Les femmes ordinateurs ou l’histoire de ces femmes astronomes

L’histoire (vraie) la plus connue est celle du Harem de Picking : les Harvard Computers (les calculatrices de Harvard) désigne les femmes que Edward Charles Pickering, lui-même directeur de l’observatoire de l’université d’Harvard de 1877 à 1919, engageait comme calculatrices afin de traiter mathématiquement d’importantes quantités d’informations astronomiques. 

La première femme engagée par Pickering était en fait sa bonne, Williamina Fleming. Comme Pickering devenait de plus en plus frustré des piètres résultats de ses assistants masculins, il a déclaré que même sa bonne ferait un meilleur travail. Lorsque Fleming s’est mise à la tâche, cela s’est confirmé.
Plus tard, en 1886, l’observatoire de Harvard reçoit un don de la veuve de Henry Draper. Dès lors, Pickering engage davantage de personnel féminin et met Fleming en charge.

Grâce au travail de ces calculatrices, Pickering publie en 1890 le premier Catalogue Henry Draper, contenant plus de 10 000 étoiles classifiées selon leur type spectral. Il engage alors Antonia Maury, diplômée du Vassar College, afin de mieux classifier certaines étoiles.
Celle-ci décide de faire mieux et refait la conception du système de classification. Cette classification est publiée en 1897, mais demeure ignorée. Plus tard, Pickering engage Cannon, une diplômée du Wellesley College, pour classifier les étoiles de l’hémisphère sud.
Tout comme Maury, elle finit par concevoir un nouveau système de classification du type spectral et développe ainsi le Schéma de classification de Harvard, qui est à la base du système utilisé de nos jours.

Bien qu’une partie des employées de Pickering aient été diplômées en astronomie, leurs salaires étaient semblables à ceux de la main-d’œuvre non qualifiée. Elles gagnaient entre 25 et 50 centimes de l’heure, ce qui était davantage qu’un travailleur d’usine mais moins qu’une secrétaire.

Mais l’histoire compte bien d’autres femmes importantes dans l’histoire de la science :

Dans l’Antiquité :

Aglaonice de Thessalie est souvent considérée comme la première femme astronome. Fille d’Hégétor de Thessalie selon Plutarque mais d’Hégémon selon une scholie d’Apollonios de Rhodes, elle vit en Grèce où elle passe pour une sorcière. Ainsi, selon le témoignage de Plutarque, elle « connaissait la cause des éclipses complètes de lune et prévoyait le moment où il arrive à cet astre d’entrer dans l’ombre de la terre, elle abusait les autres femmes en les persuadant qu’elle faisait descendre la lune« .

Une référence à Hypatie ?

Certaines des premières contributions historiques des femmes en astronomie sont dues à Hypatie, qui a vécu entre 350 et 370-415 en Grèce antique. L’historien chrétien Socrate le Scolastique rapporte dans son Histoire ecclésiastique (vers 440) :

Il y avait à Alexandrie une femme du nom d’Hypatie ; c’était la fille du philosophe Théon ; elle était parvenue à un tel degré de culture qu’elle surpassait sur ce point les philosophes, qu’elle prit la succession de l’école platonicienne à la suite de Plotin, et qu’elle dispensait toutes les connaissances philosophiques à qui voulait ; c’est pourquoi ceux qui, partout, voulaient faire de la philosophie, accouraient auprès d’elle. La fière franchise qu’elle avait en outre du fait de son éducation faisait qu’elle affrontait en face à face avec sang-froid même les gouvernants. Et elle n’avait pas la moindre honte à se trouver au milieu des hommes ; car du fait de sa maîtrise supérieure, c’étaient plutôt eux qui étaient saisis de honte et de crainte face à elle.

Au siècle des Lumières :

Au siècle des Lumières, lors de la révolution scientifique en Allemagne aux xvie siècle et xviie siècle, la tradition de la participation des femmes à la production artisanale permet à certaines femmes de s’impliquer dans les sciences d’observation, en particulier l’astronomie. Entre 1650 et 1710, les femmes représentaient 14 % de tous les astronomes allemands. La plus célèbre des astronomes en Allemagne à l’époque était Maria Winkelmann, dont les problèmes avec l’Académie de Berlin sont une réflexion des obstacles auxquels font face les femmes à se faire accepter dans le travail scientifique, qui était considéré comme exclusif aux hommes.

