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Le culte de l’imparfait

Le culte de l’imparfait

Texte extrait de Sur les épaules des géants, d’Umberto Eco, où il utilise Le comte de Monte Christo de Dumas, La Divine Comédie de Dante, Hamlet de Shakespeare et Casablanca de Curtiz pour montrer que les classiques cultes sont des cultes  « précisément parce qu’ils sont en quelque sorte déboussolés« . C’est leur imperfection, les parties disjointes, qui donnent aux fans quelque chose à quoi s’attacher, quelque chose à retenir, quelque chose à citer. Un film parfait, c’est son propre truc, sans phrase au hasard ni imperfection à laquelle s’accrocher.

Il s’avère que les horribles excès stylistiques[du comte de Monte-Cristo] sont bien du « rembourrage », mais le rembourrage a une valeur structurelle ; comme les barres de graphite des réacteurs nucléaires, il ralentit le rythme pour rendre nos attentes plus atroces, nos prévisions plus imprudentes. Le roman de Dumas est une machine qui prolonge l’agonie, où ce qui compte n’est pas la qualité des agonies mais leur durée. […]

Pour donner naissance à un culte, un film doit déjà être fondamentalement délabré, branlant et déconnecté en lui-même. Un film parfait, étant donné que nous ne pouvons pas le relire à notre guise, à partir du point que nous préférons, comme dans un livre, reste gravé dans l’ensemble de notre mémoire, sous la forme d’une idée ou d’une émotion principale ; mais seul un film délabré survit dans une série disjointe d’images et de points forts visuels.

Via The Parisreview

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