Tout le monde ment : comment la recherche Google révèle nos secrets les plus sombres

Tout le monde ment. A son mari, à sa femme, à ses amis, à ses parents, à soi-même. C’est ce que révèle l’analyse, conduite par un économiste américain, des recherches sur Google de millions d’Américains. Elles révèlent nos craintes les plus profondes, nos secrets, nos questions embarrassantes. Toutes les choses que nous n’osons dire qu’à notre moteur de recherche.

Seth Stephens-Davidowitz, ancien salarié de Google, a passé au peigne fin ces données, ensuite anonymisées. Ses conclusions sont rassemblées dans un livre qui vient de paraître : Everybody Lies: What the Internet Can Tell Us About Who We Really Are  (« Tout le monde ment : le big data, les nouvelles données, et ce que l’internet peut nous apprendre sur qui nous sommes vraiment »).

Dans une étude datant de 1950, des chercheurs ont analysé ce phénomène à l’échelle de la ville de Denver : le nombre de gens déclarant anonymement posséder une carte de bibliothèque et donner régulièrement à des œuvres de charité était plus important que les données disponibles sur la zone, suggérant que certains répondants avaient menti, dans un sens valorisant. On a appelé ce phénomène le « biais de désirabilité sociale ».

Depuis, les choses n’ont pas vraiment changé. On continue à surévaluer ses performances scolaires ou professionnelles en répondant aux sondages, ou à ne pas déclarer sa préférence sexuelle réelle, ou à mentir sur sa consommation d’alcool… Mais pas toujours consciemment : on se ment d’abord à soi-même, avant de mentir aux autres. « Comment ne pas mentir dans un sondage, quand on s’illusionne soi-même ? », s’interroge Seth Stephens-Davidowitz.

Google, « sérum de vérité numérique »

Un lieu révèle qui nous sommes vraiment : Google, et les questions que nous lui posons. Car on ne parle pas à un moteur de recherche comme à un institut de sondages : on ose lui poser les questions embarrassantes, et lui révéler ses secrets, en pensant que personne ne nous voit.

Le contenu de nos recherches en dit beaucoup, à l’échelle d’une société – ici les Etats-Unis – sur les angoisses, les préjugés et les stéréotypes qui travaillent la plupart d’entre nous. Google agit comme un « sérum de vérité numérique ».

Après quatre ans de recherches, Seth Stephens-Davidowitz en conclut que « les recherches Google constituent la plus importante base de données jamais collectée sur la psyché humaine ». Il en tire de nombreux exemples qui restituent, bien mieux qu’un sondage classique, la vérité sur qui nous sommes, et en particulier sur les sujets tabous, dont l’orientation, la performance et le plaisir sexuels.

Les gens mentent sur leur consommation d’alcool, sur la fréquence où ils vont à la salle de gym, le prix de ces nouvelles chaussures, le fait qu’ils aient lu ce livre, etc. Ils se disent malades quand ils ne le sont pas. Ils disent qu’ils sont en contact quand ils ne le sont pas. Ils disent que ce n’est pas à propos de vous quand il s’agit bien de vous. Ils disent qu’ils vous adorent quand ils ne le font pas. Ils disent qu’ils sont heureux pendant les coups durs. Ils disent qu’ils aiment les femmes quand ils aiment vraiment les hommes. Les gens se trouvent des amis. Ils mentent aux patrons. Ils mentent aux enfants. Ils mentent aux parents. Ils mentent aux médecins. Ils mentent aux maris. Ils mentent aux femmes. Ils se mentent à eux-mêmes.

Avez-vous déjà rêvé de tuer quelqu’un?

Avez-vous été tenté de mentir?

Plus les conditions sont impersonnelles, plus les gens seront sincères. Pour obtenir des réponses véridiques, les sondages sur Internet sont meilleurs que les sondages téléphoniques, mieux que les enquêtes personnelles. Les gens en admettront davantage si ils sont seuls que si d’autres personnes se trouvaient dans la salle. Cependant, sur des sujets sensibles, chaque méthode d’enquête suscitera des erreurs de déclaration. Les gens n’ont aucune incitation à dire aux enquêtes la vérité.

Comment, par conséquent, pouvons-nous apprendre ce que les autres hommes pensent et font réellement? Big Data. Certaines sources en ligne permettent aux gens d’admettre des choses qu’ils n’admettraient nulle part ailleurs. Le sérum de vérité numérique. Pensez aux recherches de Google. Rappelez-vous les conditions qui rendent les gens plus honnêtes. En ligne? Oui. Seul? Oui. Personne ne gère un sondage? Oui.

Le pouvoir dans les données de Google est que les gens racontent au moteur de recherche géant des choses qu’ils pourraient ne pas en dire à d’autres personnes. Google a été inventé afin que les gens puissent en apprendre davantage sur le monde, et non pour que les chercheurs puissent en apprendre davantage sur eux, mais il s’avère que les sentiers que nous quittons, car nous recherchons des connaissances sur internet, sont extrêmement révélateurs.

Les révélations sont toujours à venir. Maladie mentale, sexualité humaine, avortement, religion, santé. Pas exactement de petits sujets, et cet ensemble de données, qui n’existait pas il y a quelques décennies, offrait de nouvelles perspectives surprenantes sur tous. Grâce à ce livre, il est évident que les recherches de Google sont l’ensemble de données les plus important jamais recueilli sur la psyché humaine.

Lisez cet article du Guardian qui a détaillé le livre, ou achetez-le pour vous faire une idée, par vous-même.

Everybody Lies: What the Internet Can Tell Us About Who We Really Are

Les données de recherche Google et les autres sources de vérité sur Internet nous donnent un regard sans précédent dans les coins les plus sombres de la psyché humaine. C’est parfois difficile à affronter. Mais cela peut aussi être habilitant. Nous pouvons utiliser les données pour lutter contre l’obscurité. La collecte de données riches sur les problèmes du monde est la première étape pour les réparer.

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