Les test ultime de vos compétences sociales

Il peut être facile d’imaginer que nous possédons des compétences sociales raisonnables, parce que nous savons comment maintenir la conversation avec des étrangers et parvenir à faire rire tout une tablée. Mais il y a un test beaucoup plus sévère que cela, surprenant dans sa capacité à nous faire trébucher : le défi d’avoir un agréable moment avec un enfant, nous ne savons pas forcément faire. Théoriquement, cela devrait être facile.Nous avons tous été une fois des enfants. Nous savons beaucoup plus que ce qu’ils ne savent et – dans la mesure où ils sont concernés – nous détenons toutes les cartes: si nous en avions envie, nous aurions pu acheter 26 paquets de biscuits et rester au lit chaque fois que nous le voulions.

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Pourtant, en réalité, il est étrangement difficile d’être à l’aise avec des enfants, nous ne sommes plus près d’eux. Imaginez être invité dans la maison de votre patron pour le déjeuner et restez seul dans la cuisine avec son fils de 10 ans de mauvaise humeur ; ou vous êtes introduit dans une salle de jeux avec deux timides filles de cinq ans, et les enfants d’un ami. Nous pouvons rapidement développer une effarante langue et rester inepte.

La raison en est que les enfants sont incapables de faire l’une des choses normales qui facilitent les rencontres sociales entre adultes inconnus. Ils ne posent pas de questions polies au sujet de ce que nous sommes ou avons été. Ils n’ont pas de sentiment pour nos vies ou ce qui pourrait être important pour nous. Ils ne donnent pas les nouvelles ou la météo. Et ils ne peuvent pas nous dire beaucoup sur eux-mêmes et ni sur leurs enthousiasmes. Si nous leur demandons pourquoi ils aiment un jouet ou un film, ils ont tendance à regarder dans le vide et disent qu’ils aiment, voilà tout.

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Donc, pour toute leur douceur, les enfants présentent des obstacles redoutables et fascinants à la fluidité sociale – qui est aussi la raison pour laquelle ils sont les plus grands essais de la maîtrise des arts du charme et de la gentillesse.

Nous avons – à travers l’histoire culturelle – quelques exemples d’adultes accomplis qui s’entendent bien avec les enfants. Montaigne fait remarquer qu’il trouvait « rien de plus notable » dans la vie de Socrate (l’homme qui, plus ou moins du début de la philosophie occidentale) que le fait qu’il était exceptionnellement doué pour jouer avec les enfants. « Et il lui faisait très bien, ajouta Montaigne, que toutes ses actions et sa philosophie, lui permettaientt d’honorer un homme sage tout aussi bien que les enfants.

Henri IV, roi de France de 1589 à 1610 est connu comme l’un des monarques français les plus gentils et se révélait également être très doux avec des enfants. À une occasion, célèbre peinture d’Ingres, l’ambassadeur d’Espagne est venu voir le roi et l’a trouvé prétendant être un cheval pour ses enfants qui lui montaient dessus. Plutôt que d’interrompre le jeu immédiatement, Henri a laissé l’ambassadeur attendre un peu de temps, même devant l’envoi d’un signal fort de priorités adultes qui l’attendaient. La capacité au mensonge est peut-être le seul pont des relations sociales…

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Henri IV Recevant l’Ambassadeur d’Espagne, Jean-Auguste-Dominique Ingres 1817

Ce qui est touchant dans ces situations c’est que les adultes n’insistent pas sur l’utilisation de leurs évidents points forts, socialement approuvés avec des enfants. Socrate n’a pas choisi de donner des conférences au sujet de la métaphysique, Henri IV ne siégeait pas impassiblement sur un trône pour discuter de la façon de gouverner un royaume. Ils ont mis de côté leurs vertus et leur prestige reconnu afin de se rendre vulnérables – un must chaque fois que l’amitié est en jeu. Ils ont osé s’exposer à l’attaque de ceux qui auraient pu les décrire comme « stupide » ou « indigne », comprendre implicitement que l’amitié ne peut émerger que lorsque nous laissons les,pièces sans fioritures fragiles nous séparer – être sans artifice – montrer les parties fragiles, sans fioritures.

En outre, ces deux grands hommes savaient comment trouver un terrain d’entente avec les personnes qui étaient, à bien des égards, tout à fait étrangères. Cosmopolites de l’esprit, ils cherchaient dans l’imaginaire ce qui unit plutôt que ce qui divise les gens et ont été en mesure de localiser, quelque part dans leurs personnages, les joies et les émotions de quelqu’un qui a seulement été sur Terre quelques années. Le savoir-être social habile que nous possédons (même si ce ne sont que quelques traces et formes embryonnaires) sont toutes les possibilités humaines en nous, dans lesquelles puiser pour se faire un chemin vers les besoins et les points de vue des étrangers. Donc, même si elles  donnent à voir de la confiance, ils savent comment être en contact avec la version la plus timide d’eux-mêmes ; même en jouissant de la sécurité financière, ils peuvent mobiliser leur propre expérience de l’anxiété pour entrer dans le monde intérieur d’une personne en proie à des soucis d’argent ; même si leur carrière ne se déroule pas bien, ils peuvent, sans amertume, trouver une partie d’eux-mêmes qui aimeraient s’amuser et l’utiliser pour s’engager chaleureusement avec une personne dont la vie professionnelle va très bien.

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Les mouvements que ces grandes personnes ont fait avec les enfants sont ceux que nous devrions tous apprendre à faire avec toutes personne, de tout âge, nous voulons créer des liens avec eux, c’est tout. Mais il est particulièrement utile de se débarrasser de toute crainte d’une perte de dignité. L’amitié commence, et la solitude peut finir, quand on cesse d’essayer d’impressionner, avoir le courage de sortir de nos zones de sécurité et qu’on peut oser – pour un temps – se regarder de façon un peu ridicule. L’auto-dérision est une grande qualité sociale : c’est tout même garder la confiance de ce qu’on est devenu.

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