Danya Glabau (anthropologue en médecine et technologie) dans un article fascinant évoque l’utilité de la science comme « cadre de découplage entre la nature et la culture », aux répercussions de la conception des faits sociaux d’Emile Durkheim, à l’utilisation de la nature comme déterminante par Damore et Peterson, au sexe et au genre, en passant par la science-fiction et le travail d’Ursula K. Le Guin « comme un outil pour contester les « faits » que nous prenons pour acquis dans la vie sociale contemporaine. Voici quelques extraits :

Si la science-fiction a fourni les scénarios que de nombreux technologues ont utilisés pour créer notre avenir décevant, elle joue aussi un rôle épistémologique important dans la lutte contre le racisme, le sexisme, le capacitisme, le classisme, la xénophobie et le capitalisme. […]

En fait, ces visions de la technologie future sont profondément conservatrices : elles dépeignent les problèmes sociaux d’aujourd’hui comme faisant partie intégrante de la « nature » humaine, inéluctable et inaltérable avec ou sans les nouvelles technologies. […]

La fiction est de plus en plus une ressource pour imaginer un avenir où la biologie n’est plus un destin. […]

Et si le sexe n’est pas la même chose que le genre et que le destin par la nature ne l’est pas non plus, alors d’autres catégories qui ont fonctionné historiquement comme des axes d’oppression n’ont pas besoin de déterminer la place de chacun dans la société. La perturbation de ces faits naturalisés, apparemment biologiques, se ramifie vers l’extérieur à d’autres faits sociaux comme la race, la classe sociale, la profession, le niveau d’instruction, la nationalité, le handicap, et plus encore. […]

Bien que les faits sociaux soient souvent imposés, mortels et oppressifs, la reconnaissance de ces faits comme étant eux-mêmes fictifs ouvre la voie à de nouvelles façons d’être flexibles, ludiques et expérimentales dans notre façon d’imaginer les sociétés futures. Réécrire ces faits comme des fictions sociales ne les sépare pas de l’histoire, du lieu et du contexte. Mais reconnaître les contraintes qui pèsent sur nos vies comme des fictions sociales, plutôt que comme des faits naturels, offre la promesse utopique que nous pouvons reprendre le contrôle de nos propres histoires. […]

La science-fiction socialise la technologie, créant un bac à sable dans lequel son rôle de médiateur entre la biologie et la société peut également être réimaginé. Ce faisant, le genre crée de l’espace pour proposer des fictions sociales alternatives qui prennent la place des arrangements sociaux qui agissent comme faits sociaux dans le monde « réel ».

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