Découvrez l’univers fascinant de NIL, de James Turner

Suite au festival de la bande dessinée à Angoulême, définitivement à faire, j’ai découvert de nombreuses maisons d’éditions, d’auteurs et de BD fascinantes.

Quand on parle BD en France, pour les non-amateurs, cela se réduit néanmoins à de grands classiques qui ne prennent pas une ride. Cependant, l’offre est immense.

Si l’art reste le même, les sujets, les dessins et les objets (le livre, le support papier) évoluent et s’ouvrent considérablement.

Ma découverte, c’est James Turner et son univers incroyable. Discret, il n’en demeure pas moins quelqu’un de référent. James Turner a travaillé en tant qu’illustrateur et directeur artistique indépendant pendant des années et des années, avant même qu’il y ait Twitter.

extrait de NIL, James Turner

Au cours de sa carrière, y compris une carrière antérieure dans le multimédia, il a travaillé pour un large éventail de clients, dont The Wall Street Journal, Elle, WIRED Magazine, IBM, BASF, The Milken Institute Review, ING, TD Bank, In Character, Reader’s Digest, The Chicago Tribune, The Globe and Mail, Popular Science, Red Herring Magazine, MacWorld et des dizaines d’autres publications exceptionnelles et remarquables. Cela va s’en dire qu’il est talentueux.

Mon coup de coeur a été pour la couverture, puis la 4ème de couverture, puis après avoir feuilleté quelques pages, définitivement son style.

Dans un monde où l’espoir est interdit,
le seul crime est de croire.

NIL, James Turner

L’histoire : Nil: un pays au-delà de la croyance

Rejoignez son compagnon d’infortune, Proun Nul, dans sa quête pour trouver un sens à un monde désolé saturé d’angoisse et d’ennui. Contremaître à bord d’un navire de déconstruction spécialisé dans la démolition de croyances, Nul est poussé par une fausse accusation de meurtre contre sa complaisance et s’embarque pour un voyage qui le mène au plus profond de l’espoir. Un mélange de 240 pages de fiction et d’intrigues qui plonge dans le brassage philosophique sombre et amer du chic nihiliste. Écrit et illustré par James Turner et publié par Hermeneutic Press mais vraiment par SLG ; mon exemplaire vient des éditions Presque Lune.

Dès le début, et tout au long de l’ouvrage, il y a ces références à la littérature et à la philosophie (1984, des noms de personnages de littérature, d’auteurs ou d’artistes tels que Jack L’Éventreur, Sade, Electra, Vacher, etc., mais aussi Nietzsche ou Derrida, et sont mentionnées de nombreuses théories philosophiques). Sans compter les références directes ou indirectes à l’histoire, et la critique de l’univers politique tourné en dérision. 
Bref, une dystopie jubilatoire qui se nourrit du passé et du présent en y ajoutant une bonne dose de cynisme et d’ironie.

Quant à l’intrigue elle-même, pouvons-nous considérer que l’accusation erronée de meurtre faite contre le protagoniste Monsieur Nul est réellement le fil conducteur ? On peut éventuellement y voir une narration post-moderne, un événement en suit un autre avec cohérence tout en passant de personnages à d’autres.  Ce qui prime, ce serait davantage une atmosphère, des discours absurdes et l’enchaînement de péripéties décalées, donnant lieu à une narration originale, avec un jeu de langage  qui crée sans cesse un décalage entre le contexte global et les mises en situation particulières des personnages. 
Rappelons aussi que le gouvernement de Nihilopolis combat des idées et des discours.
Ce roman graphique est rempli de petits détails qui allègent l’arrière-plan social et politique de l’histoire : le nom même du premier duo de personnages (« Nul » et « Ooze »), la fabrique de canard en plastique à côté de la fabrique de bombes, les détectives de l’Enfer sentant le souffre et ayant un cheveu sur la langue, les commentaires et précisions en fond et filigrane de l’auteur lui-même (tels que les personnages de second plan qui se retrouvent systématiquement étiquetés avec des émotions et des humeurs)…
Un roman graphique intelligent, engagé et drôle, au graphisme original.


