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L’épisode de La Cabane (Les Contes de Skuld) °9

L’épisode de La Cabane (Les Contes de Skuld) °9

Afin de tracer les contours de ce qui nous attend – à condition de suivre les évolutions actuelles, ou bien de les dépasser – voici comment j’imagine les 10, 20, 30 et plus, prochaines années.) Voici la suite de l’histoire qui commence avec Les Librairies ou le moderne métier de vendeur d’Histoires, se poursuit avec Soins et Beauté en 2049,Alimentation et plaisirs sensoriels futurs,Société en 2049 et citoyenneté moderne,Villes, urbanisme et déplacements en 2049, La Matrice, l’apogée de l’ère de l’Hypothèse.

L’épisode de la Cabane est une version de la fiction réalinaire de l’année 2049. A force de superpositions de mondes virtuels sur le monde réel, les gens vivent et partagent leurs expériences (réelles) en direct, et sous forme de jeu. Un peu comme la téléréalité des années 2010/2020, comme tout cycle, plus de 20 ans plus tard, les héros célèbres sont des inconnus qui acceptent des challenges à relever réellement, et en direct, à la vue de tous. Un commerce juteux en découle, tant pour les protagonistes que pour le système qui se nourrit des réactions du public :

 

L’épisode de La Cabane

 

Leeze s’installe confortablement sur son canapé et se connecte à la story populaire du moment sur Jotunheim qu’elle projette d’un mouvement du doigt sur un mur qui lui sert de grand écran. Elle cherche dans les paramètres de son compte local (son container où elle travaille et où elle se trouve) l’activation du son, de façon à avoir la meilleure expérience de projection.
La Cabane est une story, une aventure réelle et célèbre, orchestrée par un effet d’attente : un secret qui tardait à être dévoilé, et bien anticipé pour générer du désir auprès d’une large audience dont on espère de l’interaction. Comme pour toutes stories réalinaires qui fait le buzz, ce genre d’événements est attendu par les libraires en vue d’une édition en livre augmenté, comme une façon de conserver une trace de l’histoire. La Cabane arrive à sa fin, mais il est possible de commencer à visionner la story dès le début jusqu’au moment du live.

– Adam, je lance : tu es installé ?

– C’est bon. J’ai déjà vu le début, mais je veux bien avoir tes réactions à toi ! répond-il.

La story alterne avec des passages écrits pour expliciter le contexte ou des situations et des vidéos. Les spectateurs peuvent réagir tout le temps, que ce soit en live ou en différé. Le live permet de challenger directement les protagonistes ou d’influer sur le cours des événements, d’où l’engouement massif de suivre l’histoire en simultané :

Volets 1 à 6 d’introduction :

Max vit en banlieue d’Amsterdam. Avec ses collègues, ils travaillent depuis 6 mois sur l’élaboration d’une cabane dans les arbres. Le projet n’a rien d’avant-gardiste. Ils sont partis d’un constat qu’il n’y a rien, aucune habitation dans la forêt d’Utrechtse Heuvelrug : autrement dit, un endroit parfait à proposer comme service aux canopées pour un simple séjour, façon Airbnb.
Spécialisés dans le travail du bois et la construction, ils ont soumis leur projet à la cellule Développement de l’Entité de Structure d’Utrecht.
Ils ont dessiné un œuf, ils ont conceptualisé l’arrondi de la structure entièrement en bois, ont sollicité des experts de l’isolation thermique et des ingénieurs-expérience. Ils viennent juste de terminer la mise la place des plaques écrans.
Max a eu cette idée suite à une aventure fantastique qu’il a faite en immersion quand il était en Hongrie. L’une des épreuves se passait à l’intérieur d’un œuf de dragon. En cherchant des informations sur l’éventualité de concevoir une cabane immersive dans les arbres, il a pu retrouver des concepts ponctuels des années 2020 où c’était la tendance de construire des petits habitations en forme d’œufs dans les espaces naturels.
Il a imaginé alors un trois ou quatre pièces, sur plusieurs étages, avec la chambre sous le sommet de l’œuf, entièrement recouvert d’une plaque transparente, permettant de voir le ciel tout en pouvant se changer en un écran immersif. Le bas de l’œuf devrait servir à loger le système, le générateur d’énergie, et au collecteur de data. Le niveau du dessus serait le bain, avec une eau ionisée pour également se connecter au réseau réalinaire ; au-dessus, ce serait le salon avec une petite terrasse qui permettrait d’accueillir les drones livreurs. L’idée étant d’offrir une expérience simple de rêver-vrai : joindre l’humilité aux infinis possibles de l’imaginaire ; être isolé et être à la fois au centre de tous les mondes que l’on souhaite.
L’idée est d’amplifier la sensation d’espace en offrant les pleins pouvoirs : en somme le lieu rêvé que tout le monde cherche aujourd’hui. Ils ont obtenu l’accord de réaliser leur projet une fois avoir compilé toutes les requêtes SEF les plus populaires, et le potentiel s’est révélé prometteur pour le collectif de sa cellule.
La veille, ils ont pu tester dans leur matrice développée en interne (une copie du système tactilo-kinesthésique international : la vraie Matrice) l’assemblage de l’œuf et sont parvenus à le faire fonctionner.

