Sur Google Maps, un atlas de la ville continue de disparaître

Il y a des preuves qu’Atlas, Illinois, existe, et que j’y ai été une fois.

J’ai n’ai jamais cherché Atlas, en Illinois, sur une carte; mais (un écrivain vivant et travaillant à Marengo, Iowa) lui si. Pendant des années, son trajet quotidien a consisté à tourner vers l’est au feu de circulation à quatre sens au centre de cette ville non constituée, située dans la partie ouest du comté de Pike, à environ 160 km de St Louis. Après Atlas, il y a eu une série de hameaux ruraux sans codes postaux qui n’avaient rien d’autre qu’un magasin de pierres, un poste de traite qui vendait de la bière et des pointes de flèche, l’un des derniers drive-in des États-Unis, et enfin son employeur : une boutique de fruits avec trois caddies à New Hartford, près de l’autoroute 54.

Malgré son nom, Atlas a toujours été difficile à trouver. À l’époque où les cartes routières étaient encore distribuées gratuitement dans les stations-service, Atlas a toujours été son point de repère pour la navigation. Enfant, il a appris à trouver sa ville natale sur une carte en traçant un doigt le long du fleuve Mississippi, le bord de l’État, à la recherche d’Atlas.


Maintenant, bien sûr, vous pouvez simplement taper « Atlas, Illinois » et Google Maps vous y conduira (j’ai choisi Bing juste pour être contrariante). Si, par contre, dans un contexte d’autoflagellation anachronique, vous tapez seulement « Atlas », vous obtiendrez une liste des entreprises de SIG les plus proches de votre emplacement, ce qui vous suggérera d’autres cartes à considérer.

Mais même si son existence sur le plus grand atlas numérique du monde n’est reconnue qu’à moitié, la position d’Atlas à l’intersection de la State Highway 96 et de la U.S. Highway 54 a assuré à la ville un catalogage d’images consistant. Depuis 2007, l’ensemble d’Atlas a été entièrement capturé et documenté par l’œil cartographique omniprésent de Google Maps. Et bien qu’il ait quitté la région en 2012, il a observé des modifications infimes mais transformatrices d’Atlas via le portail de Google depuis.

Il justifie ces séjours numériques en se disant que cela lui fournit un compagnon visuel aux histoires qu’il entend de ses parents qui vivent encore à proximité – le nouveau pont vers le Missouri a finalement ouvert, et l’Atlas Café, sous une nouvelle propriété, sert de gros poissons frits. Mais la vérité que Google Maps confirme, à travers plus d’une décennie d’images, est que la plupart des choses finissent par partir.


Le feu rouge à Atlas, IL. (Google Maps)

En parcourant le curseur de Google Maps au fil des années, vous pourrez le constater : le poste de traite a fermé ses portes, le magasin de pierre a brûlé et le cinéma en plein air en haut de la route a été désherbé en attendant un projecteur numérique. Même une partie des arbres est partie de la pépinière, qui abrite un quart de l’intersection à quatre voies d’Atlas. Les hot rods de « Hot Rod Heaven Too » disparaîtront également un jour, logées dans un bâtiment qui était autrefois un centre commercial d’antiquité. Le plus ancien bâtiment du comté – aujourd’hui une résidence privée – se dresse encore ici, dans l’Atlas, majestueux et sévèrement hors d’usage dans une ville qui n’a jamais grandi autour d’elle.

C’est ce qui est à l’origine de sa fascination pour cet atlas de l’Atlas : J’y suis allé une fois, et en voici la preuve.
Il existe d’autres atlas aux États-Unis, dans le Wisconsin, en Virginie occidentale et au Texas. D’une certaine façon, ils semblent tous ressembler à son Atlas : les communautés rurales, non constituées en société, avec un petit nombre de maisons, et parfois une église et un cimetière, comme s’il avait toujours été impossible d’incorporer et de faire pousser une ville complète.

Les images qui capturent le déclin de la ville sont accompagnées de filigranes numériques de plus en plus importants, ce qui implique que Google lui-même revendique l’historique  d’images d’Atlas. L’entreprise a aussi conservé une partie de sa propre histoire : il y a été, et il en a la preuve.


Sur Google Maps, non loin d’Atlas, le pick-up de l’auteur est garé pour l’éternité. (Google Maps)

Et pourtant, parce qu’Atlas ne possède pas son propre code postal, Google insiste continuellement pour dire que ses visites virtuelles à Atlas sont dans la ville avec le bureau de poste le plus proche. En refusant de nommer le lieu, le système de cartographie le plus complet jamais inventé nous prive totalement de ce que lui sait être vrai : qu’il est catégoriquement dans Atlas quand il la trouve sur une carte. Google Maps fait cela dans le monde entier, bien sûr, mais c’est particulièrement poignant dans une ville de ce nom. Si Google Maps montre que rien ne reste dans Atlas, cela signifie peut-être que c’est une vraie ville qui est devenue fausse, capturée et mieux préservée par la technologie qui a remplacé son homonyme.

D’un autre côté, l’évanouissement physique d’Atlas à partir des registres de pertinence cartographique est peut-être approprié. Atlas a toujours créé un précédent en matière de navigabilité, comme il se doit : une intersection, deux autoroutes, deux lignes droites, toutes formant un « X » presque parfait ici près du nombril des Etats-Unis. Comme un train, il emporte tout le monde dans les quatre directions cardinales. L’ouest de l’Atlas vous promet le Mississippi, le nord vous mènera à une autoroute, le sud vous mènera à sa ville natale et l’est vous fera sortir de ce qui était autrefois le bassin du fleuve et vous mènera dans des plaines sans fin. Comme un atlas que l’on peut tenir, il se présente comme une simple possibilité, jusqu’aux marges.

Assis avec sa souris au-dessus de cette intersection sur Google Maps, il me rend compte que la seule chose qui semble maintenir Atlas en place est le feu rouge clignotant, qui surveille la ville en permanence comme le fait la voiture de Google Maps. La lumière donne aux gens une raison de s’arrêter, ne serait-ce que brièvement, avant de s’en aller à toute vitesse vers un autre endroit.

Atlas a toujours été un lieu de passage, et jamais la destination. Pourtant, à chaque clignotement du feu stop, elle s’affirme toujours comme faisant partie du parcours de chacun. En ce sens, elle a peut-être rendu justice à son homonyme, d’une manière que les images fixes de Google Maps ne peuvent jamais capturer complètement.

En ce moment, le feu rouge d’Atlas clignote.

Ici il était.
Ici il est toujours.

Via CityLab

Un peu comme les zones blanches, sans réseau, il semble aujourd’hui que l’existence des choses n’est vraie que si la technologie en fournit la preuve : la science, la raison, la logique, la preuve mathématique. Mais qu’en est-il de ce que les humains savent, voient et perçoivent ? Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui cela ne semble plus compter ?

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