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Fières d’être des salopes

Fières d’être des salopes

Le seul mot peut-être qui n’a pas son équivalent au masculin. Que signifie vraiment «salope», si ce n’est les meilleures qualités reconnues chez un homme qu’on rejette chez une femme ?

Péjoratif et injurieux, la salope (qui n’est pas le féminin de salaud) décrit une femme sans scrupule, prête à tout pour réussir, doublé d’une large connotation de moeurs sexuelles sans limite.

Autrement dit, des comportements que les hommes peuvent avoir dans un cadre politique, sportif ou social, sans qu’on les condamne pour autant : aucune insulte n’a l’équivalent dans le genre pour les hommes avec peu de morale ou prêts à tout.

Par extension, la femme n’a donc pas le droit et encore moins le droit de s’octroyer un territoire acceptable sur la planète des hommes.

Une femme trop brillante ? Salope.
Une femme trop insoumise ? Salope.
Une femme trop autonome ? Salope.
Une femme trop engagée ? Salope.
Une femme trop forte ? Salope.

Les femmes « non-conformes » ont traversé l’histoire :

  • Olympe de Gouges  (1748 – 1793)
    Révolutionnaire et femme de lettres. Elle condamnait la violence de certains révolutionnaires, elle s’est opposée à la peine de mort et réclamait la transparence financière des élus.
    Elle publia la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791 et se porta volontaire pour défendre Louis XVI.
    Elle fut guillotinée.
  • Simone de Beauvoir (1908 – 1986)
    Philosophe et essayiste, auteur du Deuxième Sexe (1949). Elle prônait la non-dépendance à un homme (ce qu’elle fit avec Jean-Paul Sartre qu’elle n’épousera jamais).
    Elle rédige le manifeste des 343, la liste des 343 françaises qui ont eu le courage de signer le manifeste « je me suis faite avorter ». Texte rebaptisé par Charlie Hebdo :

Charlie-Hebdo-une-des-343-salopes

 

  • Ching Shin (1775 -1844)
    La terreur de la Chine du Sud, connue pour être la « veuve de Cheng ». Cette ancienne prostituée, mariée à l’un des plus féroces pirates du XIXème siècle, parvient, après la mort de son mari, à consolider ses alliances avec ses rivaux, tient en échec les empires portugais et britanniques, et ne se retira de la piraterie qu’une fois avoir négocié un amnistie et grasse somme.
  • Ida B. Wells (1862 – 1931)
    Surnommée « la Calomniatrice mulâtre » par le New York Times en août 1894, cette fille d’esclave, journaliste, sociologue  et chef du mouvement américain des droits civiques, dénonce le racisme des hommes blancs à l’égard des noirs, en publiant le pamphlet : Southern Horrors : Lynch Law in All its Phases.
    Elle dénonce les lynchages aux motifs d’accusations diffamatoires ainsi que la volonté des hommes blancs de contrôler les femmes par la sexualité.
  • Anna Nzinga (1583 -1663)
    Surnommée l’Empoisonneuse, reine d’Angola, elle parvient à repousser les Portugais de son pays. Elle sera accusée d’avoir empoisonné son frère pour accéder au trône. A sa mort, on lui reconnaîtra des qualités de leadeuse pour avoir dirigé son royaume, en menant toute sa vie des stratégies militaires et politiques.
  • Camille Claudel (1864 – 1943)
    Surnommée la Folle, cette disciple et amante d’Auguste Rodin qui posa comme modèle pour certaines de ses oeuvres considérées comme ses plus grandes oeuvres (La Porte de l’Enfer).
    Le sculpteur s’octroiera l’exclusive paternité de leur travail commun.
    Elle, indépendante et capable de sculpter des nus comme un homme – sans gêne et sans pudeur – sera internée en 1913 pour le restant de ses jours pour ses oeuvres « scandaleuses », mourant 30 ans plus tard de malnutrition.
  • Hypathie (370 – 415)
    La Païenne. Mathématicienne, astronome et physicienne grecque, elle dirigea l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. Cette femme d’influence, proche du pouvoir impérial et de l’aristocratie, se convertit au christianisme.
    Elle mourra démembrée, traînée dans la rue et brûlée sur les ordres de l’Evêque Cyrille d’Alexandrie.
  • Edith Garrud (1872 – 1971)
    Surnommée la « Ju-jitsufragette », l’instigatrice du Bodyguard, cette unité composée de femmes gardes-du-corps chargée de protéger les leaders des suffragettes en 1910. Elle enseigne des cours d’auto-défense dans un dojo de Londres aux suffragettes de la Women’s Social and Political Union… et aux femmes souhaitant se protéger de leurs maris violents. Elles sera contrainte de se retirer de la vie publique en 1925.

