Du pot de chambre au pot de fleur : économie de chasse d’eau

Un sujet pipi-caca qui ne devrait ni inquiéter, ni dégoûter. L’avenir de la fertilisation passera par l’urine et les excréments, dès que notre esprit s’y sera fait…

Votre pipi vaut de l’or ! Or Pur est le nom d’une exposition à Amsterdam qui invitait les hommes à soulager leur vessie dans des conditions optimales : musique, images placées judicieusement au-dessus d’urinoirs installés contre la façade de Mediamatic (un centre dédié à la recherche environnementale et les solutions écologiques pour améliorer les villes).
En réalité, les films projetés, la musique diffusée étaient alimentés par l’urine !

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Très impliquée dans le potentiel de l’urine, il y a quelques années, la ville d’Amsterdam avait installé des urinoirs publics en plein centre ville pour inviter les citoyens à « pisser en public » (ce qui est considéré comme délinquance sexuelle aux Etats-Unis): l’urine récoltée n’allait pas être évacuée honteusement dans les égouts direction le centre d’épuration, mais au contraire être recueillie précieusement pour être utilisée en engrais puissant. Le pipi des habitants d’Amsterdam aurait la capacité de nourrir le sol de 10 000 terrains de football !

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Riche en phosphore et azote, l’urine est de plus en plus considérée comme une ressource utile et efficace comme engrais un peu partout dans le monde.

L’urine contient environ 5% d’eau mais est bourrée d’éléments nutritifs de qualité pour les plantes et les sols. Ces macronutriments font le bonheur des jardiniers : azote, phosphore, potassium.
Même si l’alimentation influe nécessairement sur la qualité du pipi, l’avantage absolu est que son origine est très naturelle et bio : il ne nécessite aucun traitement chimique pour être utilisé.

Très sérieusement, en Ouganda et dans de nombreux pays en voie de développement, l’urine est utilisée comme ressource durable pour produire des ressources alimentaires.
L’urine nourrit, fertilise, augmente le rendement et surtout, est développement durable.

Alors ces qualités ne suffisent-elles pas à lever les tabous et l’indécence de ce sous-produit ?

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Il n’y a finalement que l’homme pour avoir un problème avec sa pisse : les chiens et la plupart des animaux s’en servent comme parfum pour marquer leur territoire, les rats urinent pour se repérer dans le noir et créer un chemin façon Petit Poucet, les chameaux urinent sur leurs jambes pour maintenir un peu de fraîcheur, etc.

Mais pour nous, l’urine n’est socialement pas acceptable.

Dans le passé, l’urine était déjà utilisée à des fins industrielle et agricoles (non nous n’inventons rien) pour le cuir et la laine, même à des fins médicales pour certains médicaments.

L’urine, aussi naturelle soit-elle, est secrète : nous allons au « petit coin », le diminutif « -ette » s’utilise pour le lieu où l’on y dépose la chose, même la salle de bain reste considérée comme l’une des pièces les plus intimes. Tout ce qui est lié au bas du corps rime socialement avec abjection ou répugnance.

Les choses tendent doucement à changer avec les nouvelles générations, qui armés de leur smartphones H-24, tendent à se prendre en selfies partout : y compris dans la salle de bain ou les toilettes publiques.
Si les murs des tabous seront très lents à briser, la perspective que les excréments sont utiles pour la planète pourrait aider à connoter de façon neutre nos déchets naturels.

Parler de l’urine, exposer l’urine devient de plus en plus une tendance :

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Les artistes Luzinterruptus réalisent des interventions urbaines lumineuses dans les zones publiques de Madrid. Ils se sont donc « amusés » à disposer des fioles remplies remplies d’eau jaune, illuminées par LED, dans tous les endroits où les gens pissaient dans la rue, à défaut d’avoir à disposition des toilettes publiques. Une façon de dénoncer (par la mise en lumière de la-dite chose honteuse et puante) la nécessité de fournir ce type d’endroits pour nos besoins, mais par extension, qu’ils aient une utilité encore plus large pour l’environnement.

Andy Warhol a fait de l’art avec son pipi :

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Oxydations Peintures (décembre 1977) est une série d’abstractions réalisées avec l’oxydation d’acide urique sur des plaques en cuivre qu’il a réalisé en collaboration avec l’artiste vénézuélien provocateur Victor Hugo. L’aveu que sa pisse était l’élément utilisé sur les plaques sur lesquelles visiteurs collaient leur nez durant leur exposition n’était fait qu’à demi-mot…

Une superbe démonstration sur Ted.com des supers pouvoirs du pipi et du caca par Molly Winter, designeuse et directrice de Recode, engagée dans le traitement des eaux usées et l’innovation de l’assainissement.

Pour redonner de la dignité à la chose, allez, comme le docteur Cottard de Proust (Du Côté de chez Swann) entretenir le duc d’Aumale* avec la conscience que votre urine n’est pas sale mais bien un produit d’avenir.

  • Seul Académicien (de 1871 à 1897) dont le bureau à l’Académie Française était pourvu de toilettes.

 

3 commentaires sur “Du pot de chambre au pot de fleur : économie de chasse d’eau”

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