Vidéos:

Il est 8h du matin, ils ont pris leur précieux casque, leur exosquelettes, trois ordinateurs et ont commandé la livraison du matériel sur place d’ici une heure.
Ils partent en navette. La voiture en forme de galet accueille 8 personnes et de l’espace de rangement pour un trajet autonome de 8h.
Max passe son doigt pour déverrouiller la portière : la voiture s’ouvre par le haut comme un coffret. Au centre, il y a un écran et un espace pour déposer un ordinateur.
L’équipe s’installe et entre les coordonnés de la destination. Ils surveillent en même temps le trajet de livraison des matériaux.
Ils longent rapidement les routes peuplées d’autres voitures autonomes, de toutes les formes. Vue du ciel, on a l’impression de voir un flux silencieux de bonbons qui naviguent entre les villes.
Ils discutent des étapes, visionnent à nouveau le test en matrice de la veille  et semblent assez confiants.
Ils mettent exactement 57 minutes pour arriver à quelques mètres du lieu choisi. Très enthousiaste, Max commence à publier sur Taoui la suite du projet qu’il avait annoncé dès sa validation, invitant des followers et leurs collègues à suivre en live la construction. Le matériel est déjà arrivé. Chacun s’affaire à sa tâche après avoir pris soin de mettre son casque et d’activer le suivi du procès, validé en amont et exécuté dans la matrice.
Ils s’habillent de leur tenue renforcée et commencent à séparer les différents matériaux et éléments de l’œuf. Ben et Fabio se chargent de numéroter chaque objet en fonction des étapes d’élaboration. Henry active les ordinateurs et synchronise tout : les tenues, les casques et les matériaux qui possèdent la technologie de collecte des data. En l’espace de quelques heures, tout prend forme. Quelques heures plus tard, une alarme retentit dans les oreillettes de tout le monde, interrompant le rythme :
“Vous devriez vous hydrater, dans une demi-heure, prenez un supplément de minéraux. L’exosquelette de Ben doit être rechargé. Vous devriez atteindre l’étape 8 avant finalisation à 16h12.”
Les garçons, mécaniquement, obéissent.
Ils réalisent qu’ils ne se sont pas parlé depuis leur arrivée.
Ils retirent leur casque et font une pause en attendant de recharger l’exosquelette.
Le bracelet de Max vibre. Il vient de recevoir un message sur Jotunheim.
Il n’ouvre pas la notification et se remet au travail.
A 16h30, ils finissent de fixer le sommet de l’œuf avec les plaques transparentes destinées à l’immersion dans le réalinaire.
Une fois achevé, et avant de tout mettre en route, Max dépose son casque professionnel pour prendre son casque personnel. Il a plusieurs notifications. D’un mouvement de main, il les ouvre toutes sans les regarder et active la caméra pour faire le live. Fabio est dans la partie basse de l’œuf, prêt à tout activer.

