L’histoire de l’aumônier mécanique du 16ème siècle

Radiolab a une excellente histoire sur l’un des automates les plus fascinants jamais réalisés, un personnage de 40 cm de haut d’un moine miraculeux bien connu, San Diego de Alcalá. L’histoire est un peu apocryphe, mais l’essentiel est ceci : le fils du roi d’Espagne, Don Carlos, est tombé dans les escaliers en 1562 et est tombé gravement malade à cause de ses blessures. Le Roi a prié Dieu, demandant que son fils soit épargné par un miracle et lui promettant un miracle en retour. Il demanda de l’aide à Saint Diego. On apporta alors le corps du saint dans la chambre de Don Carlos. Le supérieur du couvent plaça la main de Don Carlos sur la poitrine de Saint Diego.En quelques jours, le garçon a commencé à guérir et à la fin, il allait parfaitement bien. Le Roi a alors commandé ce moine comme une célébration de la prière, de la piété et de la foi.

Le moine, une réplique mécanique, se promène, battant sa poitrine et soulevant une croix. C’est essentiellement une machine de prière qui ne se fatigue jamais et c’était probablement l’une des choses les plus miraculeuses que l’on ait jamais vues au 16ème siècle.

D’après un article sur la pièce :

Dans l’histoire de la technologie horlogère européenne, le moine est un exemple précoce et très rare d’automate à action automatique, dont le mécanisme est entièrement contenu et caché dans son corps. Sa présence étrange le sépare immédiatement des automates ultérieurs : il n’est pas beau, il n’est pas un jouet, il est « craintif et merveilleusement fait », et il engage même le spectateur du XXe siècle d’une manière complexe et urgente.

Voici le moine en action ci-dessous et la présentation de Smithsonian Institution :

A la Smithsonian Institution se trouve un automate du XVIe siècle d’un moine, fait de bois et de fer, de 15 pouces de hauteur. Poussé par un ressort à clé, le moine marche dans un carré, frappant sa poitrine avec son bras droit, levant et abaissant une petite croix en bois et un chapelet dans sa main gauche, se tournant et hochant la tête, levant les yeux, et prononçant des obsèques silencieux. De temps en temps, il porte la croix à ses lèvres et l’embrasse. Après plus de 400 ans, il est toujours en bon état de fonctionnement. La tradition attribue sa fabrication à Juanelo Turriano, mécanicien de l’empereur Charles Quint. L’histoire raconte que le fils de l’empereur, le roi Philippe II, priant au chevet d’un fils mourant, a promis un miracle pour un miracle, si son enfant est épargné. Et quand l’enfant s’est effectivement rétabli, Philippe a tenu son marché en demandant à Turriano de construire un homoncule pénitent miniature. En regardant cet objet dans le musée aujourd’hui, on se demande : qu’est-ce qu’une personne a vu et cru lorsqu’il l’a vu en mouvement en 1560 ? Les gestes ininterrompus et répétitifs, pour nous les gestes morts d’un robot, correspondent exactement dans ce cas aux mouvements de la prière disciplinée et de la transe.

Dans l’histoire de la technologie horlogère européenne, le moine est un exemple précoce et très rare d‘automate à action automatique, dont le mécanisme est entièrement contenu et caché dans son corps. Sa présence étrange le sépare immédiatement des automates ultérieurs : il n’est pas charmant, ce n’est pas un jouet, il est « craintif et merveilleusement fait », et il engage même le spectateur du XXe siècle d’une manière complexe. Il a le duende (mot intraduisible), l’esprit obscur décrit par Federico García Lorca. Moi-même sculpteur, négociant des manières concurrentes pour représenter la substance et l’esprit humains, je voulais en savoir plus sur cet objet hypnotique, et sur la légende qui y est liée.

Le moine était arrivé à Washington via Genève en 1977, sous la garde du conservateur du Smithsonian Conservator W. David Todd, qui a fait une étude approfondie de son mécanisme. Les conversations que j’ai eues avec M. Todd au fil du temps, ainsi que mes propres recherches, m’ont permis d’en apprendre un peu plus sur le moine. J’ai commencé par ces questions primaires : Pourrais-je confirmer l’histoire de la fabrication du moine (une histoire que David Todd m’a racontée un jour au téléphone en réponse à mes premières questions) ? Et si oui, quelle était la nature de la commande du roi Philippe pour cela ? Qui était Juanelo Turriano, et à quel point ce petit homme artificiel était-il unique du point de vue des arts mécaniques de l’époque ? Où était la frontière entre la religion et la magie dans un tel objet ? Que peut-on en dire dans le contexte du catholicisme du XVIe siècle, mais aussi de la science et de l’alchimie du XVIe siècle ? Comment le moine a-t-il été utilisé une fois qu’il a été fabriqué, qui l’a utilisé et qui l’aurait vu ? Surtout, comment était-il perçu et quelles croyances auraient pu être cruciales pour son effet sur les spectateurs ? Cet essai raconte la chronologie de ma recherche de réponses à ces questions. Je ne suis pas historienne, et j’ai préféré laisser la recherche elle-même être visible comme faisant partie de mon sujet. Autant par la présence physique du moine que par la légende de la promesse au chevet du malade, cette œuvre est en définitive un hommage de l’artiste à la tentative humaine de modeler un acte de l’esprit.

L’histoire de cet « automaton friar » est mentionnée dans le début du livre Future Stories, dont je vous ai parlé ici et que je suis en train de lire. Autant vous dire que le temps qui semble parfois si lointain, subitement devient très étroit, et nos gadgets actuels semblent simplement être de la magie en plastique, comparé à cet objet presque mystique, même pour nos yeux modernes :

 

 

 

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