Etes-vous sapiosexuel ? Smart is the new sexy

Est-ce qu’une personne qui a de l’esprit vous excite ? Est-ce qu’un bon mot bien placé génère en vous une attirance sexuelle ? La sapiosexualité est-elle un nouveau pan de la sexualité qui justifie le rapprochement de personnes qui se plaisent intellectuellement ? Voyons ce que la sapiosexualité a à voir avec l’amour aujourd’hui…

L’amour ne s’explique pas. Il est bien plus complexe qu’une attirance sexuelle, un critère coché sur une liste imaginaire du partenaire idéal. Le truc, l’alchimie, le charme, le charisme seraient mal-employés s’il ne s’agissait que de caractéristiques physiques, d’hormones, de sens en émoi, ou de considérations matérielles.

L’amour est complexe, depuis toujours. Il ne cesse de faire parler, vendre et créer. Dans une société où le porno est démocratisé, les branches sexuelles explorées, les moyens de se rencontrer en plein épanouissement et la liberté des moeurs sexuelles des femmes débridées (enfin, elle jouit), même le mariage est sur le point de sortir des objectifs de vie comme le fer à repasser du Monopoly. Comment s’aime-t-on aujourd’hui ?

Alors sapiosexuel, c’est pour qui ?
Du latin sapere, savoir, connaître, les sapiosexuels sont excités par la présence spirituelle, la profondeur de l’âme, la culture et l’intelligence.
On pourrait justifier l’émergence du mot par la société actuelle, véritable entremetteuse technologique des rencontres, proposant des catalogues en libre accès de consommation de corps et de visages, sauf que, comme dans tous les extrêmes, l’anarchie alimente autant un besoin de retour aux valeurs.

Spotify nous offre plusieurs vies d’écoute musicale ? Les disquaires n’ont pas disparus pour autant. Kindle nous offre la littérature de toutes les bibliothèques du monde ? Les librairies n’en récoltent que plus de charme. Etc. Peut-être, effectivement, dans le supermarché du dating, nous sommes de plus en plus nombreux à rechercher l’épicerie fine des partenaires singuliers.

L’amour n’a jamais rimé avec facilité. Nous le savons tous : la quête et la conquête, le rêve et le fantasme, sont dans les entrailles de l’amour fou et passionnel. Dans la consommation des corps, il n’y a pas de saveur proche de l’amour tel qu’on le connaît. L’amour possède, l’amour décompose, il nous fragmente ; l’amour pénètre et libère des espaces en nous inconnus, l’amour déstabilise, fait chavirer notre conception de la stabilité : c’est une manifestation. Un ouragan, un feu, un tsunami, une aventure vers des terres inexplorées, l’amour est quelque chose d’à la fois éphémère et éternel, il nous change à jamais, il déconnecte tout, il rompt et noue à la fois. Nous sommes addicts à ce basculement, à ce moment où le corps et les pulsions prennent le relais sur la raison. Comme une marionnette qui prend vie, libérée de ses fils, dans l’amour, on se sent vivant comme si plus rien n’était écrit de notre destinée. L’attirance, le désir, voilà que notre corps réagit puis interagit : la raison a décroché. Notre raison est abandonnée quelque part où elle continue à nous interdire des aventures folles et enivrantes. L’intuition du danger, l’ombre du jugement moral, le poids de la logique, les causes et les effets n’entrent pas dans la chambre de l’amour.

Mais alors, quoi d’autre que notre culture et notre éducation a enfermé dans la tempérance ce besoin universel de liberté ?
La sapiosexualité a pris sens dans la saveur du tout cuit. C’est peut-être la prise de conscience que l’amour n’est pas liberté d’être : l’amour naît dans la libération d’être.
Le Je pense donc je suis, élimé depuis depuis des siècles pourrait prendre tout son sens pour la sapiosexualité. Je pense, je suis, je jouis.

