Deux multinationales de l’agrochimie qui fusionnent. Le géant des semences et des pesticides est en passe de diriger le monde. Craindre Google ? Quelle blague à coté du danger alimentaire et environnemental de notre planète…Monsanto, spécialiste des semences OGM également célèbre pour son herbicide Roundup, a été racheté par l’allemand Bayer, inventeur de l’aspirine et fabricant de pesticides néonicotinoïdes sous les marques Gaucho ou Proteus.

Bayer existe depuis 150 ans.En 1863, Le négociant Friedrich Bayer et le teinturier Johann Friedrich Weskott fondent Friedr. Bayer et comp., une entreprise de colorants, à Wuppertal en Allemagne.
En 1888, un tout premier département pharmaceutique est créé au sein de Bayer.
En 1892, Antinonnin®, le premier insecticide de synthèse au monde, marque la naissance de la protection des cultures.
En 1899, Felix Hoffmann, chimiste chez Bayer, réussit en 1897 à synthétiser l’acide acétylsalicylique, molécule aux vertus antidouleurs, qui compose l’Aspirine d’aujourd’hui. La marque est mise sur le marché en 1899.
En 1813, l’usine Bayer de Flers en France est l’un des plus importants sites français de production de teinture.
En 1839, l’IG Farbenindustrie, un conglomérat d’entreprises chimiques allemandes auquel Bayer a été intégré en 1925, est réquisitionnée par les forces allemandes pour soutenir  « l’effort de guerre ».
En 1973, le lancement de Canesten® offre aux patients une nouvelle option thérapeutique pour soigner les mycoses.
En 1987, Ciprobay®, le premier antibiotique entièrement synthétique est créé et inaugure un nouveau standard pour les antibiotiques.
En 1999, afin de renforcer sa présence sur le marché de la vigne, Bayer lance un nouveau fongicide viticole fabriqué à partir d’une nouvelle molécule, la spiroxamine, destinée à lutter contre l’oïdium.
En 2001, Bayer rachète Aventis CropScience et devient un des leaders mondiaux des activités phytopharmaceutiques.
En 2004, Bayer devient la première entreprise partenaire du Programme Environnement des Nations Unies (UNEP), en matière de jeunesse et d’environnement.
En 2005, Bayer lance Advantix®, un antiparasitaire externe pour chien.
Suite à l’acquisition de l’activité produits grand public de Roche, Bayer développe son activité de santé familiale, devenant ainsi l’un des trois plus grands fournisseurs mondiaux de l’automédication. Berocca®, Bepanthen®, Supradyn®, Rennie®, et autres, sont commercialisés par Bayer.
En 2008, Bayer lance Movento®, insecticide sur arbres fruitiers.
En 2014, la division des produits de santé grand public de l’américain Merck & Co., Inc. est acquise par le groupe Bayer, qui poursuit ainsi le développement de son activité Consumer Care, médicaments vendus sans ordonnance.