Aucune femme n’a été invitée soit à la Royal Society de Londres, ni à l’Académie des sciences jusqu’au XXe siècle. La plupart des gens du XVIIe siècle voit une vie consacrée à tout type d’érudition comme étant en contradiction avec les tâches domestiques que les femmes sont appelées à accomplir.

Elisabeth Hevelius, née Elisabeth Koopmann, à Dantzig, en 1647, alors en République des Deux Nations, maintenant en Pologne, est la deuxième femme de Johannes Hevelius (1611–1687), lui-même astronome et brasseur, de vingt ans plus âgé qu’elle.

L’astronomie l’intéressait déjà avant son mariage avec Hevelius (à 16 ans). Ils partagent cette passion de l’observation du ciel. En 1679, leur brasserie est détruite par un incendie, ainsi que de nombreux documents, et son mari en meurt peu après. Elle poursuit alors seule ces observations menées pendant des années ensemble et fait paraître en 1688 le catalogue de 1 564 étoiles établi par eux deux. C’est alors le plus important catalogues d’étoiles, et le dernier qui ait été établi par des observations sans télescope1.

« La première femme à ma connaissance qui n’ait pas craint d’affronter la fatigue des observations et des calculs astronomiques. » François Arago

Au XVIIIe siècle :

Le XVIIIe siècle est caractérisé par trois points de vue divergents à l’égard des femmes : que les femmes étaient mentalement et socialement inférieures aux hommes, qu’ils étaient égaux mais différents, et que les femmes étaient potentiellement égales en termes de capacités mentales et pour leur contribution à la société. Bien que les rôles de genre ont été largement définis au XVIIIe siècle, les femmes ont connu de grands progrès en science.

À cette époque, les femmes ont fait de grands progrès vers l’égalité entre les sexes en astronomie : par exemple, les observations scientifiques de deux Anglaises, Caroline Herschel et Margaret Cavendish, ont contribué aux connaissances astronomiques de l’époque. Herschel naît à Hanovre, mais déménage en Angleterre où elle agit comme assistante de son frère, William Herschel, et découvre sept comètes, dont la fameuse comète périodique d’Encke en 1786 et 1795. Cavendish est la première Anglaise à écrire de nombreux articles sur la science la nature et de la philosophie, et publie les Observations sur la philosophie expérimentale (1666), qui a pour but de stimuler l’intérêt des femmes pour la science.

C’est aussi à cette époque que Émilie du Châtelet traduit et commente les Principia de Newton: la traduction française est publiée à Paris en 1756, sous le titre Principes mathématiques de la philosophie naturelle. C’est Voltaire qui par son influence, l’encourage à approfondir ses connaissances en physique et en mathématiques, matières pour lesquelles il lui reconnaissait des aptitudes particulières, la considérant supérieure à lui-même en ce domaine de la « Philosophie Naturelle», car c’est ainsi qu’on appelait à l’époque les sciences physiques. Dans un domaine qui fut longtemps presque exclusivement masculin, Émilie du Châtelet est considérée comme l’une des premières femmes scientifiques d’influence dont on ait conservé les écrits.

Au XIXe siècle :

La science est restée une profession largement amateur pendant la première partie du XIXe siècle. La contribution des femmes a été limitée du fait de leur exclusion de la plupart de l’enseignement scientifique formel, mais a commencé à être reconnue par l’admission dans des sociétés savantes au cours de cette période.

Au XIXe siècle, la scientifique écossaise Mary Fairfax Somerville effectue des expériences en magnétisme et présente un document intitulé « Les propriétés magnétiques des rayons violets du spectre solaire » à la Royal Society en 1826 ; c’est la deuxième femme à accomplir une telle chose. Elle est également l’auteur de plusieurs textes mathématiques, astronomiques, physiques et géographiques (On the Connexion of the Physical Sciences (1834), Physical Geography (1848) et Molecular and Microscopic Science (1869)), la traductrice de la Mécanique Céleste de Laplace (The Mechanism of the Heavens), et a été un ardent défenseur de l’éducation des femmes. En 1835, elle et Caroline Herschel ont été les deux premières femmes à être élues à la Royal Astronomical Society.

