Instacart, et les services de livraison de courses à domicile, vous feront-ils passer plus de temps à cuisiner ?

Avec l’augmentation des services d’épicerie à la demande comme Instacart, il y a plus de raisons de cuisiner à la maison. Mais est-ce que quelqu’un va vraiment le faire?

Qui pourrait se passer vraiment des visites chez le boucher, même attendre et faire la queue à la caisse juste pour dire bonjour à son caissier préférée à l’épicerie orientale du quartier ? Et en plus, « aller faire les courses  » c’est le vrai plaisir de dépenser de l’argent, et de revenir chargé, les sacs qui cisaillent les doigts.

Bien sûr, de temps à autre, se faire livrer est pratique : ça dépanne même très bien des fois.

Sauf que si on procédait toujours par un service de courses qui nous livre, quels seront les nouveaux inconvénients ?  Une avalanche de sms pour nous alerter que certains articles sont en rupture de stock et remplacés par d’autres. Avec un lien, on doit « passer en revue » tous les nouveaux changements.

A la Tinder, il faudra dire oui ou non à chacun des produits présentés, remplacer une marque de fromage par une autre et dire si on est d’accord ou pas. Sans parler des variations de prix au kg, entre la réalité et la commande en ligne. Et qu’en est-il, pour les produits frais, de leur « bonne tête » ? Parce qu’un des plaisirs du shopping en personne, c’est tout de même de choisir un peu ses fruits et légumes car ils sont appétissants.

 

Amazon Prime se lance pourtant dans ce service avec Instacart.

Mais que signifie cette tendance pour les gens qui cuisinent chez eux ? Vont-ils commencer à cuisiner davantage maintenant qu’ils peuvent éviter les tracas de se rendre à l’épicerie, faire la queue pour payer et de ramener leurs provisions à la maison? Est-ce qu’ils échangeront ce temps de shopping « économisé » contre du temps à cuisiner ? Et iront-ils chercher des recettes en ligne puis instantanément passer leurs commandes, ou bien un algorithme sur des sites comme Instacart les poussera-t-il subtilement vers des articles qu’ils ont commandés par le passé? Avec quelque chose de gagné, y a-t-il toujours quelque chose de perdu? Il n’ y a pas de données précises sur le sujet…

La livraison des courses alimentaires n’est pas une nouveauté. Cela a commencé dans les années 1950, sinon plus tôt. Les clients allaient chez les épiciers locaux, choisissaient ce qu’ils voulaient, et quelqu’un leur livrait tout à la maison. Pink Dot, un magasin avec une clientèle culte pouvaient appeler 24 heures sur 24, passer leur commande et on se la faire livrer à leur porte. Peapod, un autre service de livraison, propose un système d’appel depuis 1989 (et a été acquis par la société mère de Stop & Shop en 2001).

Le grand changement, sans surprise, est venu avec Internet. En 1999, Joe Fedele et Jason Ackerman, ex-PDG de Fairway Market, fondent FreshDirect, et en 2002, l’opération est opérationnelle. Dix ans plus tard, Mehta lance Instacart à San Francisco. Depuis lors, Shipt, un autre service de shopping et de livraison, est entré sur le marché.

Alors qu’Instacart a refusé de commenter le nombre de clients utilisant le service, la valeur de l’entreprise a été évaluée à 3,4 milliards de dollars en mars, et un représentant affirme qu’elle se trouvait dans 115 marchés au cours de l’été. Les magasineurs sont divisés en deux groupes principaux: ceux qui se joignent à Instacart Express, qui, moyennant des frais annuels de 149 $ (ou 14,99 $ par mois), offrent aux acheteurs une livraison gratuite illimitée sur les commandes de plus de 35 $, et les acheteurs à la carte, qui paient des frais de livraison de 5,99 $ à 7,99 $ (dans la plupart des marchés) chaque fois qu’ils magasinent.