En 1901 John Francis Quenny nomme sa nouvelle entreprise Monsanto Chemical Works, du nom de sa femme Olga Mendez Monsanto.
En 1902, la compagnie se lance dans la production de saccharine.
En, 1917 Monsanto commence à produire de l’aspirine.
En 1929 Monsanto rachète la compagnie Rubber Services Laboratories basé à Akron, Ohio et Nitro, Putnam County, West Virginia. Monsanto se lance ainsi dans l’industrie chimique lourde. Nitro sera un de ses centres de production des PCB.
En 1935, Monsanto élargit ses activités à la production de savon et de détergents industriels, elle commence à produire du phosphore.
En 1937, Monsanto prend connaissance des dangers lies à l’exposition aux PCB d’après une étude du Docteur Emett Kelly, qui dirige alors le service médical de Monsanto.
En1938, a firme se lance sur le marché du plastique, de nombreux produits en plastique contiennent des PCB.
De 1939 à 1945, des scientifiques travaillant pour Monsanto participent au « projet Manhattan » qui aboutira à la production de la première bombe atomique de l’Histoire. Le Dr. Charles Thomas, qui sera plus tard membre du comité directoire, assistera aux tests et à l’explosion de la Bombe A.
En 1949, accident industriel à l’usine de Nitro, de nombreux ouvriers sont exposés à des produits chimiques contenant de la dioxine.
En 1955, Monsanto rachète les raffineries de Lion Oil et se lance dans la production d’engrais à base de dérivés pétrochimiques.
En 1959, la firme ouvre une nouvelle branche nommée « Monsanto Electronics Co » à Palo Alto, qui produit du silicone ultra pur pour les industries de pointes. Plus tard, le site de production sera classé « superfund site » par l’Agence de Protection de l’Américaine, c’est-à-dire une zone contaminée par des déchets dangereux à dépolluer en priorité.
En 1959 Monsanto découvre le 2,4,5-T et se lance dans la production de l’herbicide Lasso. L’herbicide de Monsanto, plus connu sous le surnom d’ « Agent Orange », sera vendu à l’armée américaine pour défolier la jungle vietnamienne de 1961 à 1971. L’Agent Orange a été produit par plusieurs firmes dont Dow Chemicals. Il a été reconnu que ces herbicides contenaient de fortes concentrations de dioxine qui a causé des troubles médicaux parmi les soldats américains et continue d’affecter la santé de la population vietnamienne.
En 1969 Une étude rend public la nocivité de l’herbicide 2,4,5-T, d’après l’Institut National de la Santé révélant que des souris soumises à des doses importantes du désherbant développaient des malformations fœtales et mettaient au monde des bébés mort-nés.
En 1970, la FDA découvre la contamination d’Anniston et de ses environs par les PCB de l’usine de Monsanto.
En 1972, le Pr Berg réussi à franchir la « barrière des espèces » en combinant l’ADN d’une plante avec un gène issu d’une bactérie.
En 1975, mise sur le marché du Roundup.
En ,1976 Monsanto produit Cycle-Safe, la première bouteille en plastique pour du soda. La bouteille, suspectée de poser un risque cancérigène, sera retirée l’année suivante par la Food and Drug Agency.
En 1980, Monsanto débute ses tests en ferme sur la Recombinant Bovine Somatotropin (rBST), ou recombinant Bovine Growth Hormone (rBGH), c’est-à-dire l’hormone de croissance laitière.
En 1981, l’entreprise pharmaceutique G.D Searle & Company obtient l’autorisation de commercialiser le NutraSweet. Ce substitut de sucre avait été refusé par la FDA pour cause d’études suggérant un possible lien entre la consommation du produit et des risques de cancer du cerveau. Searle sera racheté par Monsanto en 1985 pour devenir sa filiale pharmaceutique.
En 1983, les représentants de trois laboratoires, dont Monsanto, annoncent simultanément qu’ils sont parvenus à insérer une construction génétique, en l’occurrence un gène de résistance à un antibiotique, dans des cellules de pétunia ou de tabac.
En1984, ouverture du procès « Kemner V. Monsanto ».
En 1986 Monsanto est jugé coupable de négligence pour l’exposition au benzène d’un de ses ouvriers à l’usine de Chocolate Bayou au Texas. La firme devra payer 100 millions de dollars de dédommagement à la famille de Wilbur Jack Skeen, mort de leucémie après des expositions répétées.
En 1986, Monsanto dépense 50.000 dollars en frais d’avocat pour empêcher l’initiative (Proposition 65) de l’Etat de Californie visant à réglementer la décharge de produits toxiques prêts de réserves d’eau potable.
En 1987, Class action des Vétérans, Monsanto et les producteurs de l’Agent Orange sont condamnés à verser 180 millions de dollars afin de regler l’affaire à l’amiable. Monsanto avait présenté à ce procès des preuves scientifiques décisives démontrant l’absence de lien entre l’exposition à la dioxine et les nombreux cancers dont souffraient les vétérans. Il sera démontré au début des années 90 que ces études étaient biaisées.
En 1989, Samuel Epstein révèle dans le Los Angeles Times que Monsanto revend à des coopératives la viande et le lait issus de ses fermes expérimentales sur la rBGH.
En 1990 Greenpeace révèle dans un rapport intitulé Science for Sale, que des scientifiques de Monsanto auraient biaisés des études sur la dioxine afin de conclure à son caractère non cancérigène pour l’homme. Ces études avaient servi de preuves pour débouter les vétérans dans leur action contre l’agent orange.
En 1990, Monsanto dépense plus de 405.000 dollars en frais d’avocats pour faire rejeter la réglementation californienne Proposition 128, connue sous le nom de « Big Green initiative ». Cette régulation visait à interdire l’usage de certains pesticides nocifs pour la santé et l’environnement, dont l’Alachlor de Monsanto.
En 1991, Monsanto est condamné à payer une amende de 1,2 millions de dollars pour avoir tenté de dissimuler le déversement d’eaux usagées et polluées dans la Mystic River dans le Connecticut.
En 1992, la Food and Drug Administration publie dans le Federal Register sa réglementation concernant les « aliments dérivés des nouvelles variétés de plantes ».
En 1993, la FDA autorise la mise sur le marché du Posilac de Monsanto, le nom commercial de l’hormone de croissance laitière (rBGH). Le Posilac est le premier produit issu de la recherche transgénique à être autorisé à la consommation.
En 1993, Monsanto dépose le brevet de son premier OGM résistant à l’herbicide Roundup, il s’agit du soja Roundup Ready (RR) et demande une mise sur le marché dès 1994.
En 1995 Shapiro devient directeur de Monsanto, début de la « révolution culturelle » de la firme.
En 1996, la firme de Saint-Louis contribue généreusement à la campagne pour la réélection du président Clinton, lequel rendra hommage à Monsanto dans son discours sur l’état de l’Union, le 4 février 1997.
En 1996, Monsanto est condamné par un tribunal de New York pour publicité mensongère sur la « biodégradabilité » du désherbant Roundup.
En 1997, le journal Seattle Times rapporte des faits incriminant Monsanto pour avoir supposément vendu 6000 tonnes de déchets dangereux à plusieurs compagnies productrices d’engrais. Ces déchets étaient contaminés avec le metal lourd cadmium, que l’on suspecte de causer des cancers, des dysfonctionnements rénaux et neurologiques ainsi que des troubles de la grossesse.
En 1997, Fox News censure un reportage de la journaliste d’investigation Mme Akre sur le Posilac (rBGH) de Monsanto.
En1999, après de fortes pressions internationales, et une interdiction de l’ONU, Monsanto décide de ne pas commercialiser des graines contenant le gène « terminator » provoquant la stérilisation des graines.
En 2001, révélation de la contamination du mais « criollo » mexicain par des gènes RR et Bt de Monsanto, selon un article de I. Chapela et D. Quist paru dans Nature le 29 novembre 2001.
En 2002, 23 février Le jury déclare Monsanto et sa filiale Solutia coupables d’avoir pollué « le territoire d’Anniston et le sang de sa population avec les PCB » (Anniston Star, 23 février 2002). Les dommages et intérêts sont fixés à 700 millions de Dollars.
En 2006, The Guardian révèle que le chercheur sur le cancer Sir Doll a travaillé secrètement pour Monsanto pendant vingt ans, comme le prouve une lettre de 1986 de Monsanto qui lui était destinée et qui confirmait le renouvellement de son contrat à hauteur de 1500 dollars par jour.
En 2007, Monsanto est condamné en France pour publicité mensongère sur le caractère biodégradable du Roundup.

