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L’Education va où ?

L’Education va où ?

L’éducation est un sujet à la mode. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder la déferlante de réactions que déclenche la publication d’une étude sur le système éducatif pointant les faiblesses du système éducatif français. Le dernier rapport PISA en est le parfait exemple : la semaine qui a suivi sa publication, une vingtaine d’articles ont été écrits à ce propos dans les média nationaux.

(Article repéré sur MediumSvetlana Meyer)

Cette cadence de publication est à la hauteur des attentes du public. Pour répondre à la demande, chaque journal a désormais son groupe de journalistes spécialisés, parfois même des rubriques dédiées. Dedans, instituteurs, hommes politiques, chercheurs, directeurs d’instituts économiques, entrepreneurs et parents d’élève prennent successivement la parole pour dénoncer les failles du système et proposer leur vision de l’école idéale.

Quelque soit l’orateur, les mêmes mots reviennent.

Empathie, créativité, co-construction, tolérance, bienveillance, liberté, bonheur, horizontalité, personnalisation, égalité, flexibilité, autonomie, accessibilité.

Voici à l’unanimité les fondations de l’école du XXIème siècle. La similarité de leur vocabulaire pourrait nous faire croire que ces acteurs partagent la même conception de l’éducation. Au delà de l’altruisme revendiqué, leurs mots ont en commun qu’ils sont à eux seuls trop flous pour engager à quoi que ce soit. Les artifices rhétoriques cachent en fait des visions de l’éducation très différentes.


“L’école doit se transformer en un espace plus humain, plus horizontal, plus ouvert, plus libre, plus individualisé, plus enthousiasmant. Elle aura la responsabilité de créer un écosystème capable de nourrir en qualité et en quantité l’intelligence en plein développement de nos enfants — et ce, en répondant aux besoins et aux personnalités de chacun.”

Céline Alvarez, auteur des Lois Naturelles de l’Enfant

“L’éducation doit s’attacher davantage à notre façon de raisonner, en développant notamment la créativité, l’esprit critique, la résolution de problèmes et la prise de décisions, à notre façon de travailler, en développant les compétences de communication et de collaboration, et à nos traits de personnalité, en encourageant ceux qui nous aident à mieux vivre et travailler ensemble.”

Andreas Schleicher, directeur du pôle éducation de l’OCDE.

encore, les mots se ressemblent. Mais la révolution de l’éducation que promeut Céline Alvarez, ancienne enseignante, est sans aucun doute bien différente de celle à laquelle aspire Andreas Schleicher, directeur du pôle éducation de l’OCDE.

Céline Alvarez, auteur des Lois Naturelles de l’Enfant

On ne présente plus la première, qui a mené pendant trois ans un projet dont le but était de tester en zone défavorisée l’impact d’une méthode pédagogique basée sur les travaux de Maria Montessori et de résultats expérimentaux issus des sciences cognitives. Désormais, elle transmet ses connaissances en matière d’éducation à travers son livre, ses conférences, ainsi que sur son site web où tout son matériel pédagogique est disponible gratuitement.

Andreas Schleicher, directeur du pôle éducation de l’OCDE.

Le second coordonne le fameux programme PISA, une grande étude triennale dont le but est de fournir un ensemble d’indicateurs sur la performance scolaire des élèves de l’OCDE. Sa dernière initiative est d’identifier, quantifier et d’optimiser la “compétence globale” de l’élève au regard des exigences du marché du travail.

Si l’une a produit un ensemble de méthodes pédagogiques centrées sur l’épanouissement intellectuel et personnel de l’enfant, pour le second l’objectif est avant tout la formation de travailleurs adaptés aux nouvelles réalités économiques.

Ces deux visions sont très polarisées, contrairement aux concepts positifs qui peuvent indifféremment leur être rattachés. Bien qu’ils remportent une adhésion massive (après tout qui peut être contre une éducation “bienveillante”?), ils sont trop vagues pour nous permettre de les départager.