« Nous avons de nombreux types de clients différents « , déclare Jeremy Stanley, vice-président data-scientist pour l’entreprise. « Mais la majorité de nos ventes proviennent de clients qui sont plutôt dévoués à Instacart. Ils ont renoncé à aller en magasin. »

C’est le cas de Clay Coleman, un étudiant de 22 ans de l’Université Brigham Young à Salt Lake City, dans l’Utah, qui a deux emplois en équilibre et qui se fait livrer ses courses alimentaires, comme le lait et les produits à base pour des quesadillas de poulet, livrés de Costco via Instacart. Il laisse souvent un onglet de son ordinateur ouvert pour chercher une recette et un onglet ouvert pour Instacart pour passer la commande. Il troc l’heure qu’il passait à l’épicerie pour cuisiner.

« La facilité d’obtenir des produits frais à la maison plus d’une fois par semaine avec une adhésion expresse est la clé », dit Mary Seideman, qui vit à Philadelphie et commande de Whole Foods via Instacart pour nourrir sa famille de quatre personnes. » Nous mangeons beaucoup moins à l’extérieur parce que c’est plus facile « , dit-elle. Elle ne commence plus à cuisiner le vendredi seulement parce qu’elle réalise que certains produits du début de semaine ne sont plus bons.

Le système est conçu pour aider à prévoir les commandes répétitives. Un premier utilisateur Instacart devra entrer ce qu’il veut à partir de zéro, mais comme les utilisateurs reviennent une deuxième, une troisième et une quatrième fois, plutôt que de devoir chercher à nouveau, l’entreprise trie et sélectionne les produits en fonction de la probabilité que vous les achetiez à nouveau pour cette nouvelle commande. Lors de la deuxième visite, »nous pouvons deviner à peu près quels articles seront rachetés depuis leur première visite », explique Stanley d’Instacart, en ajoutant que cela est basé sur les données de millions d’achats sur la plate-forme.

Ces données sont également utilisées pour classer les articles qu’un client pourrait rechercher – comme Netflix vous recommande les films, Instacart recommande l’alimentaire. Cet algorithme est utile pour cerains acheteurs c’est certain. Combien de fois avons-nous oublié d’ajouter la moutarde sur la liste des commissions (et de pas y penser davantage une fois au magasin) ?

Pour certains clients, c’est le coût qui fait pencher la balance. En plus des frais de livraison, les prix d’Instacart ne correspondent pas toujours à ce qui est offert en magasin, puisqu’ils sont établis par un accord entre le magasin et l’entreprise. Certains magasins listés dans l’application diront: »Les prix des articles pour ce détaillant varient par rapport aux prix en magasin dans votre région », et il y a eu des rapports de majorations allant jusqu’ à 15%pour les produits de Costco. D’autres magasins figurant sur l’application, cependant, disent « prix des magasins de tous les jours »: ce n’est pas moins cher que de faire du shopping, mais c’est moins cher que de commander des plats à emporter.

Quand on est pressé ou fatigué, c’est aussi très pratique de piocher dans la liste déjà préparée par les algorithmes.

Avec cette commodité, cependant, vient une mise en garde importante: le manque d’inspiration qui découle des allers dans les rayons d’un vrai magasin. Tout l’enjeu du système consiste à  » donner de limpulsion et l’envie d’expérimentation « , comparable à celle qu’on peut avoir quand on a les produits sous les yeux, au hasard des déambulations.

Comment savoir si c’est toujours une transaction transparente ? L’application incitera les clients à approuver ou refuser des produits de substition, si jamais il n’y a plus de stock. A l’inverse, en magasin, il faut faire beaucoup de détour si il nous manque un produit pour faire une recette.

Reste à savoir aussi à quel point les suggestions de produits de substitution sont pertinentes.

Il y a donc deux poids, deux mesure : d’un côté, il est plaisant de se faire livrer et de voir son frigo plein de produits de base pour la semaine ; avec tout le loisir d’improviser les recettes qu’on veut. Mais de l’autre, on ne résiste pas deux jours, à une envie d’aller physiquement en épicerie ou en magasin. Au moins pour saluer le maraîcher qu’on connaît, pour respirer les odeurs des produits et se laisser aller à un achat imprévu, pour aller le cuisiner plus tard.

3 commentaires sur “Instacart, et les services de livraison de courses à domicile, vous feront-ils passer plus de temps à cuisiner ?”

  1. beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte. un blog très intéressant. je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon blog. au plaisir

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