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L’immortalité est-elle morale ?

L’immortalité est-elle morale ?

Après la lecture de cet article de Singularity Hub concernant les dangers et les conséquences éthiques de la technologie dédiée à l’immortalité, la question philosophique est soulevée.

L’immortalité est-elle morale ?

Une discussion/débat au Vatican sur le thème « La moralité de l’immortalité » s’est tenue il y a peu de temps avec pour intervenants le Dr Sanjay Gupta, chef de l’antenne médicale de CNN, le rabbin Edward Reichman, le doyen Dale Renlund, le révérend père Nicancor Austriaco et le directeur des NIH, le Dr Francis Collins.

Voici quelques points de vue convaincants et qui donnent à réfléchir de cette discussion.

Le premier point est de reconnaître que la moralité a évolué, les limites entre ce qui est moral de ce qui ne l’est pas ont bougé depuis la transplantation d’organe, à la grossesse de substitution qui étaient des pratiques jugées comme amorales plusieurs siècles plus tôt.
Il s’agit du même sujet concernant la longévité.

Je fais un aparté à ce sujet, en évoquant la théorie de l’évolution darwinienne. Aujourd’hui, il est complètement normal de porter des lunettes pour corriger la vue, mais si on suit la théorie de Darwin, selon laquelle seuls les plus forts survivent, notre culture va à l’encontre de ce modèle : soigner les plus fragiles fragilise l’espèce. Il en va de même si on modifie notre condition « mortelle ».
Morale / éthique / lois de la nature sont des notions qui se mêlent étrangement, et me laisse perplexe quand on voit les travaux de transhumanisme : guérir et soigner est moralement acceptable, tandis qu’améliorer les caractéristiques de base semblent être un sujet beaucoup plus sensible.

Pour y réfléchir,  le Dr Gupta a demandé au rabbin Edward Reichman de fournir un contexte historique de l’Ancien Testament sur le vieillissement, rapporte Singularity Hub.

« Adam a vécu jusqu’à l’âge de 930 ans « , a déclaré Rabbi Reichman. « Mathusalem a vécu jusqu’à l’âge de 969 ans. Abraham a vécu 175 ans…. Moïse est mort à 120 ans, et c’est après Moïse (dans la Bible) que la durée de vie humaine a été fixée à 120 ans au maximum ».

Le rabbin Reichman continue : « Au moment du déluge de Noé, Dieu a déclaré que [les humains] auront 120 ans. Cela ne s’est pas produit immédiatement. Il a fallu environ 750 ans pour que la longévité de l’homme diminue progressivement, passant d’environ 900 ans à 120 ans. »

Rabbi Reichman a cité le travail de Nathan Aviezer, un scientifique contemporain et professeur de physique en Israël qui écrit sur la Torah d’un point de vue juif orthodoxe. L’interprétation d’Aviezer est que, pendant cette période, une intervention divine a introduit des gènes spécifiques qui ont réduit la longévité, et qu’il a fallu plusieurs générations pour que ces gènes prolifèrent et raccourcissent la durée de vie humaine.

« Il se peut que nous essayions d’identifier les gènes que Dieu a introduit à ce stade de l’histoire et de les inverser pour retrouver cette longévité « , explique Reichman.

Côté sélection naturelle, direction intelligente et intervention divine
Du point de vue de l’évolution, la longévité n’était pas un avantage pour la plupart des gens dans l’histoire.

La théorie des gènes égoïstes n’a aucune utilité pour les humains après l’âge de reproduction (soit 13 ans). Dès l’âge de 26 ans, votre enfant était en train d’avoir un enfant et, avant que la nourriture ne soit abondante (disponible partout et grandes surfaces), jamais il ne serait venu de retirer la nourriture de la bouche de vos petits-enfants et de rendre « vos restes à l’environnement ».

Quand on y pense…

« Le vieillissement n’est pas seulement un affaiblissement du système « , a déclaré le Dr Collins. « C’est un processus programmé. L’évolution c’est une forme d’investissement dans le fait que la durée de vie d’une espèce particulière n’est pas éternelle. Il faut faire sortir les vieux pour que les jeunes aient une chance d’accéder aux ressources. »

Aujourd’hui, grâce à une abondance sans cesse croissante de nourriture, nous pouvons vivre jusqu’à un âge avancé sans consommer des ressources qui auraient dû aller à nos enfants et petits-enfants.

Côté longévité
Savez-vous que certaines espèces de baleines, de tortues et de requins pouvaient vivre des centaines d’années, et en théorie, jusqu’à 700 ans ?
Alors pourquoi pas nous ?

Si c’était un problème « matériel » ou « logiciel », aujourd’hui nous savons manipuler ces matériels et logiciels, les dupliquer (nous l’avons vu ici), les lire et … les remanier.

Et c’est certainement à ce point précis que la morale génère de l’électricité quant à savoir d’où vient ce « droit » de modifier notre espèce, dans quel but et pour quelles conséquences ?

Dans son allocution, le Dr Francis Collins, qui a dirigé le Projet du génome humain et qui est actuellement directeur des National Institutes of Health, a expliqué comment nous sommes déjà en mesure de manipuler la longévité d’organismes simples, tel que le Caenorhabditis elegans.

« La recherche a montré qu‘il existe un ensemble limité de gènes qui déterminent la durée de vie de cette petite créature et qu’avec une manipulation appropriée de ces gènes, vous pouvez amener ces vers non seulement à [vivre plus longtemps], mais peut-être jusqu’à quatre ou cinq fois leur durée de vie normale « , a expliqué le Dr Collins. « Imaginez appliquer ça aux humains. »

Pouvons-nous prolonger la durée de vie saine de l’être humain au-delà de 120 ans ?

Les humains peuvent-ils vivre indéfiniment ?

Je partage cette conviction que nous découvrirons les limites de la technologie d’extension de la longévité très bientôt, sans doute au cours des 20 ou 30 prochaines années, et non au cours des 50 ou 100 prochaines années.

Et ma conviction profonde, celle que j’ai assumé dans mon livre Algorithme∞: Etes-vous prêts à vivre les cinquantes prochaines années dans ce monde ?, c’est que nous réduirons l’âge de maturité.

Effectivement à 13 ans nous pourrions potentiellement être de jeunes adultes, et perturber finalement le concept de majorité, déplacer plutôt les limites en avant : remplir sa vie plus tôt, la remplir sans la rallonger, plutôt que la distendre et la rendre plus lente.

Je pose la question aussi horrible que de demander si tu préfères ton père ou ta mère :

préférez-vous vivre potentiellement jusqu’à 120 ans, mais commencer à vivre plus tôt, ou bien rester comme aujourd’hui et vivre quasi éternellement ?

Autrement dit, préférez-vous rallonger la vie ou raccourcir les époques d’une vie « normale » ?

A la fin du débat au Vatican, tous les chefs religieux  étaient d’accord pour dire qu’il serait souhaitable d’ajouter 30 années supplémentaires en bonne santé. « L’objectif de 120 ans en bonne santé et après nous pourrons négocier une autre prolongation ».

 

Dr. Peter Diamandis

 

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