Paolo Galeotti a mis au jour les agrumes dans les jardins de la Villa di Castello de Florence, qui appartenaient aux Médicis.

En 1980, dans un jardin privé, caché dans la banlieue de Florence, en Italie, Paolo Galeotti, expert en agrumes, donne des conseils botaniques à un cultivateur. L’arbre qu’il examine, un citrus aurantium, un bigaradier, c’est une orange amère d’une hauteur de près de trois mètres. L’arbre est en mauvais état. Galeotti remarque une petite pousse, une jeune branche. La forme des feuilles est similaire aux autres, mais ce n’est pas exactement la même chose.

A ce moment-là, Galeotti a une prise de conscience surprenante : c’est le dernier descendant d’un ancien agrume qui a disparu il y a plus d’un siècle et demi. Plus précisément, il s’agit d’une espèce rare connue sous le nom de citrus bizzaria (à juste titre, « bizarria » signifie « étrangeté »). C’est le seul agrume qui produit trois sortes de fruits (qui ressemblent à un citron, une orange amère, et un autre qui a les qualités de ces deux fruits) sur la même plante greffée.

La découverte inattendue de Galeotti a conduit le citrus bizzarria à faire un retour au jardin de Villa di Castello, où les Médicis convoitaient cette plante précieuse et rare pendant la Renaissance. Les Médicis, qui détenaient le pouvoir à Florence et en Toscane du XVe siècle au XVIIIe siècle, dirigeaient le jardin à une époque où l’exposition de plantes rares était une question de prestige entre les familles nobles concurrentes de l’Europe.

Les Médicis ont laissé derrière eux un patrimoine culturel et artistique extraordinaire : aujourd’hui, le jardin abrite la plus grande collection de citrus en pot au monde. Près de 600 espèces et variétés de plantes, anciennes ou non, y prospèrent. Ils ont été amenés à Florence par des moines, des explorateurs et, parfois, par des membres de la famille Médicis.

Mais il y a seulement 40 ans, cette étonnante collection courait le risque de disparaître. Galeotti, qui est directeur du Bureau des parcs et jardins du Centre du Musée de la Toscane, a réintroduit des douzaines de citrus dans le jardin comme les citrus medica digitata (la fameuse main de Bouddha) et le citrus lumia (connu sous le nom de « pomme d’Adam », car certains universitaires soutiennent que le fruit interdit dans le jardin d’Eden était un agrume, et non une pomme). Par son travail, il a aidé à classer et à donner des noms à 100 espèces et variétés. Depuis des décennies, les jardiniers qualifiaient nombre de ces arbres de « citronniers« .

La rigueur et la précision de ces reproductions anciennes ont permis à Galeotti de comparer les citrus illustrés avec les plantes non identifiées dont il s’occupait. Bartolomeo Bimbi, l’un des peintres les plus célèbres de la nature morte de la Renaissance, a particulièrement aidé Galeotti dans ses recherches : dans quatre toiles, Bimbi représente 116 citrus présents dans les jardins des Médicis de l’époque. Grâce à son travail, Galeotti a découvert que 80 d’entre eux se trouvaient encore dans le jardin de la Villa di Castello, bien que personne n’était au courant de cela.

Pour confirmer que les plantes dont il s’occupait correspondaient vraiment à leurs homologues d’il y a des siècles, Galeotti s’est tourné vers la science moderne. Il s’est rendu au CNR (Conseil National Italien de la Recherche) et a obtenu l’ADN des anciens citrus. Il a ainsi non seulement confirmé ses soupçons, mais aussi découvert qu’il existe des dizaines d’hybrides naturels entre le citron et le cédrat. Afin de préserver le patrimoine pour les générations futures, il a ensuite fait don des archives génétiques à un institut de recherche sicilien.

Lorsque les Médicis sont entrés en pleine crise, les Habsbourg-Lorraine ont pris le commandement du Grand-Duché de Toscane et de toutes les propriétés des Médicis. Alors qu’ils ont fortement remodelé le jardin de Villa di Castello, ils ont également reconnu la valeur de la collection botanique dont ils avaient hérité. La famille a donc construit deux grands bâtiments (1200 mètres carrés au total) juste pour donner un abri d’hiver aux agrumes (limonaie en italien), qui sont encore utilisées aujourd’hui. Jusqu’alors, les variétés d’hespéridés avaient été stockées dans un grand espace près des écuries. La chaleur des animaux a aidé les plantes à résister à l’hiver, car les agrumes sont très vulnérables aux températures plus basses.

Si vous voulez en apprendre davantage sur les citrons, partez à la rencontre de Michel Bachès en France qui s’est voué à cette plante fascinante !

Atlas Obscura

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