Les cartes de l’activité sur Twitter montrent comment la polarisation politique se manifeste en ligne et pourquoi les divisions sont si difficiles à combler.
La vie publique américaine est devenue de plus en plus idéologiquement ségrégationniste, les journaux ayant cédé la place aux écrans. Mais les sociétés ont connu l’extrémisme et la fragmentation sans l’aide de la Silicon Valley pendant des siècles. Et la polarisation aux États-Unis a commencé il y a longtemps, avec la montée des news par câble 24 heures sur 24.

Dans quelle mesure Internet est-il responsable des divisions d’aujourd’hui ? Et sont-elles vraiment aussi mauvaises qu’elles en ont l’air ?

Sur cette carte Twitter (ci-dessous, et en 3-D ci-dessus) du paysage politique américain, les comptes qui se succèdent sont regroupés ensemble, et ils sont codés par couleur en fonction du type de contenu qu’ils partagent généralement. A première vue, cela peut paraître rassurant : s’il existe des chambres d’écho claires, il existe aussi un réseau imbriqué d’élus, de la presse et de professionnels de la politique et de la politique. Il y a des extrêmes, mais ils sont médiés par un milieu robuste.

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Cependant, comme le montrent les diagrammes suivants, le centre est beaucoup plus faible qu’il n’y paraît, ce qui rend le discours public vulnérable à la fois aux extrémistes chez eux et à la manipulation par des acteurs extérieurs tels que la Russie.

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Une presse divisée

Si les médias sociaux n’étaient qu’une distraction par rapport à un régime normal d’actus professionnelles, leur impact sur la démocratie serait limité. Mais cette carte (directement ci-dessous) des chercheurs du Berkman Klein Center de Harvard et du Media Lab du MIT, basée sur des « co-citations » (i.e qui lie à qui), montre que le monde des médias est lui aussi divisé.

(à gauche) Ce graphique montre quelles sont les sources d’information les plus citées par les Tweets dans la carte du paysage politique américain en haut de l’article. Les sources journalistiques traditionnelles sont citées principalement sur la gauche, tandis que la droite est servie par des sources telles que Fox, Breitbart et True Pundit.

(à droite) Si nous analysons les mêmes données en examinant les citations d’articles individuels plutôt que les sources d’information, le fossé est encore plus net. Les articles qui obtiennent le plus de tweets représentent les points de vue les plus partisans à gauche et à droite.

Comment les trolls russes exploitent la division

La polarisation observée dans les diagrammes ci-dessus est un terrain fertile pour des opérations de désinformation comme celle que la Russie a menée pour influencer les élections américaines de 2016.

Au lieu d’essayer de forcer leurs messages dans le courant dominant, ces adversaires ciblent des communautés polarisées et « intègrent » de faux comptes en leur sein. Les fausses personnes s’engagent avec de vraies personnes dans ces communautés pour construire la crédibilité. Une fois leur influence établie, ils peuvent introduire de nouveaux points de vue et amplifier les récits diviseurs et incendiaires qui circulent déjà. C’est l’équivalent numérique de se déplacer vers une communauté isolée et soudée, en utilisant ses propres attributs linguistiques et en répondant à ses obsessions, en se présentant comme référent, puis en utilisant ce poste pour influencer la politique nationale.

La première des deux cartes de l’image GIF ci-dessous montre le spectre politique américain à la veille des élections de 2016. La deuxième carte met en évidence les adeptes d’une Américaine dans la trentaine du nom de Jenna Abrams, une adepte de l’esclavage, de la ségrégation, de Donald Trump et de Kim Kardashian, grâce à ses tweets viraux sur l’esclavage, la ségrégation et Kim Kardashian. Son point de vue d’extrême droite lui a valu l’affection des conservateurs, et ses tactiques de choc divertissantes lui ont attiré l’attention de plusieurs médias grand public et l’ont amenée à se disputer publiquement avec des personnalités éminentes sur Twitter, y compris un ancien ambassadeur des États-Unis en Russie. Sa participation à la Twittersphère de droite lui a permis d’influencer la conversation politique au sens large. En réalité, elle était l’une des nombreuses fausses personnes créées par la tristement célèbre ferme de trolls de Saint-Pétersbourg, connue sous le nom d’Internet Research Agency.

La blogosphère iranienne

L’effet chambre d’écho sur Internet n’a rien de nouveau. Cette carte de 2008 représente la blogosphère en Iran, regroupant les blogs qui se lient les uns aux autres et colorés par leur contenu. Avant la répression soutenue du gouvernement contre les discours en ligne, les partisans (en bas à droite) et les détracteurs (en bas à gauche) du régime clérical jouissaient chacun d’un suivi substantiel.

Twitter turc

Cette carte Twitter du paysage politique en Turquie, analogue à la carte américaine au début de cette histoire, montre une polarisation multidimensionnelle, avec une sphère d’influence dense autour des partisans d’Erdogan, à l’extrême droite de la carte, et deux pôles d’opposition différents de l’autre côté. Ces « noyaux d’amplification » de comptes hautement connectés ont une influence disproportionnée sur la conversation et peuvent rapidement stimuler les messages polarisants.

Russie : Le même, mais différent

Cette carte Twitter du paysage politique russe montre la polarisation dans un autre contexte. Il y a des groupes clairement pro- et anti-Poutine, mais ils sont unis par un large éventail de nouvelles principalement pro-gouvernementales et de comptes-rendus axés sur la discussion. Un halo de comptes « personnels » et de marketing apparemment automatisés entoure les fans de Poutine.

Sur Techreview

John Kelly est PDG et Camille François est directeur de recherche de Graphika, une société d’analyse de réseaux sociaux.

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