Il existe un mot pour votre étrange addiction aux livres

Cassez-vous la colonne vertébrale des livres ? Cornez-vous la page que vous êtes en train de lire ou jamais de la vie vous mettez un marque-page ? Sentez-vous l’intérieur des pages, passez-vous la main sur la couverture ? Caressez-vous les pages ? Etes-vous capables de repousser l’heure pour terminer le chapitre en cours ? … Bref, en êtes-vous de cette étrange famille des accrocs aux histoires ?

Ce doux épanchement des livres a un nom en allemand :

LESESUCHT: UNE DÉPENDANCE À LA LECTURE

Et ce n’est pas le seul mot lié à la dépendance à la lecture…

Lesewut (la rage de lecture) et Leserei (la manie de lecture). Ils signifient tous la même chose – et ils n’ont pas été inventés pour dire quoi que ce soit d’agréable.

En fait, Lesesucht et ses synonymes sont apparus à la fin des années 1700, quand un boom de l’alphabétisation a subit une vague de désapprobation.
« Avant, les gens lisaient les textes religieux et les livres pratiques » , explique Frank Furedi, auteur de Power of Reading .
« A présent, ils lisaient de la littérature ». S’est donc installé un état d’esprit jugé inquiétant au sujet de la tendance des jeunes femmes à lire de la romance et du potentiel de se « sous-classer » à rester inactif pendant la lecture de romans toute la journée.
Les désaccords pleuvaient de toutes parts dans le spectre politique – les commentateurs de gauche craignaient que les masses soient en train de lire des « merdes » à la place de la philosophie et les penseurs de droite dénonçaient l’abandon de la Bible pour les textes profanes.

La décriée « lecture mania » était perçue comme une sorte de manie – une panique morale classique. A rapprocher des paniques morales modernes concernant la baisse de lecture des jeunes (Twitter ne compte pas).
Il semble étrange alors que tant de gens étaient si préoccupés par les jeunes ruinant leurs esprits avec des livres.
Mais c’est arrivé: une épidémie internationale de suicides supposée provoquée par la lecture de l’oeuvre de Johann Wolfgang von Goethe Les Souffrances du jeune Werther, dans laquelle le héros lui-même se compromet pour un amour non partagé. Le livre en fut même interdit.

Tout cela est un peu rétro, mais demeure toujours cette peur panique au sujet de la pollution des jeunes esprits et de l’influence de la lecture sur les femmes.
« À la fin des années 1700, les livres étaient la nouvelle forme de médias », explique le Dr Lena Heilmann, chercheur indépendant de la littérature allemande du 18e siècle.
Le parallèle avec aujourd’hui ne serait pas au sujet des livres, mais porterait plutôt sur la crainte des jeux vidéo violents ou de Snapchat.
On se préoccupe du contenu, celui qui implique un lectorat féminin susceptible de s’identifier : des femmes entraînées dans des relations abusives parce qu’elles ont lu Crépuscule, par exemple.
Dans les années 1700, Heilmann dit: « on était inquiets que les femmes s’identifient trop avec les personnages, se perdent dans les romans et deviennent trop impliquées émotionnellement. »

Malgré les origines exagérées de Lesesucht, il y a la place pour une remise en état ici.
Après tout, les femmes de 1790 en Allemagne n’ont pas cessé de lire leurs romans, malgré le mot accusateur de leur manie.
Alors si quelqu’un essaie de vous arrêter, répondez que vous pouvez pas vous contrôler: vous avez une dépendance, et ils n’existe pas de rehab pour vous sevrer d’une très bonne histoire.

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