La fusion révolte les chefs français qui, en collaboration avec le site Atabula, font circuler dans la profession une « Lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes », défendue par Olivier Roellinger à la tribune de Slow Food.
A travers son Alliance des chefs, qui compte 700 membres dans quinze pays, Slow Food participe à ce mouvement de protestation derrière son président Carlo Petrini pour qui « le pouvoir des multinationales de l’industrie agroalimentaire croît de plus en plus et les spéculations financières sur notre nourriture conditionnent la vie ainsi que la survie de millions de paysans dans le monde entier ». La liberté de choisir ses semences pour l’agriculteur comme celle de choisir ses produits pour le cuisinier est directement menacée par cette fusion entre deux piliers de l’agriculture intensive.

En réalité, cette fusion, pas pire que d’autres moins médiatisées : les américains Dow Chemical et DuPont ont décidé de se marier et le chinois ChemChina veut racheter le suisse Syngenta.

Seule la Commission européenne pourrait empêcher ces manœuvres en invoquant l’article 2 du règlement 139/2004 évoquant «  la nécessité de préserver et de développer une concurrence effective dans le marché commun ».

La vraie question est : pourquoi de telles alliances sont possibles et encadrées par la loi ?
Il semble tellement inquiétant qu’une entreprise capable de produire des médicaments pour soigner les humains, les animaux et les plantes, soit aussi actrice de notre alimentation, de l’eau que nous buvons, de la nourriture que nous ingérons, de l’air que nous respirons.
Que savons-nous des erreurs si ce n’est une fois qu’elles ont créé des dégâts ?

Si quelque chose est révoltant, c’est bien que tout ce qui est lié à la vie humaine soit entre les mains d’un seul géant.

 

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