sapiosexual

Cette tendance n’est certainement pas une nouveauté. Scarron, par exemple, le fin rhéteur réputé pour sa grande laideur était marié à la future Madame de Maintenon. Mais combien d’adolescentes ne sont-elles pas tombées amoureuses de leur professeur ou de leur mentor ? Combien de femmes, si ce n’est les plus courtisées, ne tombent-elles pas éperdument amoureuses d’hommes matures, aux bonnes manières et éduqués ?
Même si les arrangements sociaux ont longtemps été la monnaie de raison des mariages, aujourd’hui, la valeur des personnes se mesure aussi aux moyens dont elles disposent pour fréquenter les lieux de culture ou d’épanouissement spirituels.
Il est d’ailleurs superficiel de penser que les mariages d’argent ne reposent que sur les avantages matériels : il est quasi biologique qu’une personne qui ne nous attire pas devient vite déplaisante et rebutante. Il paraît donc un peu rapide de justifier certains mariages comme seulement basés sur les intérêts matériels et individuels. Dans les classes sociales, la culture et l’éducation vont souvent de paire avec les moyens pour les nourrir : les voyages, les livres, les théâtres, les concerts, les restaurants, la pratique de sports, de musique ou de loisirs nécessitent évidemment un budget, et le goût de prendre soin de soi, tant intérieurement qu’extérieurement.

Voilà d’où pourrait venir la prise d’épaisseur de ce mot sapiosexuel.

Au supermarché ou au fastfood, la nourriture est « facile » : pas chère certes, mais molle et sucrée, pensée pour plaire à tous les palais. On pourrait comparer cette nourriture aux rencontres d’un soir, aux applications de dating, à notre société qui rend tout achetable, consommable et jetable. L’autre est sans saveur, et le déploiement des forces de séduction réduit au confort du canapé, télécommande à la main.
Ce qui est branché dans les nouveaux restaurants ou bars, ce sont les saveurs exotiques, les formes, les mélanges, les produits réputés rares (car vous êtes rares) ou chers ; on pourrait comparer ces occasions alimentaires aux transgressions sexuelles, aux incartades, aux expériences nouvelles, aux mouvements de mode de speed dating, si ce n’est aux facilités de rencontres par affinités, milieux, centres d’intérêt.
Et puis, il y a ces restaurants étoilés, les lieux confidentiels, les plans d’initiés pour goûter au vrai. La nourriture intellectuelle. Pour l’expérience d’un dîner de grand chef, ce n’est pas la faim qui vous fait y aller, c’est l’expérience, la rencontre, la découverte. Vous goûtez à un travail mûrit, vous appréciez une oeuvre, vous rencontrez quelqu’un, vous retrouvez un goût authentique, un souvenir d’enfance, vous posez le pied sur une empreinte : un voyage initiatique tant physique que psychique se passe. La sapiosexualité c’est un peu de cela : une rencontre spirituelle, intellectuelle, morale, un échange d’âme à âme, sans reconnaissance physique d’abord (sans ce besoin conditionnel plutôt). Mais le bon devient beau. La qualité prime sur la quantité. L’égoïsme, au coeur de l’amour, est exalté dans le miroir d’un bel esprit. La joute oratoire annonce le combat animal des corps. L’antagonisme n’a jamais autant de saveur que dans l’épreuve d’être défié sur nos croyances, que l’autre repousse nos limites intellectuelles. L’exaltation qui en découle fait l’excitation.

Les littéraires savent combien les classiques sont truffés d’occurrence sexuelles. Les gastronomes se reconnaissent entre eux dans le partage d’un repas qui n’est autre que la plus belle métaphore de la pénétration physique et de l’extase des sens.

Alors les sapiosexuels ce ne sont pas les moches qui jouent de leur culture pour séduire, ce sont les vrais jouisseurs. Ceux peut-être ceux qui vous expliqueront que le bondage est une libération, que le fétichisme est une forme de religion, l’esprit fin le meilleur des aphrodisiaques. Non, les sapiosexuels ne revendiquent pas d’appartenance à un sociostyle où le QI fait jouir : ce sont des individus qui portent leur singularité spirituelle comme une lingerie excitante pour l’autre.

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