Le Cyberpunk est mort

A la fin peu glorieuse d’un genre autrefois prometteur…

Un long article de John Semley pour The Baffler, résumé ici. Le Cyberpunk est mort parce qu’il est devenu une parodie de lui-même, se concentrant sur la même vision fondatrice de « l’avenir », n’ayant pas vraiment réinventé lui-même. Semley fait un grand résumé des auteurs et des titres clés du genre, en nous montrant comment il a insufflé sa mythologie dans la technologie créée au cours des dernières décennies jusqu’à aujourd’hui, quand « les cyberpunks sont devenus les chefs d’entreprise, faisant la transition des Lo-Teks à Pharmakom, de Kuato à Cohaagen. Ce faisant, le genre et toutes ses aspirations ont été réduits à tant de dead meat. » L’auteur croit (et je suis d’accord) qu’il faut réinventer le genre, mais c’est là que les 150 derniers mots de la fin entrent en jeu ; sa « solution » est décevante. Pourtant, si vous avez déjà aimé ce genre, il vaut la peine d’être lu.

Les descriptions intenses et terre-à-terre de Gibson de ces modifications corporelles entraînent le lecteur dans l’attrait fondamental de la matrice du Neuromancien, dans laquelle le corps lui-même devient totalement immatériel. Des auteurs de Neal Stephenson (Snow Crash) à Ernest Cline (Ready Player One, qui ressemble à un Snow Crash plus bête, si une telle chose est concevable), ont développé cette idée de ce que le théoricien Fredric Jameson appelle « tout un univers parallèle du non matériel ». […]

L’idée du corps cybernétique comme métaphore du corps humain politisé a été théorisée en 1985, aux débuts du cyberpunk, par la philosophe et biologiste Donna Haraway. Dense et sauvagement éclectique, tour à tour excitant et exaspérant, le « Cyborg Manifesto » de Haraway se situe comme un mythe ironique, destiné à briser les oppositions existantes entre science et nature, esprit et corps. […]

Les cyborgs et le cyberpunk sont liés dans leur résistance à un ordre ancien, qu’il soit politique et économique (comme dans Neuromancer, Johnny Mnemonic, etc.) ou métaphysique (comme dans Haraway). Le cyborg et le cyberpunk rêvent tous deux de nouveaux avenirs, de nouvelles relations sociales, de nouveaux corps, de nouvelles catégories de conceptions et de manières d’être. […]

[L]a réalisation de nombreuses technologies envisagées par le cyberpunk-y compris l’ensemble du concept d’Internet, qui fonctionne maintenant non pas comme un complément d’évasion à la réalité, mais comme une partie essentielle de son tissu, comme l’eau ou la chaleur – s’est produite non pas à cause d’inadaptations épouvantables et de bas-fonds high-tech qui rafistolent dans des caves minables, mais en raison de sociétés gargantuesques. […]

Un présent où les possibilités libératrices de la technologie ont été inversées ; où les pirates informatiques deviennent des PDG dont les plateformes gâchent la démocratie ; où l’automatisation n’offre pas la promesse d’une augmentation de la richesse et du temps de loisirs, mais le chômage, le désespoir et la redondance totale de l’espèce humaine ; où l’hallucination partagée du virtuel ne semble pas consensuelle.

Via The Baffler

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