Comment les cinémas ont enseigné aux premiers cinéphiles les règles et l’étiquette pour regarder des films (1912) : Ne sifflez pas, ne vous tenez pas debout et ne portez pas de grands chapeaux.

Quand il fait chaud, l’astuce c’est d’aller dans les salles fraîches et sombres du cinéma, bonne idée qu’on a eu hier… Mais à Paris, plus qu’ailleurs, le risque d’être dans l’inconfort est plus grand qu’ailleurs : avoir une place libre à côté de soi, en fonction du film, espérer ne pas avoir une bande de copines qui gloussent et tapent dans votre dossier, prier pour qu’il n’y ait pas un type qui a une vision de l’hygiène expérimentale, ou bien encore la fille immense qui s’est fait un chignon tout rond placé au-dessus de sa tête, assise devant ou à 10h10…. Côté enfant, le problème est résolu avec les séances dédiées durant lesquelles ils peuvent parler, rire, pleure, sauter et montrer du doigt.

Mais quoiqu’il en soit, ce problème d’attitude et de bonne conduite au cinéma ne date bien sûr pas d’hier. Mais au prix des places et de la sortie que le cinéma représente aujourd’hui il serait vraiment bon de savoir que le cinéma prend le silence et la bonne conduite au sérieux juste pour rassurer les cinéphiles : ce qui ne doit pas se limiter au fait d’éteindre son portable, puisque désormais, il n’y a pas de réseau dans les salles. Qu’est-ce qu’un film, après tout, sans les dialogues, la musique et les signaux sonores essentiels ? Autant que tout cela ne soit pas gâché : si on va voir un navet qu’on puisse l’apprécier dans de bonnes conditions !

Avant, le film était muet. Et même à ce moment-là, lorsque les films étaient filmés avec accompagnement en direct et que les dialogues apparaissaient sur les cartons, les gens s’inquiétaient beaucoup des distractions. Il se trouve que le fait de parler et d’envoyer des textos (évidemment) était le cadet des soucis de l’auditoire au début.

« D’une part, le cinéma était un lieu où les classes, les races, les sexes et les âges  » se mélangeaient beaucoup plus librement qu’à l’époque victorienne « , note Rebecca Onion chez Slate. Il y avait les préoccupations habituelles au sujet de la corruption de la « sensibilité délicate » des dames.

« Mais les cinéphiles féminines étaient tout aussi susceptibles d’être perçues comme un problème, écrit Onion, étant donné leur prétendue propension à porter de grands chapeaux et à bavarder ». Le creuset démographique du grand public pourrait être exaltant, et certains ont parfois perdu leurs inhibitions. « D’une manière ou d’une autre, on entre dans l’esprit de la chose », observe l’auteur W.W. Winters en 1910. « Ne t’éloignes-tu pas de toi-même, ne perds-tu pas tes réticences, ta réserve, ton orgueil, et quelques autres choses ? »

De nos jours, nous avons l’habitude de nous entasser à côté de n’importe qui, et nous entendons surtout les recommandations à l’écran pour ranger nos téléphones et nous taire. D’un autre côté, si certains comportements n’étaient pas un problème, il n’y aurait pas de publicités les interdisant.

Les énormes chapeaux et applaudissements (applaudissements avec d’autres choses que des mains) peuvent être des reliques de l’enfance du cinéma. Mais remplacez ces avertissements par d’autres concernant les smartphones par exemple et ces diapositives qui enseignent aux téléspectateurs en 1912 l’étiquette du cinéma n’ont pas l’air si différent d’aujourd’hui… en quelque sorte.

Nous pourrions vouloir que les entractes reviennent, surtout après deux heures de film, et ne serait-ce pas bien si, au lieu de nous garder dans nos sièges pour les scènes de crédit post-film, les gros films à succès disaient simplement « Bonne nuit » ? Voyez d’autres de ces délicieux messages d’intérêt public de 1912 sur Back Story Radio.

via Slate

 

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