Détours du monde

Le genre des villes : demain la ville des femmes

Avenue Charles de Gaulle, voie Georges Pompidou, rue François Miron, rue Abel Plana, avenue du Maréchal Leclerc, rue Bonaparte, rue Visconti… Au mieux, une rue Pierre et Marie Curie, mais avez-vous remarqué que nos villes portaient quasiment exclusivement des noms masculins ?

Un monde d’hommes …

Depuis que les villes sont nommées par un illustre personnage historique, les femmes ne peuvent pas dire qu’elles ont leur territoire dans les rues.

Le nom des rues perpétue la sexualisation des villes, c’est une réalité.

En France, en Europe, aux Etats-Unis, les villes sont pleine de noms d’hommes, des noms marqueurs de qui exerce un pouvoir, des noms qui ont fait l’histoire, qui ont détenu des fortunes, des noms méritant qu’on se souvienne.
Les femmes sont des personnes anonymes, qui ont changé de noms pour leurs maris, qui vivaient en privé et relativement oubliées pour la plupart, à quelques exceptions près.
Cette appellation s’étend en vérité au-delà des rues des villes : les sommets de nombreuses montagnes occidentales ont des noms qui sonnent comme le conseil d’administration d’une ancienne société, et bien peu de femmes historiques ont droit à leur nom.

Si on prend l’exemple américain :
San Francisco a été nommée d’après un saint italien, la Nouvelle-Orléans d’après le frère du roi français, le duc d’Orléans, et New York, la ville et l’État, ont été nommés d’après le frère du roi Charles II, le duc d’York (plus tard le roi Jacques II ).
Et toujours à New York, les lignes de train nous emmènent à l’extrémité nord de la ligne à Pelham Bay, nommé d’après un M. Pell, dans un bourg nommé en l’honneur d’un homme suédois ; Jonas Bronck pour le Bronx si l’on se dirige vers le Sud de Manhattan ; enfin, on peut déambuler sur l’avenue Madison, nommée, bien sûr, d’après le président James Madison.
A l’Est de Manhattan, le Hunter College (créé par une femme) a pris le nom de Thomas Hunter, ou plus loin, trouver Astor Place, du nom du ploutocrate John Jacob Astor, près de Washington Square, nommé, bien sûr, d’après le Président éponyme…
Continuez vers Bleecker Street, nommée d’après Anthony Bleecker, qui possédait des terres agricoles à cet endroit, prendre sur la rue Lafayette, du nom du marquis de Lafayette. Vous serez passé devant le Lincoln Center, Columbus Circle, Rockefeller Center, Bryant Park, Penn station en vous rendant vers le West Side…

Une horde d’hommes morts hantent New York et presque toutes les villes dans le monde occidental.
Leurs noms sont dans les rues, les bâtiments, les parcs, les places, les collèges, les entreprises et les banques, et leurs dates de naissance et de mort sont gravées sur les monuments, si ce n’est une statue y est érigé pour les représenter.
Il existe toute une science d’ailleurs sur la signification des représentations de grands hommes en statues.

Heureusement, il y a quelques statues qui représentent des femmes, au moins pour New York, la plus célèbre, la statue de la liberté, et 5 autres : Jeanne d’Arc, Golda Meir, Gertrude Stein, Eleanor Roosevelt, et Harriet Tubman.
Ce n’est que récemment qu’on retrouve certains noms de femmes immortalisés, mais rares sont celles à avoir droit à une avenue entière, et aucune n’a son pont ou son bâtiment.

A Paris par exemple, 2,5 stations reprennent le nom d’une femme célèbre : Louise Michel (institutrice militante anarchiste de la Commune de Paris), Barbès Rorchechouart (Marie Madeleine Gabrielle Adelaide de Rochechouart, influente intellectuelle du 17ème siècle, reine des Abesses) puis la station Pierre et Marie Curie.
Niveau rues, 206 portent un nom de femmes : passerelle Simone de Beauvoir, rue Marie-Stuart, rue Marguerite Duras, rue et place Jeanne d’Arc, rue et Villa Georges Sand (!), la place Dalida, la place Camille Claudel

Si aujourd’hui, quelques films prennent des femmes en héroïne (Hunger Games, Wonderwoman), les divertissements en tout genre rejouent bien davantage la vie des hommes : les champions, les cow-boys, les héros surabondent clairement…
Le chemin est donc long avant de voir fleurir une parité d’honneur aux femmes dans les villes.

Imaginez une ville aux rues nommées par des femmes historiques… ne dirait-on pas que ce serait « Bitch city » ?

Un récent ouvrage propose une « gynépia », une ville qui serait dédiée aux femmes importantes des villes et des pays.
Pour New York : Nonstop Metropolis: A New York City Atlas, par Rebecca Solinit, Joshua Jelly Schapiro, cartographie par Molly Roy.

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