La dernière confrontation homme-machine implique un système d’IA argumentatif.

Au cours d’un débat en direct à San Francisco, un programme d’IA a présenté un argument étonnamment convaincant selon lequel l’exploration spatiale devrait être subventionnée. Lorsqu’un humain n’était pas d’accord, le programme offrait une réfutation.


Le débat, entre un programme informatique IBM appelé Project Debater et plusieurs participants humains, est la dernière preuve que les machines artificiellement intelligentes font des progrès au niveau de compétences qui étaient auparavant réservées aux gens – en l’occurrence, argumenter.

Au cours de l’événement, le programme et un participant humain se sont relayés pour présenter un argument sur un sujet spécifique, faire une réfutation et ajouter un argument de clôture. Dans un deuxième débat, le programme a plaidé en faveur d’une utilisation accrue de la télémédecine, tandis que le participant humain s’y est opposé.

IBM travaille depuis plusieurs années sur le logiciel d’intelligence artificielle, qui balaye des rames de texte et en extrait des éléments avant de construire un argumentaire sur un sujet spécifique. L’entreprise a tenu le débat le 19 juin pour promouvoir la technologie.

Project Debater n’essaie pas de construire un argument basé sur une compréhension du sujet en question. Au lieu de cela, il en construit un en combinant des éléments d’arguments précédents, ainsi que des points d’information pertinents de Wikipedia.


Noam Slonim et Ranit Aharonov, les chercheurs d’IBM derrière Project Debater.
IBM RESEARCH

Ranit Aharonov, chercheur à l’origine du projet, basé en Israël, reconnaît que le logiciel intelligent est limité. « Il y a encore un long chemin à parcourir pour maîtriser la langue « , dit-elle. Cependant, Aharonov croit que la technologie pourrait avoir une gamme d’utilisations pratiques. Il pourrait aider quelqu’un à prendre une décision critique, par exemple, en fournissant une gamme d’arguments « pour » et « contre ».

C’est un peu comme si on avait un cerveau de secours (et pas un singe pertubateur) en mesure de réellement « peser le pour et le contre ». Quand on y réfléchit bien, c’est juste ce qu’il nous manque la plupart du temps quand on hésite : il y a pour (pour de bonnes raisons), contre (pour de bonnes raisons) et nous, nos émotions, nos penchants, nos désirs, ce qu’on perçoit comme une contrainte, ou une facilité. Et là où notre cerveau pèche, c’est quand il s’agit d’anticiper 4 coups d’avance, pour appréhender les conséquences réelles de nos choix. Comme aux échecs ou au Puissance 4, notre cerveau est certainement capable de penser de façon algorithmique, intelligemment, mais nous sommes humains : des êtres émotifs.

Un système d’IA argumentatif pourrait, bien sûr, avoir des utilisations néfastes, comme dans l’alimentation de robots plus pernicieux sur les médias sociaux et au-delà. Noam Slonim, collaborateur d’Aharonov, écarte ce danger. « Il y a toujours un risque, et je pense qu’il est plus limité qu’avec d’autres technologies « , dit-il.

Oren Etzioni, PDG de l’Allen Institute for Artificial Intelligence à Seattle, dit qu’il est difficile de juger les capacités du système IBM uniquement sur la base de cette joute. « Il est plus facile de créer une démo façon labo d’expérience qu’une démo ouverte où l’on peut interagir avec elle d’une manière naturelle « , dit-il.

Kristian Hammond, professeur à l’Université Northwestern et fondateur de Narrative Sciences, une entreprise qui génère automatiquement des reportages et d’autres contenus, affirme que la technologie pourrait s’avérer utile. Mais Hammond souligne que le logiciel IBM ne fait que répéter comme un perroquer ce qu’il a trouvé. « Il n’y a jamais un stade où le système sait de quoi il parle, dit-il. « Chez les humains, on pense que c’est un raisonnement bidon. »

Hammond dit aussi que le concours de San Francisco ne démontre guère l’utilité du système. « C’est une distraction », dit-il.

Technologyreview

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