Villes, urbanisme et déplacements en 2049 (Les Contes de Skuld) °7

Afin de tracer les contours de ce qui nous attend – à condition de suivre les évolutions actuelles, ou bien de les dépasser – voici comment j’imagine les 10, 20, 30 et plus, prochaines années.) Voici la suite de l’histoire qui commence avec Les Librairies ou le moderne métier de vendeur d’Histoires, se poursuit avec Soins et Beauté en 2049,Alimentation et plaisirs sensoriels futurs, Société en 2049 et citoyenneté moderne.

En 2049, nous suivons 4 personnages occupant chacun une place dans un monde augmenté, naviguant et vivant dans plusieurs de ses nouvelles strates. Est-ce que les villes auront changé : dans quelle mesure aura-t-on possiblement transformé les quartiers et les déplacements dans un monde augmenté, technologique, contrôlé par ce que j’imagine, non pas un gouvernement, mais un système blockchain et sans doute des corporatocraties ?

 

Villes, urbanisme et déplacements en 2049

 

Une semaine passe et Leeze s’est principalement consacrée à la création d’un nouveau kosmine. Suite à cette discussion sur ce grand projet d’éditorialisation des métros et la commande de Klim pour réaliser le livre augmenté du Comte de Montercristo, elle s’est mise à réfléchir à un objet portable qui pourrait servir de manière plus large et démocratique encore, qui pourrait se prêter à une expérience de lecture augmentée mais aussi une expérience réalinaire dans la vraie vie.  Quel objet porter tout le temps pourrait apporter une couche supplémentaire à un monde déjà très augmenté ? Un objet léger qui permettra d’accentuer ses connaissances dans un contexte réel doit s’éloigner des casques actuels, des lentille cornéenne antirétrovirale peu pratiques ou des écrans de poignet : un objet extérieur, peu encombrant, mais activable n’importe quand.
Elle a déjà « hacké » beaucoup d’objets classiques et pourtant elle a le sentiment qu’une opportunité s’offre à elle pour renouveler le genre. Agacée d’être sans inspiration, elle décide de sortir et d’aller à la Canopée pour regarder ce qui pourrait manquer. 

Elle sort de sa résidence et longe les rues en observant tout ce qui l’entoure, comme si elle cherchait un objet caché dans un jeu.
La ville est pensée pour satisfaire les habitants; les gens sont regroupés par blocs quasi-autonomes, conçus en carré, avec toujours la même équation urbaine : au centre du bloc, des logements en résidences sur plusieurs étages, souterrains et aériens, un autre “carré” qui entoure les logements réservés aux commerces et restaurants, aux soins (cyber-pharmacie et herboristerie), aux lieux de culture et de divertissements (cinémagaris, écoles) et dans chaque coin de ce “carré, on retrouve un centre de sécurité (services locaux de surveillance), un centre de données (presse, livres, art), une canopée pour toutes les expériences de divertissements réalinaires (shopping, jeux, musées, bibliothèque), on trouve enfin un lieu historique dans le dernier coin du carré. Les villes multiplient ainsi les quartiers en carrés, reliés par les lieux historiques pour conserver une identité locale du patrimoine et tout en favorisant l’harmonie des individus. En systématisant ce quadrillage géométrique, les villes ont pu établir un système de surveillance quasi parfait et automatisé, afin de garantir une distribution parfaite des réseaux d’eau, d’électricité et de connexion. Ainsi, le moindre problème qui peut survenir peut immédiatement être localisé, adressé et solutionné. Via l’API What3Word, les quartiers sont segmentés par carrés de 3 mètres sur 3 mètres qui comportent chacun 3 mots : les adresses, les déplacements et toute la géospatiale est gérée ainsi, tant par les Intelligences Artificielles que les individus.

Leeze sait qu’elle doit se diriger en diagonale du bloc résidentiel pour rejoindre la canopée.

