L’IRM montre que la mémorisation des anciens mantras augmente la taille des régions cérébrales associées aux fonctions cognitives.

Une centaine de jeunes hommes revêtus de dhoti étaient assis sur le sol, les jambes croisées face en rangs, bavardant entre eux. Au signe de leur professeur, l’assemblée se tut. Puis tous ont commencé la récitation. Sans pause ni erreur, entièrement de mémoire, un côté de la salle entonnait une ligne du texte, puis l’autre côté de la salle répondait par la ligne suivante. Les voix de basse et de baryton remplissaient la salle de prosodie mélodique, chaque mot distinctement entendu, bougeant leurs bras droits ensemble pour marquer la hauteur et l’accent. L’effet était hypnotique, le son ancien s’élevait dans la pièce, saturant l’esprit et le corps. Après 20 minutes, ils s’arrêtèrent à l’unisson. C’était juste une démonstration. La récitation complète d’un des textes sanskrits les plus anciens de l’Inde, le Shukla Yajurveda, dure six heures.

Le sanskrit a un fort impact apparent sur l’esprit et la mémoire. Dans les anciennes méthodes d’apprentissage en Inde, la mémorisation textuelle est standard: les érudits traditionnels, ou pandits, maîtrisent de nombreux types différents de poésie sanskrit et de textes en prose; et la tradition veut que la mémorisation et la récitation exactes des anciens mots et phrases, connus sous le nom de mantras, améliorent à la fois la mémoire et la pensée.
Il semble que plus on étudie et traduit le sanskrit, plus la mémoire verbale semble s’améliorer. Ceux qui apprennent les phrases et les textes sanskrit, parviennent à s’en souvenir parfaitement. Y a-t-il vraiment un « effet sanskrit » spécifique à la langue, comme le prétend la tradition?

Les pandits sanskrits védiques de l’Inde s’entraînent pendant des années à mémoriser oralement et à réciter exactement des textes oraux vieux de 3 000 ans allant de 40 000 à plus de 100 000 mots. Comment un entraînement aussi intense de la mémoire verbale affecte la structure physique du cerveau ?
Par l’intermédiaire du Partenariat Inde-Trento pour la recherche avancée (ITPAR), des scientifiques ont recruté des pandits védiques professionnels dans plusieurs écoles parrainées par le gouvernement de la région de Delhi,et ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique structurale (IRM) au National Brain Research Center de l’Inde pour scanner le cerveau des pandits et les données correspondant à l’âge, au sexe, à leur main (droitier ou gaucher), la dominance oculaire et le multilinguisme.
Ce qu’ils ont découvert grâce à l’IRM structurale était remarquable. De nombreuses régions du cerveau des pandits étaient beaucoup plus étendues que celles des individus témoins, avec une augmentation de plus de 10 % de la matière grise dans les deux hémisphères cérébraux et une augmentation substantielle de l’épaisseur corticale. Bien que les fondements cellulaires exacts des mesures de la matière grise et de l’épaisseur corticale soient encore à l’étude, les augmentations de ces paramètres sont en corrélation constante avec l’amélioration de la fonction cognitive.

Le plus intéressant pour la mémoire verbale était que l‘hippocampe droit des pandits – une région du cerveau qui joue un rôle vital dans la mémoire à court et à long terme – avait plus de matière grise dans près de 75 % de cette structure sous-corticale.

Nos cerveaux ont deux hippocampes, l’une à gauche et l’autre à droite, et sans elles nous ne pouvons pas enregistrer de nouvelles informations. De nombreuses fonctions de mémoire sont partagées par les deux hippocampes. La droite est cependant plus spécialisée pour les motifs, qu’ils soient sonores, spatiaux ou visuels, de sorte que la matière grise la plus grande trouvée dans l’hippocampe droit des pandits avait du sens: la récitation précise exige un codage et une reproduction très précis des motifs sonores. Les pandits ont également montré un épaississement substantiel des régions du cortex temporal droit associées à la prosodie de la parole et à l’identité vocale.

L’étude a été une première incursion dans l’imagerie du cerveau de pandits sanskrits formés par des professionnels en Inde. Bien que cette recherche initiale, axée sur la comparaison intergroupes de la structure cérébrale, n’ait pas pu répondre directement à la question de l’effet sanskrit (qui nécessite des études fonctionnelles détaillées avec des comparaisons de mémorisation inter-langue), les scientifiques ont trouvé quelque chose de spécifique à l’entraînement intensif de la mémoire verbale.

L’augmentation substantielle de la matière grise des organes critiques de la mémoire verbale des pandits signifie-t-elle que les pandits sont moins enclins à des pathologies de la mémoire dévastatrices comme la maladie d’Alzheimer? Nous ne le savons pas encore, bien que des rapports anecdotiques de médecins ayurvédiques indiens suggèrent que ce pourrait être le cas. Si c’est le cas, cela soulève la possibilité que la mémoire verbale dépend de « l’exercice » ou l’entraînement pour aider les personnes âgées à risque de troubles cognitifs légers à retarder ou, plus radicalement encore, prévenir son apparition.

Sanskrit ou pas, normalement l’une des premières leçons de votre professeur de grec ou de latin à l’école était : apprenez par cœur, c’est bon pour votre cerveau !

 

 

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