Quand a commencé l’âge de l’information ? Il se peut que vous ne connaissiez pas vraiment ce philosophe mathématicien qu’est Leibniz, il est celui qui a conçu les systèmes et les machines qui définiraient la révolution numérique.

On pourrait faire remonter le début de l’ère de l’information à l’hiver 1943, lorsque les ingénieurs britanniques ont commencé à utiliser une machine emplissant une pièce entière baptisée « Colossus » : le premier ordinateur électronique programmable au monde, destiné à casser les codes nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Ou peut-être en février 1946, lorsque l’armée américaine a dévoilé l’ordinateur de calcul le plus rapide et le plus flexible (ENIAC) à l’Université de Pennsylvanie.
On peut encore remonter au 19ème siècle avec Charles Babbage et Ada Lovelace, pionnier de la première machine à calculer programmable à l’époque victorienne.

Et encore plus tôt, on peut penser au travail d’un des plus grands intellectuels du 17ème siècle : Gottfried Wilhelm Leibniz, philosophe allemand et polymathe.

Un prodige, qui à 8 ans à peine commençait à lire les livres de la bibliothèque de son père (son père était professeur de philosophie morale à l’ Université de Leipzig). Il a rapidement appris les classiques, il était capable de réciter l’Enéide de Virgile par cœur.
À l’école, il excellait en logique. A 17 ans, il soutenait sa thèse, et 3 ans plus tard, il obtenait son doctorat.
Leibniz continua à travailler comme historien, bibliothécaire, conseiller juridique, et diplomate. Il a écrit sur la biologie, la médecine, la géologie, la théologie, la psychologie, la linguistique et la philosophie. Le roi de Prusse, Frédéric II , décrivait Leibniz comme « une académie à lui tout seul ».

Leibniz est connu pour s’être confronté à Isaac Newton sur l’invention du calcul. Les historiens pensent maintenant que les deux hommes ont découvert le calcul indépendamment, bien que le système de notation leibnizien était plus élégant que la version de Newton, que nous utilisons aujourd’hui.

Il n’y avait évidemment pas de science de l' »ordinateur » à l’époque de Leibniz.
Mais en développant le système de numération binaire, en utilisant une façon de représenter l’information numérique par le 0 et le 1, il est devenu le père du codage informatique :  les ordinateurs fonctionnent par des 0 et des 1.
Leibniz pensait que des machines, non les gens, devraient jouer avec les nombres, il a donc travaillé sur un prototype de « dispositif » qui pourrait ajouter, soustraire, multiplier et diviser, tout simplement pour soulager ce travail intellectuel.
Il modifia et améliora le design durant de nombreuses années : l’une de ces machines ressemblait à un jeu de flipper avec des nombres représentés par de minuscules sphères, roulant le long de rainures et passant par des portes qui s’ouvraient et se fermaient.

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A Londres, ses collègues scientifiques furent tellement impressionnés par le système qu’ils l’ont élu à la Royal Society.
Il conçut ensuite une autre machine capable de faire de l’algèbre, puis une autre capable de craquer des codes et des messages chiffrés.

Leibniz a imaginé ces machines pour la comptabilité, l’administration, l’arpentage, l’astronomie, la production de tableaux mathématiques, et plus encore.
Tout le travail fastidieux réalisé seulement par des individus pouvait maintenant être mécanisé.

Malheureusement, la technologie de l’époque ne permettait pas de produire des pièces précises et reproductibles à l’identique en grands volumes (telles que des vis par exemple) nécessaires aux systèmes de Leibniz.
En dépit de 45 années de travail et de nombreux prototypes, sa machine à calculer n’a jamais été pleinement fonctionnelle.

Pour Leibniz, le calcul n’était qu’un début: il croyait que toutes sortes de problèmes pouvaient être résolus ou réduits par la simple manipulation de symboles et traités comme des problèmes mathématiques.
Il imaginait une sorte d’alphabet de la pensée humaine, dont les symboles pourraient être manipulés selon des règles mécaniques précises, le travail étant ensuite effectué par des systèmes.
Il les appelait les « machines de raisonnement » et a même envisager l’intelligence artificielle.

Il pensait, une fois le système perfectionné (et avec optimisme), que l’humanité aurait « un nouveau type d’outil, qui permettrait d’augmenter la puissance de l’esprit davantage encore que les lentilles optiques ont aidé les yeux, un outil qui serait de loin supérieur aux microscopes ou aux télescopes pour améliorer la vision. Les barrières linguistiques entre les nations tomberaient, et le nouveau langage universel ouvrirait la voie à une ère de compréhension, de paix, et de prospérité.

Leibniz a eu raison de prévoir la mesure du monde en termes de nombres, et sur un système binaire. Il s’est même inquiété d’un risque de « surcharge de données », avec l’inquiétude d’un nombre croissant d’individus et de grandes quantités de données générées nécessaires à stocker.

Leibniz n’a pas jamais été très connu : un grand nombre de ses idées, sans être mauvaises (comme la notion d’un langage symbolique universel), n’ont tout simplement jamais été reconnues.
C’est plus tard qu’on été (re)découverts ses systèmes comme par exemple au 19ème siècle, le mathématicien et philosophe anglais George Boole, qui a pleinement développé l’idée d’un système logique basé sur l’arithmétique binaire (algèbre de Boole ou système Booléen vous sont peut-être plus familiers).

Mais, le premier à imaginer un monde dans lequel les machines pourraient être utilisées pour compléter ou remplacer le calcul humain, c’est Leibniz : il a ouvert la voie à l’ère de l’information qui a éclos 250 ans après sa mort.

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