Son quartier est très agréable : il y a plein de terrasses pour siroter cocktails et breuvages sains, où les gens semblent souvent profiter d’un moment simple entre amis, même s’il reste encore quelques personnes isolées qui prennent du temps entre amis “à distance”, les gens sont bel et bien amateurs de moments réels, présents et authentiques. Les écrans sont cependant vraiment partout, et l’usage des médias sociaux est un prérequis pour consulter la carte d’un bar ou d’un restaurant, de noter, commenter, payer en quelques clics, mais les moments passés ensemble sont revenus à quelque chose d’essentiel.

En passant devant un bar animé, elle voit des groupes de gens vêtus des derniers émotissus à la mode : écailles de poissons changeant de couleur, matières transparentes phosphorescentes, chaussures fonctionnelles et casque d’écoute ultra design qui enlacent cous et oreilles. Au moment de dépasser l’adresse elle reçoit une notification d’une demande de connexion. L’avatar qui apparaît sur son poignet ressemble à un noble italien du 17ème, au torse athlétique et affublé de gadgets fluo. Elle double-tape pour demander à voix haute : “on se connaît” ?
Elle voit quelqu’un lui faire un signe de la main au milieu du groupe en terrasse. Un type s’avance : “Hey, tu serais pas la soeur d’Adam ? ». Elle cherche dans sa mémoire, et son regard lui dit bien quelque chose.

– J’étais dans les mêmes cours que lui au secondaire… Carl-Alexandre, renchérit-il.

Elle laisse la demande en attente et s’approche de lui.

– Salut ! Oui, je me rappelle très bien de toi, vous étiez inséparables pendant quelques temps…

– Oui… enfin jusqu’à ce qu’il change…

– Oui, fait-elle d’un hochement entendu.

– J’ai gardé contact avec lui mais juste comme ça, il parle souvent de toi…

Elle se mord les lèvres et sent un frisson la parcourir. Elle s’enquit malgré tout :

– Que fait-il, aux dernières nouvelles ?

– Il vit à Kazan. Je sais qu’il fréquente beaucoup le milieu étudiant, il participe à des recherches, et puis il se consacre à sa chaîne, DHA (Défense d’une Humanité Augmentée), qui est vraiment très suivie… C’est un phénomène sur Jotunheim, c ‘est un influenceur chez les hackeurs et il organise souvent des raids en zone Mu-ette pour des challenges en tout genre. J’avoue je suis ce qu’il fait, et je ne parviens toujours pas à savoir si je suis d’accord avec son opinion et ses revendications. Je sais qu’il est l’auteur de hacks qui sont hyper médiatisés et que lui et sa bande sont assez proches de certaines corporatocraties de noventeurs

– Hmm, j’évite de regarder, j’ai beaucoup de mal avec ses idées. Je n’ai jamais apprécié ce côté extrême et incontrôlable, à la fois à chercher à améliorer les individus et se battre contre le Système. Je comprends le challenge de battre la blockchain et les IA, mais à quelle fin. Si ce que les cultivars tentent réussissait, on tomberait dans une anarchie et une société infiniment pire que les années 2010…  Donc, j’évite de savoir et je ne lui parle plus pour être honnête, répond-elle.

– Oui, je sais. La dernière fois il disait que tu étais un génie qui n’exploitait pas 1/8ème de son potentiel, que tu te contentais juste de remplir tes petites tâches, bien obéissante du Système. Dans ses vidéos des fois, il parle de sa famille déplorant que vous ne compreniez pas ce que lui voit… mais bon s’il veut te contacter, il trouvera le moyen de le faire et de contourner les obstacles.

– Pourquoi, il veut me contacter ? On s’est quittés plutôt clairement, je suis prête à reconnecter avec lui mais à condition qu’il reprenne une vie normale… enfin normale…

– Il s’intéresse à tes créations de kosmines, il en a hacké un en live… Enfin, c’est de la provoc’ tu penses bien….

Elle ne répond pas et fronce les sourcils.