L’arrivée de la salope dans la culture pop :

La représentation d’héroïnes pour les femmes comme Ellen Ripley dans Alien en 1979, Sarah Connor dans Terminator en 1984, ou encore l’arrivée de Supergirl éveillera les consciences dans la culture pop.
Des discours pro-femmes concernant le système professionnel sexiste et raciste, des représentations de force et d’indépendance fleurissent tant au cinéma, qu’à la télévision ou dans les séries.
Mais, ces représentations restent des produits conçus pour et par des hommes, recherchant la femme idéale de Conan le Barbare ou de Spiderman.

Mais il faudra beaucoup de temps (les années 2000) pour que les héroïnes deviennent des « bad-ass« , s’émancipent des figures masculines.
La complexité des tourments des héroïnes sont explorés : abus psychologiques et sexuels dans l’enfance de Jessica Jones (Marvel), le problème de la maternité pour Black Widow (Avengers).

jessicajones

Et pendant que les hommes en collants de latex moulants se disputent les affiches des films, c’est Wonder Woman qui sera mise à l’honneur (en 2017), ou l’excellent exemple de Imperator Furiosa du dernier Mad Max, qui se révèle être véritablement l’héroïne de Fury Road.

imperatorfuriose

Le féminisme, la journée de la femme : une déformation du miroir :

Faire de la condition de la femme une idéologie est une absurdité si elle s’accompagne de peur, de division et de confusion dans la manifestation de sa cause.

Fondamentalement, le racisme est la forme la plus évidente d’inégalités entre les individus, mais toute aussi ancienne, c’est aussi l’inégalité homme/femme.

La féministe devient une caricature qui dessert même la cause.
Il n’est pas question d’être anti-hommes ou de revendiquer la supériorité des femmes : simplement de jouir des mêmes droits en tant qu’individus.

Le plus difficile en l’état : la culture ancrée de juger les femmes « non-conformes à ce que doit être une femme ».

Encore aujourd’hui, les femmes grandissent avec des « si » comme tuteurs de leur sexe : si je ne mange pas ci, si je me force à faire ça, si je fais du sport… j’aurais l’approbation d’un homme qui m’aimera (sous-entendu que la femme n’est rien sans un homme dans sa vie).

(voir Beauty Myth)

Et le mal-entendu continue puisqu’un homme tombe amoureux d’une image, d’une version de nous-mêmes qui n’est pas la vraie : c’est navrant et épuisant des deux côtés.

Il nous reste à être des salopes, l’égal des hommes :

Libres d’être fortes, d’être grosses : c’est être courageuses, c’est être imposantes.
Libres d’être vulgaires, d’être dures : c’est s’exprimer, c’est s’affirmer.
Libres d’être garces, d’être célibataires : c’est être ambitieuses, c’est être libres de ses désirs.
Libres de se détruire, d’être extrêmes : c’est être humaines, c’est être en construction de soi.
Libres d’être séductrices, d’être mères : c’est être chef, c’est être paires avec l’autre sexe.

Le secret de ce monde, c’est qu’il est naturel aux femmes d’aimer être derrière le succès d’un homme ; l’inverse commence juste à se produire.

Découvrez l’univers de Bitch Planet, de Kelly Sue DeConnick et Valentine De Landro, un comic de science-fiction qui vous fera sans doute réaliser à quel point nous vivons déjà sur une planète qui divise les femmes conformes au modèle masculin et les Non-Conformes.

BitchPlanet_vol1-1

La bd a remporté un tel succès que les tatoueurs voient un nombre grandissant de demandes d’encrer le symbole de l’équipe : NC (non-conforme).

non-conforme

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