Leeze et Adam peuvent voir que 26 personnes suivaient le direct au moment du lancement, puis 57, puis rapidement 600. Pas moins de 2200 personnes suivaient les premières étapes de La Cabane, commentant et encourageant l’équipe.

Il allume tous les moniteurs. L’œuf prend vie. Max commence à présenter l’œuf au public au moment du live, interagissant avec ceux qui réagissaient. Il arrive au premier niveau où se trouve le bain. Comme l’eau est ionisée, via le casque, il est donc possible de voir le fond de l’océan, tel qu’il avait programmé l’ambiance. Il passe au salon, ouvre le volet pour laisser apparaître la petite terrasse, et fait un tour sur lui-même pour montrer tout l’environnement en 360.  Un salon en cercle, une table avec un écran au centre, entouré de tablettes destinées à servir de tables basses connectées. Sur un côté de la paroi, une plaque transparente sur laquelle on voit le bar et les provisions. Il s’agit simplement des raccourcis de commandes pour se faire livrer à boire et à manger par drone. En caressant la plaque de haut en bas avec son index, il fait apparaître une bibliothèque de livres ; puis il dessine un demi-cercle, ce qui fait apparaître les fenêtres web avec l’accès aux espaces personnels de 6 personnes (la capacité d’accueil de l’œuf). Il explique qu’en entrant dans son espace perso, on accède comme habituellement aux jeux, aux mondes immersifs, aux comptes, aux data, etc.
Il ferme ses doigts pour mettre en veille l’écran.
Le public du moment est sur-excité, demandant déjà des pré-réservations.

Il prend le petit escalier pour montrer la chambre : “la belle étoile” comme il l’a choisi de l’appeler.
Il s’allonge sur le lit de façon à offrir la vision directe sur le ciel et les branches des arbres autour. Il cherche des yeux la fenêtre pour accéder au monde réalinaire qu’il a créé  : une création haptique qu’il a déjà mise en ligne sur Taoui, mais qui cette fois peut fonctionner sans casque. Pour le besoin du live, il reste en mode caméra et active tout pour entrer dans le monde fantastique.
Mais il y a un problème. La plaque s’est bloquée sur un écran noir. Il met en pause le live et appelle Fabio.

A ce moment, une vision scopique prend le relai pour diffuser l’aventure.

Il entend que ses collègues s’agitent en bas.
“Je coupe, je coupe, je coupe”, crie Fabio.
“Il se passe quoi ?” demande Max.
Ben est arrivé dans la chambre et lui saisit le poignet.
“Putain, t’as une alerte depuis tout à l’heure ! T’es con ou quoi ! “hurle-t-il.
Il lui retire le casque des yeux.
“Mec, tes potes sur Jotunheim ils ont infiltré le système ! T’as accepté une notif chelou ou quoi ? On n’a rien sécurisé là ! On est mort !” continue-t-il ulcéré.
“Tu racontes quoi là ?” s’offusque Max.
“On va jamais passé. On va être en zone Mu-eTTe. Je te rappelle qu’un système contrôlé à 40% sur Jotenheim ne passe pas. On ne sera jamais répertorié sur le réseau. Putain, t’as de la merde dans la tête ou quoi !? Putain. On aurait pu faire un carton, avoir notre coin pépouze, merde quoi, c’est ruiné là !”
“ Je te promets, j’ai rien accept..,” Max s’interrompt.
“Punaise, pour le live, j’ai ouvert toutes les notifs, j’ai pas fait attention”, bredouille-t-il.
Ils descendent en vitesse et se mettent dans le salon.
Fabio a activé le pare-feu pour vérifier le problème.
Ils voient qu’un groupe, les Moltav, sont followers sur Taoui et actifs sur Jotunheim.

A ce moment là, l’audience commence à grossir sur la story car il s’agit d’un événement inattendu qui ne tarde pas à buzzer. Les commentaires fusent mais le groupe n’est plus connecté au public et ne peut donc rien recevoir. Ils se retrouvent coincés dans un minuscule espace virtuel dans lequel ils n’ont aucune interaction. Dans ce genre de moment, le public paye pour être dans la liste des premiers à accéder au contenu inaccessible, il paye pour les aider à se reconnecter car les hackers demandent une forme de rançon pour à nouveau libérer le flux de contenus.

