Voici comment tout ce que vous achetez à un impact dans le monde

D’une certaine manière, c’est l’ultime défi de conception de données: la cartographie non seulement de l’économie mondiale, mais son impact sur l’extinction de la biodiversité sur la terre.

Il ne suffit pas de savoir d’où votre sac de café vient. Ou même de s’intéresser à la colle utilisée pour l’étiquette, ou connaitre le taux de déversement de l’usine dans la nature. Il s’agit de relier chaque pièce d’un produit, souvent des centaines de constituant, des petits détails discrets, qui donnent à connaitre les points d’origine qui couvrent le monde entier et l’impact qu’ils ont sur des milliers d’espèces menacées d’extinction. C’est ainsi qu’il faut penser la cartographie du monde. C’est un défi de taille, mais un domaine émergent de la recherche est en train de l’aborder, en essayant de penser la rétro-ingénierie complexe du monde moderne avant qu’il ne soit trop tard.

Le dernier exemple provient de Daniel Moran et Keiichiro Kanemoto, respectivement de l’Université norvégienne des sciences et de la technologie et de l’Université Shinshu. Le travail de Moran et Kanemoto retrace les événements locaux, comme l’explication de la disparition d’une espèce ou d’un écosystème, à travers le réseau mondial du commerce économique pour en trouver sa cause. Comprendre un tel événement est complexe ; comprendre comment des milliers d’entre eux existent dans un  seul réseau semble impossible.

Pourtant, c’est ce que le duo a cherché à faire avec leur dernière visualisation, publié dans Nature cette semaine. Les cartes tachetés de pourpre et de vert représentent la façon dont les consommateurs américains impactent sur le reste du monde naturel. C’est une heatmap classique, la distinction entre les points chauds des espèces marines et terrestres menacées. Les zones les plus intenses de la teinte, avec le nombre de menaces pointent vers les consommateurs américains.

Certaines des relations de causes à effets sont claires: les consommateurs américains sont le moteur de la surpêche, ce qui entraîne la menace pour les espèces marines au Costa Rica et au Nicaragua, par exemple.
Mais les consommateurs américains entraînent également des menaces dans des endroits surprenants, comme l’Espagne, avec leur goût pour l’huile d’ olive, comme Kanemoto explique. « Par exemple, le lynx ibérique en Espagne est en danger critique en raison de la perte de son habitat, et une cause de ceci ce sont les projets de barrages hydroélectriques, le but de ces barrages est le contrôle de l’irrigation pour diverses agricultures, y compris l’huile d’olive, qui est significativement exportée aux États – Unis », a-t-il expliqué. Prenez le crapaud noir, il est menacé au Venezuela. La façon dont les consommateurs américains conduisent l’exploitation forestière dans la région, probablement pour la production de papier, contribue directement à au moins 2% du niveau de menace du crapaud.

L’habitat du crapaud 

La découverte de l’image pourrait avoir un impact très concret sur ces espèces menacées. Moran et Kanemoto écrivent que 90% de l’argent dépensé aux États-Unis pour la conservation proviennent de pays riches. Mais comme leur carte le montre, l’écologie dans les pays en développement, souvent les plus pauvres et les plus touchés est impactée par les routes commerciales mondiales. Leur visualisation montre que la conservation devrait orientée bien plus loin que ce qu’il ne voient actuellement.

Alors quelle position les consommateurs doivent prendre quand ils vont dans une épicerie pour acheter du café, restent-ils impuissants à comprendre l’impact réel de leur choix ? Moran souligne que les services de certification, comme le Forest Stewardship Council (pour le bois), le Marine Stewardship Council (pour les fruits de mer) et la Table ronde sur l’huile de palme durable (qui se retrouve dans des centaines de produits de consommation) sont tous utiles pour les consommateurs, mais qu’il faut davantage d’organisations pour aider à faire que notre empreinte environnementale soit plus légère. « A ce stade, il est encore très difficile de faire des choix éclairés en tant que consommateur, » écrit-il.

Visualiser cet immense réseau est juste la moitié d’iceberg : tout montrer au public sera le vrai défi de conception pour communiquer sur le problème.

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