Vous êtes maintenant contrôlé à distance

Un article d’opinion de Shoshana Zuboff dans le New York Times. Ce n’est certainement pas la première fois qu’elle expose ces motifs, concernant le livre The Age of Surveillance Capitalism, mais il est bon de revenir sur ce sujet et certaines des idées les plus soulignées ici, comme l’accent mis sur « l’inégalité épistémique », n’étaient pas aussi centrales dans certains autres articles.

The Age of Surveillance Capitalism, sur Amazon.

Une excellente lecture qui nous donne un aperçu sérieux et important de la façon dont Google, Facebook et leurs semblables contrôlent les connaissances, qui y a accès, qui sait quoi sur qui, comment ils vendent nos données, nos profils, nos émotions et fabriquent des prédictions comportementales. Il est parfois un peu fatiguant de revenir sur ces sujets mais il est extrêmement important de bien comprendre ces mécanismes et Zuboff est l’une des sources les plus réfléchies de cette compréhension.

Nous entrons dans une troisième décennie marquée par une nouvelle forme d’inégalité sociale, mieux comprise comme « inégalité épistémique ». Il rappelle une époque pré-Gutenberg où les connaissances étaient extrêmement asymétriques et le pouvoir qui en découle, alors que les géants de la technologie s’emparent de l’information et de l’apprentissage lui-même. […]L’illusion d’une « vie privée comme privée » a été conçue pour alimenter cette fracture sociale imprévue. Les capitalistes de la surveillance exploitent l’inégalité croissante des connaissances au nom du profit. Ils manipulent l’économie, notre société et même nos vies en toute impunité, mettant en danger non seulement la vie privée des individus mais aussi la démocratie elle-même. Distraits par nos illusions, nous n’avons pas pu remarquer ce coup d’État sanglant d’en haut.

Notre siècle numérique fait passer les coordonnées de la société d’une division du travail à une « division de l’apprentissage », et il s’ensuit que la lutte pour l’accès au savoir et le pouvoir conféré par ce savoir vont façonner la politique de notre époque. […]

Dans le cadre de la concurrence pour l’étendue de la surveillance, les capitalistes veulent votre maison et ce que vous dites et faites dans ses murs. Ils veulent votre voiture, votre état de santé et les spectacles que vous diffusez en continu ; votre emplacement ainsi que toutes les rues et tous les bâtiments sur votre chemin et tout le comportement de tous les habitants de votre ville. Ils veulent votre voix et ce que vous mangez et ce que vous achetez ; le temps de jeu de vos enfants et leur scolarité ; vos ondes cérébrales et votre circulation sanguine. Rien n’en est exempt. […]

Ce nouveau pouvoir « pour les faire danser » n’emploie pas de soldats pour menacer de terreur et de meurtre. Il arrive avec un cappuccino, pas avec une arme. Il s’agit d’un nouveau pouvoir « instrumental » qui agit par le biais d’une instrumentation numérique omniprésente pour manipuler des signaux subliminaux, cibler psychologiquement les communications, imposer des architectures de choix par défaut, déclencher des dynamiques de comparaison sociale et prélever des récompenses et des punitions – tout cela dans le but de régler, de rassembler et de modifier à distance le comportement humain dans le sens de résultats profitables et toujours conçu pour préserver l’ignorance des utilisateurs.

En l’absence de nouvelles déclarations de droits épistémiques et de législation, le capitalisme de surveillance menace de refaire la société comme il défait la démocratie. D’en bas, il sape l’action humaine, usurpe la vie privée, diminue l’autonomie et prive les individus du droit au combat. D’en haut, l’inégalité et l’injustice épistémiques sont fondamentalement incompatibles avec les aspirations d’un peuple démocratique ».

Lisez l’article entier du New York Times.

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