Pour évaluer à sa juste mesure toute proposition en matière d’éducation, il nous faut deux éléments :

  • une finalité assumée qui donnera lieu à une école cohérente,
  • un passage à l’action basé sur des faits établis par la recherche.

La finalité pour départ

Se donner un objectif clair à partir duquel nous pourrons penser un système scolaire efficace est selon le rapport “Quelles finalités pour quelle école?” de France Stratégie la première condition d’une réforme réussie.

Actuellement, l’école doit répondre à trop d’attentes, parfois mutuellement contradictoires, et ne peut donc pas agir de manière cohérente. Les tentatives de réformes s’apparentent à une juxtaposition de mesures marginales auxquelles on rattache a posteriori plusieurs finalités. Cette dissipation des moyens dans toutes les directions limite d’emblée l’impact des solutions proposées. A vouloir tout faire, on ne réalise rien.

“Parce que le sens d’une politique éducative, c’est évidemment son niveau de performance sur le niveau des élèves et leur future insertion professionnelle, mais c’est aussi sa capacité à construire des citoyens confiants, des adultes heureux, libres, entreprenants et créatifs nous devons débattre des questions de pédagogie, de transmission des savoirs et des valeurs.” Najat Vallaud-Belkacem

A l’inverse, fixer un cap clair permettra de définir l’itinéraire à suivre pour proposer un dispositif scolaire cohérent et efficace. Le rapport en propose plusieurs, dont les deux finalités mentionnées précédemment. Voici pour chacune d’elle quelques exemples d’organisation à mettre en place pour les réaliser.

1Si la finalité de l’école est de favoriser l’épanouissement personnel de l’élève, cela implique que :

  • Le contenu des enseignements est spécifié par les aspirations de chaque élève et non plus par un programme national suivi par tous les élèves d’un même niveau ;
  • Chaque enfant réalise un ensemble de projets ambitieux qui lui permettront progressivement de se déterminer;
  • L’élève acquiert de nouveaux savoir par la réalisation même des projets et par des enseignements “classiques”, certaines compétences comme la lecture étant nécessaire dans de très nombreux projets;
  • L’enseignant cumule plusieurs rôles : à celui de professeur, s’ajoutent ceux de tuteur, pour aider l’élève à se déterminer, et de chef de projet, pour suivre le déroulement des projets en cours dans la classe;
  • Un répertoire national des savoirs référencera un grand nombre de ressources pédagogiques pour aider l’enseignant a accomplir ses trois missions;
  • Au fur et à mesure que les élèves montent en compétence, ils auront besoin d’avoir accès à d’établissements de plus en plus spécialisés qui leur donneront les d’outils pour réaliser des projets de plus en plus ambitieux.
Source

2Si la finalité de l’école est de former des travailleurs adaptés aux besoins du monde du travail, cela nécessite :

  • La constitution d’un collège mixte composé d’employeurs et d’enseignants pour définir un enseignement qui concilie à la fois les exigences du monde de l’entreprise et les capacités d’apprentissage des élèves;
  • Pour former des élèves suffisamment spécialisés mais flexibles pour être prêt à affronter les transformations du marché de l’emploi, ils suivraient une spécialisation précoce et progressive en ayant la possibilité d’en changer facilement;
  • Les diplômes traditionnels seraient remplacés par un arbre de compétences partagés par toutes les spécialisations ce qui faciliterait la sélection des candidats à l’embauche;
  • Cet enseignement mêlerait savoirs transversaux (écrire, lire, culture G, math mais aussi collaboration) et apprentissages socio-professionnels, propres à chaque grand domaine de métier;
  • Pour les transmettre, les écoles emploieraient en plus d’enseignants “classiques” des experts formateurs exerçant une autre activité professionnelle en parallèle, pour garder une proximité avec le terrain;
  • L’école et l’entreprise seraient décloisonnés : les employeurs aménageraient des espaces pédagogiques dans leurs locaux pour accueillir les élèves.

