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Doit-on s’inquiéter de la réalité virtuelle ?

Doit-on s’inquiéter de la réalité virtuelle ?

Non. Et pour la raison la plus pure qui a déjà été démontrée… Voici l’explication.

Il n’y a pas de débat entre réel et virtuel : le monde n’est qu’une simulation expérimentée.

Elon Musk annonçait récemment que le monde de demain serait une vaste simulation d’un monde créé par un ordinateur qui « donnerait l’impression d’un monde réel ».
Deux questions dans une seule : qu’est-ce que le monde réel ? Et par l’impossibilité de répondre à cette question, est-ce que nous ne vivons pas déjà dans un monde virtuel ?

Le rêve est en quelque sorte un monde virtuel, créé par notre inconscient pur : les Grecs et les Egyptiens y accordaient déjà de l’intérêt.

La Fabrique des rêves, Giorgio de Chirico
La Fabrique des rêves, Giorgio de Chirico

Et l’impression de réalité n’est pas à démontrer quand on se réveille en sursaut d’un cauchemar.

Le premier des faits : nous vivons déjà avec une PERCEPTION de la réalité séparée de la réalité du monde.
Nous faisons l’expérience d’un monde de manière indirecte et imparfaite : les impulsions électriques que notre cerveau reçoit sont INTERPRÉTÉES en informations.

Est-ce que lorsque nous regardons une pomme nous calculons sa circonférence, sa colorimétrie, la distance qui la sépare de nous, son poids, sa surface de contact avec l’assiette, son ombre, sa proportion, etc pour se faire la certitude que c’est une pomme ?
Non.
Notre cerveau s’en tire à coup d’heuristique : il trouve un modèle simplifié pour donner la matière de l’information.

Notre cerveau ne peut, ni ne veut, traiter le trop lourd fichier d’informations que nous recevons du monde.
Lorsque nous regardons un immense désert ou la mer, nous percevons une ligne de fin : l’horizon. En réalité, la mer ne s’arrête au bout de cette ligne, de même que voir les étoiles ne nous permet pas davantage de les attraper en sautant, etc.

Nous percevons déjà une version virtuelle du monde : la réalité telle qu’elle est aujourd’hui est la tentative de traitement des stimuli sensoriels que nous recevons du monde par notre cerveau.

Le débat initial est déjà clos, puisque notre perception du monde n’est qu’une version simplifiée de l’information. Finalement, que ce soit le monde physique ou un ordinateur, il n’y a pas d’inquiétude particulière à avoir.
On peut même douter quelques instants de la puissance d’un ordinateur pour faire aussi bien que le monde physique…

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Ce dernier (ce premier) fonctionne suivant 4 forces universelles : la force-forte, la force-faible, la force gravitationnelle et la force électromagnétique.

Depuis l’Antiquité, on considère que le monde n’est que la combinaison de ces forces et leur équilibre entre elles. (Lucrèce, De Rerum Natura)
On commence déjà à en faire les calculs, mais dans une mesure très relative : plus il y a de particules et d’interactions, plus les calculs sont complexes.
La puissance des calculs nous résigne, sans que ces derniers soient infaisables : ils sont juste trop lourds et complexes.

Autrement dit, faire le calcul de l’univers entier aujourd’hui nécessiterait quelque chose de plus grand encore que l’univers lui-même. Un ordinateur en est aujourd’hui incapable. Pourquoi ?
Parce qu’il faudrait simuler chaque particule de l’univers par des octects qui devraient eux-même être capables de stocker à la fois la position, le mouvement et les forces qui interagissent…

Comprendre la différence entre percevoir la simulation de l’univers et créer le sentiment virtuel de vivre dans un univers entier :

Dans son incontournable ouvrage de La Critique de la Raison Pure de Kant, un tribunal est mis en place au sujet des sciences, comme la physique ou les mathématiques : lorsqu’aucune réponse ne s’impose à la certitude,  elles n’ont pas l’autorité de disqualifier les questions.

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Un problème insolvable, une question en suspend n’ôte pas la réalité de son existence : l’aporie ne signifie pas l’anéantissement de la chose.

C’est ici qu’intervient la métaphysique : sortir des limites de l’expérience pour approcher la certitude et élargir la conception même du savoir.
(Certains pourront rétorquer qu’au-dessus des sciences, il y a la métaphysique, sinon la religion…)

 » La raison n’aperçoit que ce qu’elle produit elle-même d’après ses propres plans ».

Il y a donc la méthode empirique pour comprendre les choses, et c’est celle-ci qui n’est qu’heuristique, qui est la réalité perçue de façon virtuelle.
Il y a l’investigation rationnelle comme relais, mais qui a pour base des hypothèses réalistes.
Il y a enfin le prisme de l’hypothèse idéaliste, qui nécessite l’emploi de l’esprit.

A priori et transcendantal

La connaissance a priori est INDÉPENDANTE de l’expérience.
La connaissance a posteriori est DÉPENDANTE de l’expérience.