Editions Presque Lune

L’ouvrage est beau, le papier épais, le noir et le blanc sont parfaitement maîtrisés, permettant de voir des détails subtils pour chaque personnage, le décor, etc.

On prend son temps pour lire et c’est génial.

ma dédicace

Mais ce n’est pas tout !

Il a non seulement créé tout un monde sur son site mais aussi un film :

Nil date de 2005, mais il a réalisé depuis d’autres choses, dont une BD en ligne : Hell Lost, sur une contre-révolution dans le Royaume Infernal.

Son inspiration philosophique est évidemment le fil rouge qui m’a donné le coup de coeur au milieu de la foule du festival.
Entre autres créations, j’ai adoré sa carte de l’humanité (que vous pouvez consulter ici pour en voir les détails fins) :

Les cartes organisent l’information. Elles déterminent les emplacements géographiques les uns par rapport aux autres. La Carte de l’humanité organise également l’information, mais au lieu de le faire géographiquement, la carte organise les lieux en fonction de leur signification morale, émotionnelle et culturelle.

Du berceau mythique de la pensée humaine dans le jardin d’Éden aux confins de l’imagination humaine, la carte retrace les réalisations, les épreuves et les tribulations de l’humanité à travers l’histoire. Nous avons construit un monde composé de nos propres actions et croyances, autant que celui formé par la terre sur laquelle nous vivons. La carte de l’humanité est formée par notre pensée, nos sentiments, nos rêves et nos cauchemars.

Les continents de cette restructuration reposent sur la mer de l’inconscient, base orageuse de notre pensée. La terre qui en émerge est divisée en trois continents principaux, chacun lié à un aspect de l’esprit humain : surmoi, ego et id.

Le surmoi est dominé par nos aspirations supérieures. C’est notre centre moral, où réside notre sens de la compassion, de l’amour et de la vertu. L’espoir, la famille, la gentillesse et la beauté habitent ici parmi les champs paisibles et les villes tranquilles. L’ego est dominé par la raison, la pensée rationnelle et l’ordre. C’est le pays de la science, où la nature est exploitée par l’esprit humain, où l’ordre et la raison dominent l’émotion et la passion. L’id est le continent noir, dominé par nos pulsions primitives et animalistes. Ici, la haine, la cupidité, l’avarice, la luxure et le sectarisme sévissent, et la guerre se transforme en atrocité.

C’est le monde que nous avons créé, taillé dans nos actions, construit sur les réalisations collectives de la race humaine.

Il s’agit d’une tentative de cartographier les six derniers millénaires de l’histoire de l’humanité et de réfléchir sur une géographie théorique afin de découvrir le sens du type de civilisation que l’humanité a atteint. Et comme la géographie des nations humaines, elle est en constante évolution, changeante et grandissante tant que l’humanité marche sur la surface de la terre.

Il a fallu 5 mois pour la construire et elle compte des milliers de lieux historiques et de fiction.

Bien sûr, quelque chose de cette ampleur (grandiose) va avoir des limites. Idéalement, les lieux devraient être assemblés et évalués par une équipe d’experts en histoire, en philosophie, en littérature et en sciences, puis les résultats seraient tracés à l’aide d’un ordinateur. Chaque année, elle changeait et, avec le temps, elle devenait plus grande et plus complexe. Évidemment, cette carte ne va pas permettre la réalisation parfaite de l’idée. En fait, il s’agit de la deuxième itération de la carte, qui est beaucoup plus étendue que la première, qui était une impression en taille-douce (intaglio). Peut-être qu’un jour, il y en aura une troisième.

Entre autres, quelques unes de ses illustrations pour la presse et autres :

Voilà mon coup de coeur, je vous invite à vous offrir son bel ouvrage et de découvrir son univers.

Retrouvez l’exemplaire Nil en français :

Ou en anglais, Nil: A Land Beyond Belief by James Turner (2005-04-26) :

1 commentaire sur “Découvrez l’univers fascinant de NIL, de James Turner”

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