Pour deux finalités aussi différentes, nous obtenons naturellement donc deux systèmes scolaires diamétralement opposés. Le choix d’un objectif principal est loin d’être anodin, mais cette radicalité est le prérequis de l’efficacité. Selon ce même rapport, il est possible que l’école poursuive simultanément ces deux finalités. Il faut alors qu’elle accorde à chacune un niveau de priorité et qu’en fonction de celui ci, elle aménage des parties du parcours scolaires qui seront intégralement consacrées à l’une ou à l’autre. Inévitablement, la performance du système par rapport à chaque finalité s’en trouve réduite, étant donné que moins de temps est consacré à leur accomplissement respectif.


La Science comme repère

La volonté politique est le seule guide dans le choix d’une finalité et d’une organisation pour l’éducation nationale. En revanche, les actions à mettre en place sur le terrain doivent s’appuyer sur des faits établis. Les sciences cognitives étudient les grandes fonctions du raisonnement humain (perception, attention, mémoire…) et contiennent une grande quantité de connaissances sur l’apprentissage, validées par une expérimentation à grande échelle sur le terrain. L’enjeu humain et financier que représente l’éducation doit forcer leur utilisation, or rares sont les réformes annoncées sur la base de résultats scientifiques.

En matière d’éducation, la recherche a son mot à dire sur deux principaux points :

  • le contenu et l’organisation des enseignements
  • la conception et la validation d’outils pédagogiques

Le contenu et l’organisation des enseignements

Nombreux sont les chercheurs qui ont travaillé sur le développement de compétences fondamentales comme la lecture, les compétences arithmétiques ou le raisonnement logique. D’autres ont étudié la manière dont il faut alterner et espacer les phases d’apprentissage passif et de manipulation d’informations active pour améliorer la mémorisation. Leurs travaux ont permis d’établir des principes à suivre que les enseignants peuvent utiliser pour améliorer considérablement leur pratique. Ce ne sont pas des lois abstraites, déconnectées de la réalité. Quel exercice utiliser pour apprendre à un enfant de CP à lire ? Comment améliorer l’esprit critique d’un enfant de neuf ans ? Telles sont les questions auxquelles les sciences cognitives répondent.

Concevoir et tester des supports pédagogiques

Avec l’essor du numérique, la production de support pédagogique connait un renouveau. Mais qu’il soit digital ou non, un support doit pour être efficace avoir été conçu à partir de résultats scientifiques. Par exemple, les enfants apprennent mieux les lettres de l’alphabet s’ils peuvent utiliser plusieurs de leur sens. Nous connaissons les fameuses lettres en mousse de Maria Montessori qui mobilise le sens du toucher et du mouvement, mais nous pourrions aller encore plus loin en concevant un dispositif numérique qui rajoute du son ou qui joue sur différentes texture via une interface haptique. Si le cadre théorique laisse penser que ce support améliorerait plus l’apprentissage des lettres que ce qui existe déjà, il faut ensuite le prouver. Les sciences cognitives disposent de méthodes expérimentales solides et d’une rigueur statistiques qui permettront d’en évaluer correctement la pertinence. Celles-ci peuvent aussi comparer l’efficacité de deux dispositifs concurrents et mettre en valeur leur impact réel sur l’apprentissage.

Le champ d’investigation de cette science étant très large, ses apports vont aux delà des contenus et supports pédagogiques. Elle étudie aussi les la perception, l’attention, la mémoire, les interactions sociales, elles ont encore des choses à nous apprendre sur l’interaction élève-enseignants, la composition en âge des classes, la motivation des élèveset bien d’autres encore. S’il est possible par essai et erreur de créer un support pédagogique correct ou à un contenu satisfaisant, l’apport de la science permet d’en améliorer la conception en vitesse et en qualité. Pourquoi s’en passer ?


Une réforme de l’éducation est nécessaire à l’évidence. Et les discours seuls n’y pourront suffire. Les mots ont besoin d’être concrétisés par des actions tangibles et cohérentes, élaborées sur de solides bases scientifiques.

Voici, à mon sens, les fondements d’une évolution pérenne.

Source

 

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