A priori : nous savons des choses sans les avoir expérimentées, ce sont les idées (comme les mathématiques par exemple).
L’idéalisme transcendantal de Kant repose sur le fait que nous avons la faculté de connaître, il est donc possible pour nous d’avoir une connaissance d’idées sans les avoir expérimentées (tout objet de connaissance est déterminé a priori par la nature de notre « faculté à connaître »).

Nous pourrions aller plus loin avec les notions d’intuition et de phénomènes : la sensibilité aux choses VS la logique des concepts, le sensible et l’intelligible…
Sauf que nous sommes bel et bien au coeur du sujet de la perception de la réalité, et le débat remonte au 18ème siècle !

La réalité virtuelle comme spectre informatique inquiétant  ?

Les jeux vidéos sont déjà dans le thème depuis longtemps : des univers imaginaires, plus ou moins réalistes, dans lesquels nous évoluons.
Aujourd’hui, les images sont d’une qualité remarquable et les objets d’immersion impressionnants de réalisme. Par l’excitation des deux principaux sens : la vue et l’ouïe, il est déjà possible de créer des sensations au joueur.

Le modèle de base est de créer le compromis idéal entre qualité d’impression et complexité des détails, de telle façon que le cerveau ne fasse pas la différence : qu’il soit berné et captivé.

Dans la réalité, il existe le principe d’incertitude d’Heisenberg : pour faire simple, certaines particules sont tellement petites que leur réalité ne dépend que du fait qu’elles sont observées (ne donnant aucune précision sur son vecteur et sa fréquence : sa localité et sa vitesse ne peuvent être déterminées par un intermédiaire mathématique, pour la définition quantique).

En version jeux vidéos, c’est le jeu  No Man’s Sky qui fait office de référence dans le domaine :

Le potentiel d’exploration du jeu est immense : il a été conçu à l’image de notre monde. Une variation incalculable de mondes, d’univers, d’êtres, de couleurs, de situations : le monde se démultiplie, se superpose et s’auto-assemble.

Il est possible de dupliquer –non pas virtuellement mais– techniquement les systèmes qui régissent le monde réel : un peu de tricherie et un peu de mathématiques et nous obtenons une simulation heuristique inspirée de notre univers.

En gros, il s’agit ni plus ni moins que d’une mise en abyme :

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La première que nous ayons expérimentée : les chips Croky : 

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En conclusion, il est certain que nous allons vivre dans un monde dans lequel il sera possible de vivre immergés dans plusieurs mondes virtuels, purement et simplement dupliqués du monde tel que nous le vivons, mais déclinés suivant ce que nous voulons voir et vivre du monde.

Vivre dans les pompes des autres, être dans la tête des autres, vivre des rêves et des expériences incroyables seront possibles à mesure que les conditions technologiques pourront reproduire de plus en plus de stimuli empiriques (odeurs, sensations, tous les sens seront soumis à la virtualité).

La prochaine expérience de monde virtuel pourrait bien être celle que vous financerez sur Kickstarter : Blackout.

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Un projet qui combine film et réalité virtuelle au coeur d’un rame de métro où il sera possible de découvrir à quoi pensent les gens sur leur trajet, partager leur monde mental et se mettre en interaction avec eux.

Ne vous faites pas berner : la réalité n’est plus qu’une idée a priori, l’information sera quant à elle la monnaie :

Nous avons accepté que nous vivions déjà dans une réalité virtuelle, et que cette locution n’a rien d’autre d’innovant que les perspectives de déplacer les sensations du monde actuel vers un monde scénarisé par ordinateur, et potentiellement d’expérimenter de nouvelles sensations.

Mais reste le dernier point commun entre notre monde et le monde virtuellement reproduit : l’information.

Nous recevons des stimuli du monde que nous traitons comme informations.
L’ordinateur crée des combinaisons de données pour générer des informations.
Par conséquent, nous sommes une information de ce monde et un avatar du monde virtuel recréé.

Cet apparent sophisme pour replonger un peu dans la philosophie autour d’un des sujets favoris en la matière : la dualité corps et âme.

Si nous parvenons dans un monde en plusieurs dimensions de réalité dans l’une desquelles on se sent mieux vivre, il n’est qu’une seule certitude de la réalité du VRAI MONDE : celui dans lequel nous sommes une information est le vrai tandis que celui dans lequel nous sommes un avatar est « factice »(créé à partir de nos données personnelles).

Le vrai monde est celui dans lequel nous avons une âme, un esprit, un caractère unique, vivant et vibrant.
Dans un monde virtuel recréé, potentiellement nous pouvons déceler des incohérences, des « bugs », nous pouvons absorber les informations reçues, une connaissance a posteriori des expériences qui nous serons proposées de vivre, mais probablement toujours un degré d’intensité moindre que la « vraie réalité ».

Et puis, restera toujours le plus grand mystère du monde pour nous y ramener dans la vraie réalité : l’amour et les sentiments.

Métamorphose, Maria-Luise Bodirsky
Métamorphose, Maria-Luise Bodirsky

 

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