Le paradoxe d’Instagram

Sans aucun doute, Instagram est l’une des plateformes de médias sociaux les plus excitants. Il est maintenant classé numéro 2 des plateforme de médias sociaux des plus actives par nombre d’utilisateurs (juste derrière Facebook) avec plus de 600 millions de participants.

En tant que photographe on peut avoir une relation amour-haine avec l’application. « La haine » peut venir du fait qu’on y passe beaucoup beaucoup de temps : on est vite accroché. D’une part, c’est inspirant de voir un nombre incroyable d’images étonnantes sur son flux Instagram chaque jour qui affiche des images haut de gamme. En outre, il existe un grand nombre de photographes amateurs créant un travail incroyable, et dans certains cas, leurs images sont mieux que celles de beaucoup de photographes professionnels.

Instagram est un sujet brûlant parmi les photographes professionnels. Il est rare qu’Instagram ne soit pas mentionné ou discuté. Pour certains photographes professionnels, la plupart du temps ceux qui ont un grand nombre d’adeptes, Instagram a été un énorme avantage pour leur carrière. Pour d’autres photographes professionnels, ça a été un fardeau, une source de frustrations, ou tout simplement une autre forme de marketing.

Avant Instagram, il y avait le sentiment que l’ordre hiérarchique dans la photographie était basé sur une méritocratie, ceux qui en savait beaucoup sur la photographie et ceux qui faisaient d’excellentes photographies, le meilleur photographe était reconnu par cela. Instagram a renversé ce script dans une certaine mesure, car il récompense souvent des images qui sont bonnes, mais pas celles qui montent un tout autre niveau d’excellence, ce qui explique pourquoi il est intensément débattu et discuté entre photographes professionnels.

Parmi les photographes professionnels, qui sont un groupe assez exigeants, bon nombre d’entre nous ont réalisé ce fait: nos meilleures images n’ont rarement autant de goûts que nos images de grade B, qui sont parfois adaptées juste pour Instagram. Les meilleures images, celles qui viennent d’un travail professionnel sont moins appréciées que les images moyennes avec un éclairage fantaisie ou un reflet de paysage dans un lac.

A titre d’exemple, deux  images du compte @michaelclarkphoto. L’image de gauche est une image d’un véliplanchiste, qui a été prise à partir d’ un hélicoptère. C’est une bonne image, avec une perspective intéressante, mais en aucun cas elle est incroyable. Sur la droite c’est une image qui attire et qui oblige à regarder intensément, l’éclairage de cette image a pris des années à se développer. Pourtant, ce sera bien la première image qui plaira davantage sur Instagram.

C’est un exemple, mais c’est le cas en permanence. Les photos du moment et surtout les effets jouent sur le style que les gens aiment voir sur Instagram.

Cela soulève la question: « Qu’est-ce qui se passe ici ? »

La réponse est que les masses ne sont pas nécessairement éduquées sur la photographie comme les initiés le sont. Les éditeurs de photo, les agences de publicité, les acheteurs d’art, et les photographes professionnels qui ont passé des années et des années dans la critique de la photographie et de l’édition, auraient une plus grande expérience des images pour juger celles du consommateur moyen.

À bien des égards, cette insistance sur le divertissement des masses avec une image par jour fait en quelque sorte la promotion de la médiocrité dans l’industrie de la photographie.

Instagram est le moteur de beaucoup de publicités ces jours-ci – et bien plus que le consommateur moyen ne pourrait le supposer. Les photographes professionnels perdent certainement beaucoup de missions et de sponsors parce que leurs stats Instagram (ou sociales)  ne sont pas assez importantes.
Si une entreprise veut communiquer « fort et loin », elle va chercher ceux qui ont le mégaphone social pour aider à augmenter la diffusion de leurs annonces.
Ces jours-ci, il y a quelques photographes (et des non-photographes) sur Instagram complètement vendus aux entreprises pour qui ils font la promotion. Étonnamment, certains des meilleurs photographes n’ont qu’un petit nombre d’adeptes.

C’est en fait une formule assez claire quant aux images à publier pour faire qu’elles soient aimées sur Instagram. Créer des images qui sont bien composées et exposées permet au spectateur d’échapper aux contraintes de la bonne photo et d’avoir des followers.
Quelques exemples de ces types d’images: placer un petit personnage dans un paysage large et convaincant, créer une image unique avec un magnifique paysage d’un endroit exotique, utilisez l’éclairage dramatique pour faire une image d’une autre époque, mettez un hamac dans un lieu insolite avec un fond superbe, faites briller un projecteur vers un ciel de nuit avec un peu de couleur d’aurores boréales dans le fond, et, enfin, publiez ces images régulièrement.

Bien sûr, certaines d’entre elles sont séculaires en matière de styles d’image tandis que d’autres sont de la nouvelle vague d’images de style « Instagram ». La réalité est la première fois que vous avez vu une image d’un mec debout sous un ciel étoilé la nuit, il faut admettre, c’était beau, attrayant. Mais il faut reconnaitre aujourd’hui que beaucoup se ressemblent, il y a un air de « déjà vu » : un peu problématique pour l’art de la photographie non ?  Tout comme les chansons à la radio qui deviennent insupportables à force d’avoir été trop entendues : tout le monde a copié l’original, tout devient conforme.

Alors, quel est le résultat ici ? Instagram a eu le génie d’offrir l’apparence aux gens lambda de produire des photos dignes de professionnels. Les filtres sont des techniques en photographie qui relèvent d’une sensibilité, d’un message qu’on souhaite faire passer dans la photo. Le consommateur lambda teste tous les filtres jusqu’à trouver celui qui fait « déjà vu », pour se conformer au style des photos que lui-meme voit passer dans son flux.
L’application est amusante et facile à utiliser, c’est bien sur pour ça qu’elle est si attrayante. Le nombre d’adeptes croît rapidement parce que vous suivez des gens (souvent par stratégie d’ailleurs qu’eux-mêmes aient un nombre plus important de followers et qu’ils vous suivent en retour).

Le problème avec Instagram (dans le cadre des marques) c’est que ces photographes devraient être jugés leurs images en par le nombre de gens qui suivent leur compte Instagram.

La critique ne vient que du fait qu’Instagram ne tire pas vers le haut le domaine de la photographie, qui est complexe, qui est un métier, une sensibilité, une personnalité ou un style. Ne vous méprenez pas, Instagram est un excellent outil de marketing, ainsi que pour le partage des images et pour la communication. Mais, le nombre d’adeptes ne fait pas le bon photographe, les comptes importants sont souvent ceux qui cultivent la culture photo Instagram.

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