– Tu veux te joindre à nous, on fête le lancement de notre nouvelle ligne de fringues, l’invite-t-il, changeant de sujet.

– Hum…

Il la prend par le bras pour l’amener vers un dressing improvisé qui se trouve dans le bar.
Quelques tissus sont exposés entre autres accessoires aux lignes aiguisées. Il lui propose de se placer devant le miroir pour faire défiler les vêtements sur elle, tout en lui montrant chaque pièce en réalité, portée par l’une des personnes présentes. Le tee-shirt en écailles qu’elle avait aperçu de loin en premier s’avère simplement réagir aux sons ambiants.  Elle s’approche de la fille « écaillée » dont le maquillage l’intrigue qui l’accueille avec un franc sourire commercial :

– Bonjour, Je suis Jane. Carl-A (prononcez Hay) t’a présenté l’une de nos plus belles pièces ?  Tu aimes le tee-shirt ? fait la fille s’apprêtant à lui pitcher l’histoire et les détails de composition.

– Heu, Leeze,… oui le tee-shirt, très cool. En fait, je suis très intriguée par ce que tu as mis sous ton oeil.

– What ? fait-elle ahurie. Ça se voit ? portant sa main sous son oeil gauche. En fait j’ai mis un patch d’hydrogel osmotique car je me suis brûlée avec un monocle qui a surchauffé, explique-t-elle troublée en cherchant certainement un miroir.

En effet, on distingue un patch qui suit la forme du septum orbitaire inférieur de son oeil gauche, pourtant bien caché par un maquillage forcé sur les paupières et les joues.
Pendant que la fille active la fonction miroir sur son écran de poignet, clairement troublée par le fait que son pansement se voit, elle demande à Leeze :

– Mais comment tu as remarqué, on voit à peine…

– Ben, comme tu le dis on voit à peine, c’est juste que j’ai remarqué ton maquillage et là j’ai vu quand tu souriais que ta peau ne bougeait pas de la même façon, mais je t’assure que ça ne se voit pas…, répond Leeze amusée.

Elle se tourne vers Carl-Alexandre pour éviter que la conversation ne devienne plus étrange encore et prend congé très rapidement, ravie d’avoir trouvé une idée pour son kosmine :

– C’est très gentil de m’avoir montré tout ça, vraiment bravo, c’est une super collection que vous avez créé, je vais filer, j’étais un peu pressée tout à l’heure.

– Ok Leeze, ravi de t’avoir revu, on garde le contact, lui fait-il en indiquant son poignet.

– Oh oui, bien sûr, fait-elle en acceptant la demande de connexion en tapotant sur ton poignet tout en quittant le bar.

Elle poursuit sa route quelques minutes non pas pour se diriger vers la canopée, mais pour prendre le loop et se rendre dans le Fruggle, dans son local. Elle emprunte des escaliers qui la conduisent sur une voie aérienne. Elle se dirige vers la borne au niveau de l’arrêt, passe son poignet sur le petit écran pour se badger et choisir sa destination. On lui propose une autre navette que le loop qui arrive dans moins d’une minute avec une réduction dont elle peut bénéficier, elle balaye à gauche pour refuser l’offre, et valide son choix initial, préférant attendre les 4 minutes annoncées.

Il y a seulement quelques personnes sur la chaussée qui attendent un peu plus loin pour la même direction. Elle active l’assistant vocal de notes sur son écran de paume. Le petit capteur qu’elle a dans l’oreille émet un clic et une vois annonce qu’il se met en mode enregistrement.
Elle se met à prononcer en silence ses pensées que le capteur parvient à saisir avec les vibrations qu’elle émet.