Vers la fin du siècle, Annie Scott Dill Maunder est un pionnier de la photographie astronomique, en particulier des taches solaires. Elle est diplômée en mathématiques de Girton College, Cambridge, et a d’abord été embauchée (en 1890) comme assistante pour Edward Walter Maunder, découvreur du minimum de Maunder, le chef du département solaire à l’Observatoire de Greenwich. Ils travaillent ensemble pour observer les taches solaires et d’affiner les techniques de la photographie solaire et se marient en 1895. Les compétences en mathématiques d’Annie Scott Dill Maunder ont permis d’analyser les données des taches solaires qu’Edward Walter Maunder avait mis des années à recueillir à Greenwich. Avant qu’elle ne soit membre de la Royal Astronomical Society, plusieurs de ses observations sont publiés sous le nom de son mari.

Début du XXe siècle :

Aux Etats-Unis:

En 1901, Annie Jump Cannon remarque que c’est la température d’une étoile qui est la principale caractéristique distinctive entre les différents spectres. Cela a conduit à ré-ordonnancement des types de ABC par la température au lieu des raies d’absorption d’hydrogène. En raison des travaux de Cannon, la plupart des classes d’étoiles alors en vigueur ont été rejetées comme redondantes. Elle reçoit de nombreux autres prix dont, en 1932, le Prix Ellen Richards dont elle cède le montant à l’American Association of University Women pour permettre la création du prix d’astronomie Annie J. Cannon que l’association décerne chaque année à une femme commençant sa carrière en astronomie.

De son côté, Henrietta Swan Leavitt a publié son étude sur les étoiles variables en 1908 et devait être en nomination pour le prix Nobel de physique de 1926, mais son décès l’en empêche car il ne peut être attribué à titre posthume. En 1925, une diplômée de Harvard Cecilia Payne-Gaposchkin démontre pour la première fois à partir de données existantes sur les spectres d’étoiles qu’elle sont presque exclusivement fait d’hydrogène et d’hélium, contrairement aux théories acceptées de l’époque. C’est à ce jour l’une des théories les plus fondamentales en astrophysique stellaire. Bien que mariée en 1933, Payne-Gaposchkin conserve son poste de chercheur, ce qui choque dans le cadre des normes de l’époque. Son patron, Shapley ne réagira cependant que lorsqu’elle publiera un article alors qu’elle est enceinte de cinq mois et lui demandera que cela ne se reproduise plus.

En 1934, Emmy Noether, déjà connue pour le théorème de Noether en physique, commence une série de conférences à l’Institute for Advanced Study de Princeton à l’invitation d’Abraham Flexner et Oswald Veblen. Elle travaille avec Abraham Albert et Harry Vandiver et encadre leurs recherches. Cependant, elle remarque qu’elle n’est pas la bienvenue à Princeton, « l’université des hommes, où aucune femme n’est admise ».

En France :

En 1893, l’astronome franco-américaine Dorothea Klumpke est la première femme à obtenir un doctorat en sciences de la Sorbonne, avec sa thèse L’étude des Anneaux de Saturne.

Le 1er mars 1912, Édmée Chandon est officiellement nommée astronome à l’observatoire de Paris et devient ainsi la première femme astronome professionnelle française. D. Klumpke n’avait alors qu’une autorisation pour utiliser les instruments de l’observatoire de Paris.

Par comparaison, l’Université Harvard décerne son premier doctorat en astronomie à une femme, Cecilia Payne-Gaposchkin, en 1925.

De telles expériences ont fait de Margaret Burbidge une des personnalités les plus influentes dans la lutte pour faire cesser la discrimination des femmes en astronomie. En conséquence, en 1972 elle refusa le prix d’astronomie Annie J. Cannon de la société américaine d’astronomie car il était attribué seulement aux femmes : « il est grand temps que la discrimination en faveur, ou contre les femmes dans la vie professionnelle soit supprimée ».

C’est encore tellement récent ce problème de parité, qu’il ne semble pas vain de continuer à prendre un peu plus de pouvoir.

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