L’éradication de la pauvreté dans un monde qui veut réduire son empreinte carbone semble compromise

La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques vise à maintenir le réchauffement au-dessous de 2 °C tout en reconnaissant le droit des pays en développement à éradiquer l’extrême pauvreté.

L’éradication de la pauvreté est également le premier des objectifs du développement durable.
Ce document examine les conséquences potentielles de l’élimination de la pauvreté sur les objectifs climatiques.

 

Il s’avère que l’éradication de l’extrême pauvreté, c’est-à-dire le fait d’amener les gens à un revenu supérieur à 1,9 $ par jour en parité de pouvoir d’achat (PPA), ne met pas en péril l’objectif climatique, même en l’absence de politiques climatiques et avec les technologies actuelles.

D’autre part, le fait d’amener tout le monde à un niveau de dépenses encore modeste d’au moins 2,97 $ en PPP aurait des conséquences à long terme sur la réalisation des objectifs d’émissions. Par rapport à la voie d’atténuation de référence, l’éradication de l’extrême pauvreté augmente l’effort de 2,8 % alors que le fait d’amener tout le monde à au moins 2,97 $ la PPA augmenterait le taux d’atténuation requis de 27 %.

Étant donné que les 10 % de revenus mondiaux les plus élevés sont responsables de 36 % de l’empreinte carbone actuelle des ménages, le discours devrait aborder la distribution des revenus et l’intensité carbone des modes de vie

 

Atteindre l’objectif de Paris de réduire l’empreinte climatique à une température bien en deçà de 2 °C nécessiterait non seulement une décarbonisation agressive dans les pays riches, mais pourrait aussi limiter les aspirations des pays pauvres, car des limites agressives sur les émissions de gaz à effet de serre peuvent limiter les possibilités de croissance du secteur de l’énergie; et la croissance de la consommation d’énergie est corrélée à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté, bien que l’importance de ce lien dépende des changements technologiques et des modes de consommation.

Il existe une abondante littérature qui considère la pauvreté comme multidimensionnelle et mal représentée par les mesures du revenu.

Les DSD eux-mêmes font référence à l’élimination de la pauvreté dans toutes ses dimensions et l’accent mis uniquement sur la consommation représente un point de vue limité, mais est souvent considéré comme une approche raisonnable pour appréhender l’extrême pauvreté.

De nombreuses études examinent les effets distributifs des politiques énergétiques et carbone aux niveaux régional et national. Mais à notre connaissance, il n’existe actuellement que très peu d’analyses quantitatives mondiales de ce que la réduction de la pauvreté signifierait en termes d’implications carbone et ceci n’est qu’un premier pas dans cette direction qui utilise des informations détaillées sur les habitudes de consommation des personnes vivant en marge de la subsistance, très pertinentes pour aborder « les problèmes de pauvreté ». Malgré les limites, la quantification du « conflit climat-développement » par les émissions de gaz à effet de serre associées à la consommation d’énergie14 est une première approximation très utile car l’énergie fait partie de nombreuses activités de consommation des ménages et constitue un intrant essentiel à la production de biens et de services à tous les stades des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Nous constatons qu’en 2010, l’élite mondiale, soit les 10 % des revenus les plus élevés, était responsable de 36 % des émissions mondiales de carbone, alors que les plus pauvres, soit 836 millions de personnes, soit 12 % de la population mondiale, ne contribuaient que pour 4 % des émissions mondiales. Dans l’ensemble, la moitié inférieure des salariés à revenu mondial n’est responsable que d’environ 13 %.

Sur la base de ces empreintes carbone spécifiques pour différentes catégories de revenu à travers le monde, nous constatons que le fait de sortir les gens de l’extrême pauvreté n’ a que relativement peu d’implications en termes de carbone avec une augmentation prévue d’environ 0,05 °C au-dessus de la base du GIEC d’ici la fin du XXIe siècle.

Cependant, en déplaçant les pauvres du monde entier, c’est-à-dire tous ceux qui ont un revenu inférieur à 2,97 $ (en PPA) vers le niveau de revenu suivant, qui est selon les normes des pays industrialisés encore assez modeste, nous ajouterions 0,6 °C d’ici la fin du siècle.

Ce scénario plus ambitieux augmenterait considérablement la vitesse et l’ampleur des réductions d’émissions futures requises. Étant donné que les gains d’efficacité n’ont pas été en mesure jusqu’ à présent de suivre le rythme des émissions supplémentaires, il est nécessaire de mettre davantage l’accent sur des mesures du côté de la demande en même temps que sur le mode de vie et le changement de comportement, surtout si l’on considère l’énorme inégalité mondiale en matière de carbone qui entrave les efforts visant à instaurer une société à faibles émissions de carbone.

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