  • KOSMINE PROTOTYPE
    ( à la ligne / bullet points)
  • (1) patch orbitaire qui permet d’enregistrer des vidéos
  • (2) connexion à du contenu additionnel quand on fixe un point
  • (3) ordonner action sur boutons réalinaires et fenêtres augmentées déjà existantes sur les surfaces réelles

Elle marque une pause essayant de visualiser tout ce qu’il serait possible de faire avec le patch en associant des channels de discussion avec les membres de son équipe:

  • quid @UserExperience : le confort à porter toute une journée ?
  • quid @GestionData: visualisation du contenu ou activation audio ?
  • quid @Tech: remplacement de la lentille rétinienne augmentée ?
    (Enregistrer Brouillon)
    (Envoyer Kosmine Protoype si aucune modification – timeOut : 10 minutes)

Le loop arrive. 120 destinations sont desservies par chaque loop présent dans les capitales et les métropoles avec de nombreux arrêts dans les grandes villes de travail. La ligne qu’elle prend est la E, pour Euroloop qui part de Genève et dessert tout le Nord de l’Europe en un maximum de 60 minutes. Il y a d’autre lignes et des correspondances à certains arrêts, pour la S (Sinoloop), la Aq (Aqualoop), la Ae (Aéroloop), la T (Transusloop) et la K (Afriloop) : chacune permet d’accéder à tous les continents. La particularité de la E c’est d’être la seule à avoir des correspondances avec des métros pour rejoindre des hot spots en Russie : c’est la seule au monde qui offre ces accès alternatifs. Les stations de métro russes ont le monopole : elles sont le seul moyen de rejoindre une rampe de lancement pour se rendre dans une colonie spatiale, ou pour accéder à des zones Mu-ettes.
Elle monte dans le train et se dirige vers une cabine disponible : en fin d’après-midi, il y a assez peu d’affluence, elle n’a donc aucun problème pour trouver où s’asseoir. Elle repasse son poignet devant une petite vitre pour valider qu’elle prend son siège et pour être notifiée au moment de l’arrivée à sa destination. Les loops sont tous sur le même modèle : plusieurs espaces pour s’asseoir face à une tablette, des prises et des vitres-écrans. N’importe où, ces espaces permettent de travailler, de naviguer online et de récupérer les informations nécessaires au sujet des villes desservies par exemple, ou participer à une réunion à distance. Les cabines individuelles dans lesquelles 4 personnes peuvent prendre place en face à face sont situées à espace réguliers dans l’immense wagon. Les couloirs sont équipés de casques propsoculiques – tous les casques sont optimisés pour permettre de toucher avec les yeux – de distributeurs et d’écrans, garantissant, en cas de grande affluence, le confort, même debout, et de patienter tout en s’occupant avec de la musique, les informations, accéder à des canopées pour faire du shopping ou encore afficher son bureau de travail. Le loop reste cependant très rapide, donc bien souvent, on ne fait que quelques petites tâches rapides, un achat de dernière minute ou tout simplement on consomme du divertissement. Un léger ronronnement s’élève et le train part, puis accélère en quelques secondes.

5 minutes plus tard, elle reçoit une notification lui indiquant qu’elle arrive dans quelques instants. Elle a juste eu le temps de vérifier ses notes sur son écran et que l’envoi de son document se fait avec 3 contacts : les experts avec qui elle travaille seront en mesure de lui dire si son concept est réalisable en annotant ses questions.

Une petite musique se fait entendre pendant que le train ralentit.

Elle descend du train et longe la passerelle qui surplombe la ville qui s’étend en contrebas. Elle emprunte le tapis roulant et déambule rapidement pour sortir de la petite gare et prend la grande avenue principale, la même que Klim avait prise. Avant d’arriver sur la petite place, elle entre dans une cyber-pharmacie et s’approche d’une borne. Elle pose sa carte-santé. L’écran l’accueille avec une notification orange au titre l’alertant que sa tension est plus haute que la normale depuis 3 jours. Elle balaye la notification sans l’ouvrir et clique sur le bouton catalogue. Elle se met à rechercher un patch d’hydrogel osmotique pour oeil. Une fois le produit précis trouvé, elle commande 3 boîtes. Une fenêtre pop-up emplit l’écran spécifiant qu’aucune ordonnance ne correspond à sa demande :

