Des stéréotypes féminins : l’expérience du yaourt salé

Quand des adultes font manger des yaourts salés à des enfants : cela révèle beaucoup sur l’intériorisation des stéréotypes de genre par les petites filles. 

Avez-vous vu lu la fascinante interview de Virginie Despentes publiée le 9 juillet dans « le Monde »?

Après avoir parlé d’elle et de sa féminité, comme quelque chose à « construire », vient ce passage :

« Une étude publiée il y a cinq ans l’exprimait parfaitement. On faisait passer à des petits garçons et des petites filles de 5-6 ans un faux casting pour une pub de yaourt. Et sans leur dire, on avait salé le yaourt. Les petits garçons, sans exception, font ‘beurk’ devant la caméra, car le yaourt est infect. Les petites filles, elles, font semblant de l’aimer. Elles ont compris qu’il faut d’abord penser à celui qui les regarde et lui faire plaisir.
Eh bien c’est exactement cela la féminité : ne sois pas spontanée, pense à l’autre avant de penser à toi, avale et souris. Tout est dit. »

Le Nouvel Obs a trouvé une vidéo extraite d’une émission de télé espagnole, « El Hormiguero ». Il est bien question d’un faux casting. Des petites filles et des petits garçons sont assis à une table et doivent goûter une cuillère d’un immonde yaourt salé puis dire « Trop bon, Yogures Glotone [le nom du faux yaourt] ! »

La méthode n’a rien de scientifique. Mais l’on voit bien que la réaction des filles est différente de celle des garçons. Ces derniers grimacent et peinent parfois à dire le slogans ; tandis que les filles grimacent parfois un peu elles aussi, mais reprennent vite leurs esprits et tentent de ne pas laisser transparaître leur dégoût.

Derrière, les rires sont plutôt gras : l’objet du faux casting n’est pas de montrer que les femmes sont conditionnées à être conciliantes et à ne pas afficher leurs goûts dès l’enfance, il s’agit d’une émission de divertissement et le but était de montrer que… les femmes mentent depuis l’enfance.

En janvier, la chaîne britannique Channel 4 diffusait une sorte de « Loft Story » pour enfants, intitulé « The Secret Life of 5 Years Old », dont le but était, cette fois, d’interroger les stéréotypes de genre. Sont-ils fabriqués dès la maternelle ? Oui.

Pour un « test d’empathie », un enseignant servait de la limonade maison salée aux petits. Le « Telegraph » décrit les réactions des enfants :

« Les garçons […] se sont exclamés sans ménagement : ‘C’est dégueulasse ! Je vais vomir !' »
Les filles avaient plus de tact : « Je la trouve incroyable. Il y a juste un petit peu trop de citron dedans.' »

La chaîne américaine ABC a aussi fait le test de la limonade au sel, avec cette fois une caution scientifique : Campbell Leaper, professeur et chercheur en psychologie à l’université de Californie à Santa Cruz. Il s’intéresse à la construction sociale du genre et aux inégalités qu’il engendre.

Des filles et des garçons ont goûté la terrible boisson et les réactions ont été les mêmes que dans les autres tests. Même résultat avec de jolis paquets cadeaux remplis de cadeaux nuls : « Des chaussettes et un crayon ? Pile ce qu’il me fallait ! » répondaient les filles. Côté garçon, on s’énervait plutôt : « L’arnaque ! »

Campbell Leaper analysait :

« Les garçons ont plus le droit que les filles de répondre à leurs parents, d’affirmer leur volonté. »

Les filles, elles, ont intériorisé le fait qu’on attend d’elles d’être polies et mignonnes.

Un rapport rendu en 2013 à la ministre de l’Education nationale par des membres de l’Inspection générale des affaires sociales, montrait par exemple que leur construction était déjà à l’œuvre avant l’entrée à l’école.

Dans un lieu d’accueil collectif pour les moins de 3 ans, les auteurs du rapport notaient ainsi que les petites filles étaient « moins stimulées, moins encouragées dans les activités collectives » et que leur apparence était « davantage l’objet des attentions des adultes ».

Les petites filles étaient aussi plus interrompues que les garçons par les professionnels. Quant aux jouets, ils renvoyaient à « un monde binaire »

Conséquence alarmante de ces stéréotypes, une étude américaine publiée en janvier nous apprenait que dès 6 ans, les filles pensent que l’intelligence est une caractéristique masculine. Voilà, « c’est exactement cela la féminité ».

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