde, lorsqu’elle a la vocation large de d’englober le monde sans thématique particulière, tend à devenir simpliste voire perverse.

Simplifier la réalité a ces écueils de nous dé-responsabiliser de toutes dimensions sociale, politique ou environnementale.

Etes-vous capable aujourd’hui d’énumérer et placer tous les départements, fleuves, montagnes de France ?
Peu en sont capables, et à dire vrai, tout le monde s’en soucie peu.
Ouvrez votre navigateur, il répondra à toutes vos questions.

Mais quelle est la carte référente de Google, Bing et Apple ?
La représentation cartographique aujourd’hui est plane, majoritairement acceptée sans distorsion.
C’est celle de Mercator.

11179_wm
Une des pires qui soient puisqu’elle relève d’une représentation archaïque, encore pétrie d’une vision européenne et coloniale, qui date du XVIème siècle.

Pourtant, cette carte est satisfaisante pour des besoins minimaux de repères géographiques.

Le cartographe Nicolas Auguste Tissot a imaginé en 1851 donner la variable de distorsion du fait de la forme réelle de la Terre. Le résultat est clair :

Mercator :

07-tissot-projection-carte-Mercator-01-804x800

Gall Peters :

04-tissot-projection-carte-Gall-Peters-equal-area-04-900x571

Vinkel Tripel : la plus juste

11-tissot-projection-carte-Winkel-Tripel-02-900x549

 

Certes plus récente (1921), cette carte a le mérite d’avoir une projection tri-dimensionnelle sur un plan plat.

La projection Buckminster Fuller, quant à elle, découpée en 20 triangles, réduit considérablement les incohérences d’espace et de réalité :

projection-petergall-carthographie-partie-2-L-b9PkMn

 

La notion de Nord et de Sud est mise de côté, n’imposant plus aucun sens de lecture, et à la qualité de représenter le monde dans un espace sans discontinuité, comme une Terre au système interdépendant.

Pour le fun, regardez cet article la taille réelle des pays pour souligner la fausseté de la carte Mercator.

true-size-countries-mercator-map-projection-james-talmage-damon-maneice-17-5790c693d02d0__880

Aujourd’hui la vue satellite s’ancre davantage dans notre esprit.

Malgré cela, il reste encore un système archaïque de géolocalisation des endroits sur terre. Un problème finalement pour retenir l’interminable donnée de géolocalisation d’un endroit :

Rio de Janeiro :

Geographylogo.svg 22° 54′ 35″ Sud43° 10′ 35″ Ouest
sinon

What3Words, une technologie imaginée pour pallier aux faiblesses des adresses.
Lorsqu’il est impossible de donner une adresse précise d’un lieu, outre les enjeux d’accessibilité postaux, W3W été imaginé pour donner des coordonnées très simples d’un lieu.

w3w_about_mapgrid
Basé sur un quadrillage mondial de 3 m x 3 m, une adresse unique de 3 mots fixes a été attribué, pour les 57 milliards de carrés 3mx3m de la planète :

w3w_about_world

Se baser sur des mots est plus simple et plus ludique que se baser sur des chiffres (16 chiffres pour les coordonnées GPS, décimales et préfixes N/S/E/O).

Des mots simples, sans homonymie, ont été choisis (déclinées par langues).
Plus les mots sont longs et compliqués, plus ils témoignent d’un endroit désert ou inhabité.

Openstreemap, la collaboration :

A l’époque des données open-source et des wiki, apparaît Openstreetmap, un carte du monde élaborée et corrigée en permanence par qui le souhaite.
A s’y plonger, quelques connaissances sont tout de même nécessaires pour en faire part.
A la différence des cartes satellites, il s’agit vraiment d’une géographie terrienne.

Capture d’écran 2016-08-06 à 15.32.51

Les cartes de l’infiniment petit :

C’est la carte du cerveau humain.
Les scientifiques ont récemment établi une carte très précisément détaillée du cerveau humain.
L’université de Washington a publié cette nouvelle carte, à peine revisitée depuis 1909, avec la carte du cerveau de Brodmann :

Une approche nouvelle et plus complexe fait foi aujourd’hui.
Le cortex, la surface du cerveau reste la structure la plus facilement identifiable. Longtemps réduite au siège de l’intelligence humaine, il restait limité à son traitement pur de l’information.
Les notions de fonctions cognitives supérieures demeuraient un peu dans l’inconnu.

Même si cette carte plus précise est destinée principalement à détecter les anomalies, les symptômes d’Alzheimer, elle ne perce pas pour autant les mystères de l’âme.

En effet, la énième dimension de notre représentation de soi et de soi dans le monde peu davantage se comparer à celle d’un oignon : la mémoire et ses traumas, l’éducation, la culture, la gestion des émotions comme sport d’un muscle, pas encore tout à fait mis à nu.

Pour les plus motivés, connectome et le rôle de la synapse ainsi que le projet Connectome se trouve ici.

 

 

 

Scientists Complete the Most Detailed Map of the Brain Ever

http://www.fastcodesign.com/3062215/all-world-maps-lie-so-which-one-should-we-use

9 commentaires sur “Quelle carte utiliser pour voyager ?”

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.