– Vous êtes sur le point d’acheter un médicament sans qu’aucune prescription n’ait été délivrée. Toutes les informations incohérentes ou non justifiées seront enregistrées dans un dossier séparé de votre dossier personnel que le Système s’autorise le droit d’utiliser contre vous. Voulez-vous tout de même continuer ? (Si vous avez un document justificatif merci de le télécharger ici)

Elle prend son écran de paume et ouvre Jotunheim, elle scande à vois haute “ordonnance pour brûlure à l’oeil”. Une liste de liens et le prix en coins ou en livres à débourser apparaît. Elle ouvre le deuxième lien : pour 4 livres, une ordonnance à télécharger qui prescrit 1 boîte de patch Optimose renouvelables 6 fois. Elle opte pour l’ordonnance trafiquée qui passe à la vérification de son nom, prénom et de la date. Elle valide et un champ vide apparaît lui demandant de renseigner le numéro d’identifiant de sa carte santé. Elle s’exécute, valide, et le paiement est notifié sur son écran de poignet. Elle valide l’achat. En quelques instants, elle reçoit le document sur sa boîte personnelle qu’elle télécharge. Elle clique sur le bouton “Télécharger ici” noté sur l’écran de la borne. Une boîte de dialogue s’ouvre indiquant qu’elle peut envoyer en AirPlay le document. Elle fait donc glisser son doigt collé sur son écran de paume en direction de la borne. Le document apparaît bien comme reçu et passe en traitement. La machine ne semble pas régurgiter l’ordonnance, l’écran affiche En cours, puis un stupide Récupérez votre commande dans 2 minutes.
La borne reste active et un son se fait entendre : les stocks de médicaments sont au sous-sols et transitent sur des racks jusqu’au réceptacle situé comme une bouche en bas de la borne. Un claquement se fait entendre et le réceptacle se met en clignoter. Elle ouvre, récupère les 3 boîtes et reçoit une notification sur son poignet validant la transaction… qu’elle n’a finalement pas pas payé, selon elle.

Satisfaite, elle ressort de la cyber-pharmacie et se dirige vers son local.
Elle aperçoit Richark près de l’entrée de sa boutique qui lui fait un signe. Elle lui fait signe qu’elle est pressée et continue d’avancer. Richark sort et l’interpelle.

– Salut, fait-elle, ça va ? fait-elle intriguée que Richark soit là, comme s’il l’attendait.

– Je veux juste te prévenir qu’il y a eu une faille de sécurité dans le Sud de la ville et tu es probablement concernée. Si tu veux accéder à ton espace professionnel, ne le fait pas de là-bas. Fais-le d’ici si tu veux, on attend d’avoir des nouvelles et une solution pour répliquer, l’avertit-il.

– Comment se fait-il que je n’ai pas eu d’alerte ? demande-t-elle.

– Il y a 4 établissements qui ont été piratés et c’est en se connectant qu’ils ont laissé entrer les malwares, répond-il.

– “Les” ? reprend-elle.

– Oui, c’est une attaque Octopus et pour l’instant la tête du logiciel n’a pas été trouvée : il y a donc eu 4 attaques, et 4 qui vont se manifester dans les heures qui suivent, et si la tête n’est pas neutralisée, personne ne sait combien d’autres malwares vont se déployer…

– Punaise, merci. Et les autres attaques elles sont arrivées quand ?

– Ce matin, à peu près au même moment, répond-il calme mais avec un air sombre.

– Ecoute, je ne suis pas ce genre de hackeuse, tu le sais, qu’est-ce que je dois faire ?

– Les malwares n’attaquent pas ici, donc pour l’instant tu te connectes d’ici. Je suis en contact avec des cultivars pour en savoir plus là, répond-il avec un étrange regard insistant.

Leeze fronce les sourcils. Elle s’éloigne en disant à Richark qu’elle va passer un coup de fil.