“Ok, c’est des mecs qui défendent le continent Mu, laisse tomber, ils sont dans le système, ils peuvent désactiver et activer ce qu’ils veulent.”
“Vas-y c’était quoi ta notif ?” Montre !” demande Ben.
Max ouvre sa messagerie.
C’était un octopus.
L’octopus est un logiciel qui une fois activé (simplement en ouvrant un message, s’il n’est pas supprimé dans la minute) déploie ses tentacules et s’insère dans n’importe quel réseau ouvert et se multiplie.

Leeze ping Adam, en lui demandant si c’est lui qui a fait ça ou s’il connaît les types qui ont fait ça, déjà complètement prise dans l’histoire du groupe.
Adam répond avec un émoticone fantôme en riant.
Les vidéos se poursuivent.

Ils se regardent tous déconfits.
Max tente : “Ben on installe la sécurité quand même ?”
Ben lui tape derrière la tête.
“Trompette ! Ton œuf c’est une cabane avec vue sur le ciel, il est dans la zone Mu-eTTe là, c’est mort !” lui répond-il vexé.

Un sous-titre passe sur l’écran :
Une zone dite Mu-eTTe c’est le nom donné aux zones non couvertes par le réseau. Si on souhaite établir une nouvelle construction, il faut faire une demande de validation d’accès au réseau à condition de valider des normes de sécurité. Vous pouvez envoyer des tokens aux membres pour qu’ils payent les hackers. Jotunheim est le réseau qui est potentiellement le plus dangereux, il ne doit en aucun cas excéder les 20% de présence, soit l’équivalent d’une simple connexion via les casques personnels ou une plaque connectée. Envoyez des tokens au groupe suivant : @Moltav89998.

Le fait d’avoir installé un réseau autonome nécessite la précaution d’au minimum un réseau de sécurité.

La story s’achève avec divers message et groupes qui tentent de remettre la connexion avec le groupe. La cabane est un lieu réel sans connexion, au cœur d’une forêt qui excite désormais plusieurs centaines de milliers de personnes qui cherchent à se rendre là-bas pour aider le groupe, qui envoient des solutions d’aide pour les libérer et créent des groupes de soutien.

Leeze se relève pour se connecter en vidéo à Adam.

– On peut faire quoi pour eux ? Ils sont en zone Mu-ette et on ne sait pas ce qu’ils font ? demande-t-elle.

– Leeze, tu sais bien que c’est une story. Il y a déjà 5 groupes qui sont partis les rejoindre pour les aider.

– Mais pourquoi il n’y a plus aucune publication ? Il y avait bien une vision scopique à la fin.

– Ce n’était pas compliqué de la contrôler une fois l’Octopus libéré…

– T’es au courant, tu sais !! s’exclame-t-elle.

– Je te promets que je ne suis pas proche de ces gars : ce n’est pas mon business ça. Si je fais des hacks c’est pas pour des stories grand public, ça ne m’intéresse pas. Je ne vais pas gagner ma vie avec ça !

– Adam ?

– Yes ?

– Sois franc. Qu’est-ce que tu sais que je ne sais pas ?

– Comment ça ?

Elle hésite une moment.

– Je voudrais qu’on se voit en vrai…

Adam ne répond pas. Il n’a pas partagé sa localisation avec Leeze depuis qu’ils ont repris contact.

– On doit parler de certaines choses avant, lui répond-il.

°0 Lexique des contes de Skuld
°1 Jeux d’identité
°2 Kenopsia et villes-thèmes
°3 Les Librairies ou le moderne métier de vendeur d’Histoires
°4 Soins et Beauté en 2049
°5 Alimentation et plaisirs sensoriels futurs.
°6 Société en 2049 et citoyenneté moderne
°7 Ville, Urbanisme et déplacements en 2049
°8 La Matrice, l’apogée de l’ère de l’Hypothèse 
°9 L’épisode de La Cabane
°10 Famille, mémoire et héritage en 2049

 

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