Les nouveaux outils de « bien-être numérique » de Google, classés d’ingénieux à insultants, voire condescendants

Les expériences de bien-être du Google Creative Lab essaient d’être ludiques, mais l’une d’entre elles consiste à plaisanter sur quelque chose qui n’est pas drôle au départ.

Depuis 2018, Google (et Apple) s’attaquent à l’éléphant de verre de 12cm qui se trouve dans la pièce : si les smartphones sont devenus essentiels à la vie moderne, ils aspirent toute l’attention des gens qui nous entourent, et nous rendent par la même occasion sensiblement moins heureux. Google a lancé sur Android un outil appelé Digital Wellbeing, qui vous permet de suivre votre utilisation des applications et même de fixer des limites. Puis, l’année dernière, il a lancé une série d’expériences, comme un téléphone en papier qui contient toutes les informations essentielles de votre smartphone, mais sans aucune des distractions. Selon Google, ces expériences sont « une vitrine d’idées et d’outils qui aident les gens à trouver un meilleur équilibre avec la technologie ».

Cette semaine, le Google Creative Lab a publié trois nouvelles expériences, toutes destinées à freiner notre dépendance aux smartphones, et elles vont de l’inspiration à l’insulte pure et simple. Examinons chaque nouvelle expérience, classée de la meilleure à la pire.

LA MEILLEURE !

Chronomètre d’écran

Vous voulez donc moins utiliser votre téléphone, mais les minutes s’additionnent rapidement pour atteindre des heures. Screen Stopwatch remplace votre wallpaper par un compteur plein écran qui fait littéralement tic-tac à chaque seconde que vous passez sur votre téléphone. C’est une idée stupide et évidente, mais bon sang, ce wallpaper n’ajouterait-il pas une tension dans la poitrine qui donne l’impression d’une bombe à désamorcer aussi vite que possible en vérifiant sur Twitter les nouvelles sur la mise en accusation. Génial ! Une touche agréable est que le compte à rebours est un vieil affichage animé à rabats, une touche de skeumorphisme vilipendé, c’est sûr, mais la fantaisie aide à tempérer la tension centrale du compte à rebours…

Screen Stopwatch montre rapidement qu’aucun chiffre n’est bon et que tout ce que je veux, c’est que ce chronomètre s’arrête le plus vite possible. Je ne sais pas quel serait l’effet longitudinal de l’utilisation de Screen Stopwatch ; il n’est sur mon téléphone que depuis quelques heures aujourd’hui. Est-ce que j’apprendrais à l’ignorer ou à ignorer mon téléphone ? Je ne peux pas le dire avec certitude, mais c’est ce qui fait de ce projet une expérience si raisonnable de l’impact d’une interface utilisateur sur le comportement humain.

LA PLUS AUTODESTRUCTRICE

Bulles d’activité

Quand on voit les captures d’écran de Activity Bubbles – un autre fond d’écran qui représente chaque application que vous ouvrez comme sa propre bulle grise, avec un volume qui représente le temps passé à l’intérieur – on pourrait croire que ce serait gagnant. Bien sûr, les gens sont très mauvais pour peser les valeurs numériques représentées dans les graphiques radiaux, mais l’idée semblait délicieuse ! On pourrait voir nos mauvaises habitudes empilées devant soi comme une preuve infographique de son manque de maîtrise de soi ! Génial !

C’est propre. C’est délicieux. C’est trop. On se retrouve à ouvrir plus d’applications juste pour créer une plus grande pile de cercles. Et pour empirer les choses, chaque nouveau cercle s’insère dans la pile comme une goutte de pluie satisfaisante. C’est vraiment un merveilleux petit bout d’IU, qui renforce positivement nos terribles habitudes. On a tous besoin de bulles d’activité pour courir, faire la lecture à ses enfants et manger des légumes, et non pour traquer ce que les frénétiques mangent au brunch sur Instagram.

Les premiers commentaires d’utilisateurs sur Activity Bubbles demandent tous plus de plaisir : plus d’effets de balle rebondissante, et plus de couleurs ! Rendez les Activity Bubbles [encore plus] amusantes ! Les gens semblent reconnaître l’expérience centrale de joie qu’offre l’expérience, mais pas l’effet final. En vrai : Non, ne les rendez pas plus jolies, Google. Faites-les ressembler à une éruption de pustule qui infecte notre téléphone.

LA PIRE INSULTE

Enveloppe

Chez Google, la santé numérique est un vrai sujet de préoccupation pour les personnes au sein de l’entreprise. Mais « Google ne veut pas que nous abandonnions notre téléphone ; ils gagnent des milliards de dollars par an grâce à ce que l’on fait dessus. Ces expériences numériques ne sont qu’un faux-fuyant, des solutions minables vouées à l’échec, pour faire porter à l’utilisateur la responsabilité de son addiction aux smartphones, plutôt que de prendre la responsabilité, en tant que monopole tentaculaire, de s’y attaquer ».

L’enveloppe : il s’agit d’un téléphone en papier qui s’enroule autour de votre vrai téléphone, conçu par le studio britannique Special Projects. Cette idée intelligente vous permet de composer un numéro et même de vérifier l’heure. Mais vous passez à côté de choses très importantes comme les SMS.

« L’idée est d’essayer de durer le plus longtemps possible avant d’ouvrir l’enveloppe et de récupérer votre téléphone », explique l’équipe dans la vidéo ci-dessus.

À une autre époque, avant que les smartphones ne prennent le dessus sur nos vies, cette idée aurait sympa pour son UX bancale et ludique (les Projets spéciaux ont produit le téléphone imprimable Google). Mais à y penser, l’enveloppe semble être une insulte pour ceux d’entre nous qui font absolument tout sur leurs smartphones, et les dommages que ces téléphones causent dans le processus.

Nous sommes accros aux écrans, en partie parce qu’ils sont amusants, en partie parce qu’ils sont essentiels, en partie parce qu’ils créent une dépendance. Imaginez la Molson Coors Brewing Company taquinant un alcoolique avec un koozie qui enferme l’alcool dans un jeu, avec un slogan du genre « L’idée est d’essayer de résister le plus longtemps possible avant d’ouvrir l’enveloppe et de récupérer votre Miller Lite« . L’humour devient vite cruel.

La vie des gens ordinaires n’est pas une blague et la santé numérique est une véritable préoccupation de notre époque. Alors Google, s’il vous plaît, ne transformons pas la dépendance au téléphone en un jeu qui met à l’épreuve la maîtrise de soi. Et n’imaginons même pas une idée aussi infailliblement idiote et carrément condescendante que celle d’utiliser un morceau de papier qu’il faut imprimer et enrouler autour de son téléphone pour contrecarrer les efforts actifs d’innombrables entreprises aux budgets illimités pour s’en sortir. Ce n’est pas utile. Et ce n’est pas drôle.

Encore une fois, l’élite technologique semble se moquer de nous : en plus de cela ils veulent aussi réglementer la technologie dont ils ont le monopole de bout en bout

Via Fastcompany

 

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