Elle s’isole de l’avenue, près d’un mur neutre. Elle tend son poignet gauche comme s’il pesait une tonne de métal, car ce qu’elle s’apprête à faire lui coûte déjà énormément, redoutant les conséquences. Elle commence à balayer ses contacts. 

  • ADAM.

Elle hésite un moment avant d’agir, ne se demandant même plus si c’est une bonne idée, mais redoutant les conséquences que cela aura.

Elle double-tape sur le prénom. Son capteur d’oreille émet un bruit et une tonalité lente se fait entendre. Plus d’une minute s’écoule avant qu’une voix confiante prononce :

– Leeze ! Tu m’appeles…

– Salut Adam… Tu sais quelque chose à propos des malwares et des octo-attaques ? Visiblement nous en subissons une et on essaye de trouver une solution s’en protéger, dit Leeze avec une voix hésitante.

– Ça fait des années qu’on ne s’est pas parlés et tu m’appelles pour me demander conseil ? répond-il toujours très sûr de lui.

– Ha ben, j’ai vu un de tes anciens potes, Carl-Alexandre, pas plus tard que tout à l’heure, si tu veux tout savoir, donc je sais que tu vas bien, mais on a déjà parlé du sujet et de tes choix de vie, je veux pas me prendre la tête là…

Elle marque une pause.

– Je sais que c’est ton rayon le hacking, c’est un peu de famille, tente-t-elle. Tu devrais prendre mon appel comme une reconnaissance de ton talent dans un domaine que je refuse de cautionner ! répond-elle séchement, sentant une vague de chaleur monter.

– Je suis heureux de t’entendre dire ça. A l’inverse, il se peut que tes choix de vie m’intéresse car je ne maîtrise pas certains de tes talents de bonne élève, répond Adam toujours calme et condescendant.

– Comment ça ?

– J’aimerais qu’on travaille ensemble, tes kosmines sont vraiment canons et je suis certain qu’on peut encore davantage exploiter leur potentiel.

– Non mais attends, là il y a une attaque dans le Fruggle qui met en péril des données massives très largement utilisées par tout le monde, et accessoirement tout mon travail ; donc je te demande juste si tu connais des gens ou si tu as un conseil à me donner. Je veux juste pas perdre ce que j’ai, j’y tiens beaucoup… s’exclame-t-elle.

– Oui je sais ce qu’il se passe dans le Fruggle ma chérie, et il se peut qu’il n’y ait que très peu de gens qui peuvent t’aider… Je crois même que c’est toi qui héberge la tête du malware, fait-il.

– Comment tu sais ça ? dit-elle en bégueyant, ne sachant pas s’il bluffe ou si elle réalise que l’attaque est dirigée vers elle.

– Sans vouloir atténuer la gravité de ce qu’il se passe, le Fruggle n’est pas en danger du tout… tant que t’acceptes mon aide. Et pour cela, j’ai besoin que tu travailles avec moi.

–  Tu sais que j’aurais très bien pu ne pas t’appeler, Adam, je trouverai d’autres gens compétents…. C’est idiot, juste parce que ces derniers temps, j’ai parlé de toi, j’ai pensé à toi… C’était complètement idiot de t’appeler, je suis tellement naïve ! peste-t-elle en se mordant la joue.

– Non mais détend-toi, Leeze, je suis tout à fait disposé à t’aider toi et tes collègues. C’est la famille. Je suis heureux d’avoir de tes nouvelles, sincèrement et je veux qu’on renoue.

 

°0 Lexique des contes de Skuld
°1 Jeux d’identité
°2 Kenopsia et villes-thèmes
°3 Les Librairies ou le moderne métier de vendeur d’Histoires
°4 Soins et Beauté en 2049
°5 Alimentation et plaisirs sensoriels futurs.
°6 Société en 2049 et citoyenneté moderne
°7 Ville, Urbanisme et déplacements en 2049
°8 La Matrice, l’apogée de l’ère de l’Hypothèse 
°9 L’épisode de La Cabane
°10 Famille, mémoire et héritage en 2049

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