Villes flottantes : vivre offshore sera-t-il l’avenir ?

Souvent critiquées comme des jouets de milliardaires de la Silicon Valley, les villes flottantes ont le potentiel d’aider les régions côtières à s’adapter au changement climatique, écrit Nathalie Mezza-Garcia, chercheuse.

Nathalie Mezza-Garcia est candidate au doctorat sur les villes flottantes et les zones économiques spéciales de la mer à l’Université de Warwick : elle explique à Fastcompany pourquoi elle est convaincue que vivre offshore est l’avenir.

D’ici la fin du siècle, la montée des eaux inondera plus de 500 villes côtières, touchant 1,5 milliard de personnes dans le monde. Certaines estimations prévoient une montée en flèche du niveau de la mer de deux mètres (2 mètres ! ) d’ici 2100.

Des pays comme Kiribati, une nation d’atolls coralliens de faible altitude dans le Pacifique, vont probablement disparaître complètement. C’est pourquoi Kiribati fait partie des pays qui ont exploré la possibilité de remplacer les îles naturelles par des îles artificielles.

Cela peut sembler contre-intuitif, mais l’architecture flottante offre deux grands avantages. Tout d’abord, elle crée une « terre » qui se déplace avec les vagues et qui est donc résiliente face aux inondations. Deuxièmement, elle permet aux villes d’agrandir leurs espaces urbains côtiers sous pression.

Les îles flottantes ont été popularisées par The Seasteading Institute, qui plaide en faveur des « bassins maritimes » – des établissements humains politiquement autonomes dans les eaux internationales. L’institut a été fondé par le libertaire Patri Friedman et controversé investisseur sur Facebook Peter Thiel. Par conséquent, certains chercheurs ont critiqué les îles flottantes comme étant les jouets de milliardaires de la Silicon Valley qui tentent d’échapper aux impôts.
Mais il y a peut-être un autre aspect de la construction résidentielle offshore. L’architecture flottante peut aussi être une technologie verte et durable pour aider à s’adapter aux changements climatiques. Il n’est pas étonnant que les Nations Unies construisent actuellement un espace de bureaux flottant pour leur Centre mondial sur l’adaptation (Global Center on Adaptation), à Rotterdam.

Un autre exemple est le projet de l’île flottante en Polynésie française, qui a fait l’objet des recherches de Mezza-Garcia au cours des trois dernières années. Elle devait être un village avec des règlements spéciaux flottant dans une lagune, mais le projet a perdu le soutien du gouvernement après les protestations lors des élections présidentielles polynésiennes de 2018.

Il y a de bonnes raisons d’être prudent quant à l’idée que l’architecture flottante peut aider les communautés à s’adapter à la montée du niveau de la mer. Les premières itérations de haute technologie peuvent en effet s’avérer trop coûteuses et compliquées pour de nombreuses régions touchées par l’élévation du niveau de la mer, mais la croissance des technologies solaires et des maisons flottantes indique que les prix vont diminuer avec le temps.

ARCHITECTURE AMPHIBIE VS. TERRAIN RECLAMÉ

L’un des principaux avantages de l’architecture flottante est sa durabilité par rapport à la mise en valeur des terres, qui peut déplacer les sédiments naturels et nuire à l’écosystème marin, puisqu’elle consiste habituellement à déverser du sable sur le fond marin, à annihiler les coraux et le plancton au bas de la chaîne alimentaire.

En revanche, les bâtiments flottants peuvent créer des récifs artificiels, fournissant nourriture et abri à la vie marine. Les terres remises en état sont également plus vulnérables aux tremblements de terre – un excellent exemple en est Mexico, qui a été construite au-dessus d’un lac.

COMMENT ÇA MARCHE
Les gens vivent sur des îles artificielles depuis des centaines d’années. C’est le cas de Nueva Venecia en Colombie, des Uros au lac Titikaka, au Pérou, ou des nomades de Bajau Laut en Malaisie.

Les futures villes flottantes sont particulièrement intrigantes parce qu’elles représentent une infrastructure vierge. En théorie, elles n’ont pas besoin de se connecter à l’infrastructure terrestre et peuvent fonctionner de manière autonome, en boucle fermée avec leurs propres panneaux solaires et installations de dessalement.
Les bâtiments flottants seront de deux types : Certains sont semi-submersibles et ont des fondations sur le fond marin, comme les plates-formes pétrolières. D’autres sont des pontons, comme les maisons flottantes à Ijburg, Amsterdam, qui flottent entièrement à la surface de l’eau et sont maintenues stables par des systèmes d’amarrage.

Les très grandes structures flottantes résistent généralement mieux aux mers houleuses que les bateaux, ce qui les rend plus confortables pendant de longues périodes. Le matériau préféré pour la construction des plates-formes flottantes est le béton. Bien conçu, il permet de maintenir les communautés à flot. Pour les bâtiments, les matériaux sont à la mesure du goût et de l’abordabilité de chacun.

TECHNOLOGIES FLOTTANTES
La quantité même d’infrastructures flottantes existantes laisse présager l’émergence éventuelle de villes flottantes. Nous avons déjà des parcs solaires flottants, des parcs éoliens, des pistes d’atterrissage, des ponts, des quais à conteneurs, des centrales nucléaires, des fermes, des scènes, des restaurants, des hôtels, des installations de stockage, des maisons d’étudiants et des maisons. Il y a même une prison flottante et des piscines de surf flottantes.

Je n’ai donc aucun doute que les villes flottantes sont possibles et deviendront une réalité à un moment donné au cours de ce siècle. Les plus grands défis seront d’ordre juridique et politique, et non technologique.

Dans ses recherches, Nathalie Mezza-Garcia a exploré la propriété foncière pour les villes flottantes. Les cadres juridiques sont cruciaux parce que les villes flottantes signifient des bâtiments privés au-dessus des océans, qui sont des biens communs transfrontaliers. Les propriétaires seront-ils aussi propriétaires de la « parcelle » d’eau ? Deviendront-ils plutôt propriétaires de leur maison, mais revendiqueront-ils la propriété temporaire de l’espace, comme dans les parcs à roulottes ? Et, si les bâtiments sont publics, devrions-nous accorder aux océans le statut de personne morale pour assurer une meilleure protection de l’environnement ?

Il n’y a pas de réponse définitive à ces questions, car chaque ville sera unique et complexe à sa façon, et la vie en mer ne fait que commencer.

Via The Conversation article.

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