Il y a beaucoup de choses que nous voulons demander à d’autres personnes. Nous voulons demander un emploi, de l’argent, une chance de collaborer, un baiser. Mais souvent nous ne demandons pas à cause de la terreur d’un « Non ».

Pourquoi un « non » – un petit et inoffensif mot –  peut se révéler très si douloureux, si difficile à entendre, quelque chose qui nous ferait préférer mourir dans la misère, ignoré et insatisfait par crainte de jamais avoir à l’affronter ?

Ce n’est envisageable d’essayer de ne pas entendre un « non ». Ce que nous essayons de faire est d’ éviter entendre quelque chose de tout à fait différente: que nous sommes dégoûtants.

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Nous avons tous accès à une auto-image dégoûtante : un répertoire de tous les côtés les plus cassés, défectueux, embarrassantes et faibles de ce que nous sommes.

C’est précisément cette image de soi qui est éveillée et engagée chaque fois que les gens nous disent « non ». Nous ne sommes pas fait pour entendre « non » – nous irions très bien si c’était le cas. Nous entendons: vous êtes arrogant, risible, répugnant, hors-sujet, maladroit, délirant.

Pas étonnant que nous ayons des réticences à demander. Mais, en vérité, bien sûr, les autres ne se disent pas cela de nous. Ils ne peuvent pas deviner comment nous nous sentons à l’intérieur, il n’est pas écrit sur notre front et, plus important encore, ce n’est même pas vrai. Nous avons des côtés difficiles bien sûr, mais il en va de tout le monde. Nous sommes un mélange de bon et mauvais, comme tout le monde. Nous sommes OK. Nous méritons d’exister.

Quand les gens disent non, ils ne pensent pas à nous. Voici la seule raison pour laquelle les gens disent non : La vraie raison pour quoi les gens disent non est que cela ne correspond pas à leurs plans. Ils ne pensent pas à nos actes stupides, ils ne connaissent pas les surnoms que les gens nous donnaient à l’ école ou ne savent pas ce qu’on fait  tard dans la nuit. C’est dans notre tête ; pas la leur. Ils sont juste inquiets au sujet de leurs plans.

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On se perd sur quelques idées consolantes parce que nous ne nous mettons pas dans la situation inverse quand nous avons dit « non » aux gens. Nous avons dit « non » non pas parce que nous les haïssons ; nous l’avons fait pour une raison évidente : cela ne correspondait pas avec nos plans.

Mais voici la raison principale pour essayer de demander. Nous ne savons pas où les gens en sont avec leurs plans. Nous pouvons être sûrs de cela en regardant notre propre expérience. Il y a effectivement un nombre surprenant de choses que nous pourrions donner théoriquement à d’autres personnes, si seulement ils avaient demandé. Nous dirions oui à de nombreux choses. Nous serions prêts à donner à certaines personnes de l’argent, du temps, des baisers … s’ils avaient demandé ! Mais les gens ne demandent pas, parce qu’ils ne savent pas où nous en sommes dans nos vies.

Chacun d’entre nous est fondamentalement ignorant des plans des autres personnes. Nous ne pouvons pas vraiment dire si d’autres pourraient dire oui ou non parce que nous n’avons pas accès à leurs projets et leurs visions. Nous essayons de surmonter notre manque de données en nous fermant dans un sens pessimiste. Mais nous devons, au contraire, tout simplement essayer d’obtenir plus de données – en demandant. Nous devons répondre à l’ignorance par la curiosité, ne désespérez pas.

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Il faut se rappeler aussi que nous pouvons survivre à un « non ». De loin, nous pensons que ce serait une catastrophe si la réponse était un « non ». En vrai, au bout de quelques heures, on s’en remet. Nous sommes des adultes maintenant. Bien sûr, comme les petits enfants, nous étions très vulnérables et peut-être les adultes nous disaient « non » à des moments clés et cela faisait mal. Maintenant, nous essayons de ne pas être blessé à nouveau. Mais l’esprit est lent à se rendre compte du temps. Nous avons grandi. Nous sommes peut-être 20 cm plus grands qu’avant. Nous avons un compte en banque, peut-être une voiture, peut-être des enfants aussi. Nous pouvons survivre à un « non ».

Et en tout cas, ne demande pas, ne peut pas savoir. Nous évitons la douleur du rejet ; mais nous nous installons dans quelque chose qui est plus insidieux et troublant : un manque de possibilités. Ne pas demander la vie pour quelque chose signifie implicitement demander autre chose, l’échec dès le départ. Et cela est particulièrement triste parce que la vie est si courte. Ce que nous devrions vraiment craindre ce n’est pas un « non », mais d’atteindre notre lit de mort inassouvi. Nous devrions demander.

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