Saison 2 de la série You : le plus choquant n’est peut-être pas ce que vous croyez

L’inquiétant psychopathe incarné par Penn Badgley est de retour dans la deuxième saison de You, de Netflix. S’engager d’ailleurs dans une nouvelle aventure tordue de ce qui semble être une obsession passionnelle dangereuse relevait peut-être plus de la curiosité du genre : la saison 2 va-t-elle me surprendre, va-t-elle être prévisible ou bien va-t-il s’agir d’une bonne recette comme la saison 2 de The Sinner ?

En effet, le moteur du psychopathe c’est bien le schéma répétitif et labyrinthique qui le pousse dans les mêmes situations et le fait finalement agir « comme d’habitude ». Ce qui n’est pas inintéressant mais pour le coup déjà vu dans la saison 1.

Pour cette 2ème saison, nouveau départ, nouvelle ville et nouvelle obsession pour Joe Goldberg, qui tente cette fois de fuir les fantômes du passé, ainsi que son ex Candace, revenue d’entre les morts.

À Los Angeles, le psychopathe incarné par Penn Badgley (Gossip Girl) fait la rencontre d’une mystérieuse jeune femme prénommée Love. Contrairement à Beck, cette nouvelle proie n’a aucun profil sur les réseaux sociaux, ce qui éveille particulièrement la curiosité du libraire. Cette chef cuisinière en devenir est incarnée par l’actrice Victoria Pedretti. L’histoire d’amour naissante de Joe et Love survivra-t-elle aux pulsions meurtrières du psychopathe de You ?

Je vais être honnête : je n’ai pas encore terminé la saison (je l’espère aujourd’hui) avec cependant quelques intuitions que j’ai finalement depuis le début. Comme je l’annonce au début, une seconde saison ne peut se permettre de resservir la même soupe que la première, et devrait jouer de malice et d’une certaine façon inverser les rôles (mais ce n’est ni un spoiler ni une certitude). Par conséquent, la raison qui m’a poussée à continuer à regarder est totalement déconnectée de l’intrigue, qui vaut ce qu’elle vaut (beaucoup d’improbabilités concernant le comportement de Love ou les facilités de Joe/Will à recréer une pièce vitrée insonorisée dans un garage), est autre.

Le regard porté sur comment notre société d’espionnage par les réseaux sociaux nous conduit à paramétrer nos allers-et-venues et nos comportements. Et c’est dans la bouche de Ellie, la petite soeur de 15 ans de la propriétaire de la résidence où vit Joe, non pas précoce mais réel emblème de la Gen Z surface les relations et la psychologie humaine à travers les publications des gens.

Bien sûr en 2019/2020, nous sommes des « weirdos » (des marginaux) si nous ne sommes pas sur les réseaux sociaux, à moins d’avoir quelque chose à cacher, versus être une célébrité, en particulier à Los Angeles, qui n’est pas un statut qui nécessite de se protéger d’un étalage de sa vie privée… au contraire. Mais les travers psychologiques sont expliqués froidement par l’adolescente : faire des photos de groupe, c’est un manque de confiance en soi, un photo en gros plan, c’est être un naz. Elle explique avec détachement comment réussir sur les réseaux sociaux, se moquant gentiment qu’elle n’aime pas lire car c’est trop long et à 15 ans on veut « vivre » : l’instantanéité est la vie.

Pourquoi nous postons sur les réseaux sociaux : parce qu’on veut se faire aimer par quelqu’un qui nous plaît et l’autre raison de poster est la vengeance.

Dans l’épisode 2, on voit comment Joe fait le paparazzi ou l’enquêteur privé pour gérer les amis de Love et se faire aimer d’eux, en espionnant leurs comptes sociaux.

Sans compter comment il parvient à s’incruster à la soirée de Henderson en ciblant un copain proche de longue date et en le manipulant complètement.

Sans compter également qu’il a installé une application de surveillance sur le portable de Ellie (qu’elle a bien sûr remarquée et qu’elle utilise pour manipuler le manipulateur) : lui-même se fait la réflexion qu’il est difficile de duper les jeunes sur le terrain technologique.

En fait cette histoire de psychopathe pourrait ne pas relever de la psychiatrie s’il n’y avait pas la gravité des meurtres et des séquestrations… Parce qu’en vérité, aujourd’hui on « stalke » (espionner sur Internet) les gens de la même façon qu’avant on se renseignait sur les gens auprès des copains de copains.

Voilà ce qui m’a vraiment sidérée dans la série. Je me fiche de savoir si c’est Love la psychopathe qui manipule Joe/Will ou si c’est une autre chute qui m’attend…. Je trouve que la série, à l’instar de l’effet ressenti lorsque j’ai vu Joker, est la photographie de notre société aujourd’hui, 1er janvier 2020.

La technologie qui nous entoure et qui désormais conditionne nos rapports avec les autres peut conduire aux comportements les plus fous, juste à cause de cette dissonance cognitive, ce besoin d’appartenir à la communauté (quelle qu’elle soit), d’être aimé et reconnu.

Pour se protéger de cet écran de fausseté, pour revenir à la réalité et conserver la santé de l’esprit, il semble qu’effectivement les jeunes générations, la Gen Z et sans doute la Alpha nous ont bien observés et ont vus en nous des losers, manipulés comme des hamsters dans leur roue à courir après des mirages.

Je vous recommande donc de regarder la série quand même, car l’intrigue est bien menée malgré quelques grosses ficelles peu crédibles. Et à défaut de lire des articles et se faire un avis critique et objectif sur nos comportements en ligne, via le divertissement on peut tirer de bonnes leçons et prendre des décisions avec recul sur ce que nous souhaitons être, au sens profond et entier du mot.

 

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