La lutte contre le coronavirus fait perdre son élan au monde

La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a pour une fois passé plus de temps à parler du changement climatique que de l’inflation. Cela s’est produit lors d’une conférence de presse à Francfort il y a moins de deux mois, mais elle a déjà l’impression de venir d’un autre siècle – ou d’une autre planète.

Depuis, le nouveau coronavirus et la guerre des prix du pétrole entre l’Arabie saoudite et la Russie ont secoué les marchés financiers et amené le monde au bord de la crise économique.

Il est compréhensible que ces deux événements extraordinaires aient attiré l’attention du monde entier. Pourtant, le flot de nouvelles concernant le climat n’a pas ralenti.

Une nouvelle étude publiée la semaine dernière dans Nature Communications suggère que les points de basculement – des changements irréversibles qui pourraient remodeler des écosystèmes tels que les forêts et les récifs coralliens – pourraient se produire plus tôt que prévu. L’Organisation météorologique mondiale a également averti qu’environ 22 millions de personnes ont été déplacées par des conditions météorologiques extrêmes en 2019, contre 17,2 millions l’année précédente.

Les Nations unies ne tiendront pas de négociations directes sur le changement climatique avant au moins la fin avril, dans le cadre des efforts visant à contenir le coronavirus, selon Climate Change News. Un sommet UE-Chine sur le climat qui devait avoir lieu à la fin du mois a également été reporté. De tels événements sont essentiels pour que les gouvernements puissent rédiger des accords avant la prochaine réunion mondiale des Nations unies sur le climat, prévue à Glasgow en novembre. La conférence COP26 est particulièrement cruciale, car tous les signataires sont censés présenter des plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre encore plus ambitieux que ceux prévus par l’accord de Paris de 2015. Selon le World Resources Institute, seules les îles Marshall, le Suriname, la Norvège et la Moldavie ont présenté de tels plans jusqu’à présent.

La poussée de la politique climatique risque de s’arrêter également au niveau national. La semaine dernière, le Royaume-Uni a réduit ses plans pour placer l’environnement au centre de son budget. L’Espagne, qui a fait du changement climatique un élément central de son programme politique, a interrompu toute activité législative pendant au moins deux semaines et a déclaré l’état d’urgence au cours du week-end.

Malgré ces revers temporaires, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a déclaré la semaine dernière que l’Union européenne restait attachée à son « Green Deal », un plan en demi-teinte visant à rendre le bloc neutre en carbone d’ici 2050.

« Il est clair que nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe au niveau mondial », a déclaré Virginijus Sinkevicius, commissaire européen à l’environnement, sur Bloomberg TV. L’urgence climatique mondiale « n’est allée nulle part.

Mais la transformation de l’économie est un effort titanesque, qui exige que toutes les pièces bougent en parfaite coordination sur une longue période. Jusqu’à présent, les politiques publiques et les investissements privés se sont mutuellement poussés à faire avancer les objectifs climatiques. Reste à savoir si tous les acteurs concernés peuvent faire face aux chocs immédiats tout en gardant les objectifs à long terme en vue.

« Nous avons maintenant le coronavirus et tous les trois ou quatre ans, il y aura un choc important sur lequel les gouvernements devront se concentrer à court terme », a déclaré John Ferguson, directeur de la macroéconomie à l’Economist Intelligence Unit. « Ce n’est la faute de personne, mais cela peut faire dévier certains pays. N’oublions pas que c’est un objectif à atteindre vers 2050 ».

Via Bloomberg

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