Crises écologiques et avenir équitable

Un excellent article qui offre « un diagnostic des récits dominants sur les futurs écologiques possibles et ce qu’ils signifient pour nous ».

À savoir : l’extinction (comme dans XR), l’apocalypse écologique (Malthus), le solutionnisme technologique (Musk) et la décroissance (Raworth). L’auteur est définitivement du côté de la décroissance et certains points peuvent être soulevés contre quelques-unes de ses critiques des autres futurs mais, dans l’ensemble, une grande vue d’ensemble et une critique valable de certains, et des arguments solides pour l’autre. Il est également intéressant de noter qu’il provient d’un « think tank sectoriel de gauche à Aotearoa, Nouvelle-Zélande« . Ainsi, bien qu’il soit valable pour tout le monde, il est écrit à partir et pour les Kiwis, ce qui est un angle moins commun.
TL;DR : la vision de la décroissance est la seule vision vraiment holistique visant le bien-être des gens dans le monde entier, et non pas un sous-ensemble ou l’autre.

Cette approche, qui envisage les crises écologiques comme une opportunité commerciale plutôt que comme une crise fondamentale de l’organisation socio-économique capitaliste, est en grande partie un vœu pieux. Même lorsque le solutionnisme technologique est proposé à la gauche anticapitaliste, il tend vers une pensée utopique qui ne s’engage pas de manière significative dans la réalité matérielle des crises écologiques. […]

Si le discours de l’Anthropocène homogénéise de façon problématique les humains afin de répartir équitablement la responsabilité des crises écologiques qui sont en grande partie le résultat des activités de certains groupes d’humains économiquement privilégiés, les discours entourant la surpopulation critiquent surtout ceux qui contribuent le moins à ces crises. […]

L’idéologie du solutionnisme technologique reste un fantasme de premier plan qui prétend résoudre les crises écologiques anthropocènes. Ces affirmations reposent sur les associations aberrantes selon lesquelles les technologies numériques sont vertes, intelligentes ou immatérielles. […]

Alors que le capitalisme s’est historiquement appuyé sur l’enfermement des biens communs et la production artificielle de la rareté, le modèle de décroissance cherche à promouvoir les biens communs et la propriété publique afin de gérer les ressources de manière écologiquement responsable tout en favorisant des sociétés plus égalitaires. […]

La décroissance, cependant, ne doit pas être comprise comme une contraction du système économique existant, mais comme une transition vers une économie post-capitaliste totalement différente, où la « richesse » est comprise différemment des mesures actuelles du PIB ou du PIB par habitant.

Alors que les discours sur l’extinction et l’apocalypse suggèrent que le futur proche sera presque implacablement sombre, un troisième futur, où l’espoir reste central, invoque des formes de solutionnisme technologique. Ce discours soutient que le paradigme de l’innovation perturbatrice associé aux technologies numériques et à la révolution de l’information permettra de construire des solutions technologiques aux crises écologiques mondiales. Tout comme les prédictions de Malthus et Ehrlich concernant l’imminence d’une famine de masse et d’un effondrement social ne se sont pas concrétisées, en grande partie à cause des systèmes technologiques qui ont augmenté la production alimentaire, ce discours suggère que le 21e siècle ne sera pas dominé par une catastrophe écologique, car l’ingéniosité humaine et l’innovation technologique permettront de concevoir des moyens de résoudre les crises écologiques.

La version dominante de ce discours envisage des start-ups financées par du capital-risque, généralement présidées par des entrepreneurs masculins charismatiques, concevant des solutions intelligentes, axées sur le numérique, aux crises écologiques. Les voitures électriques de Tesla en sont l’emblème. Elles sont accompagnées des proclamations d’Elon Musk selon lesquelles il est à l’avant-garde d’une guerre contre les combustibles fossiles, mais qui nécessitent l’extraction de quantités importantes de matériaux socialement et écologiquement problématiques tels que le lithium et le cobalt en plus des combustibles fossiles pour les produire (et qui nécessitent de l’électricité pour fonctionner, dont une grande partie est actuellement produite par la combustion de combustibles fossiles). Nous voyons ici des start-ups bien financées et commercialisées avec habileté, et les entreprises soutiennent que la logique socio-économique capitaliste qui a créé les crises écologiques contemporaines est également le meilleur moyen d’y remédier. Loin de représenter une crise du mode de production capitaliste et des logiques expansionnistes et extractivistes qui le sous-tendent, les crises écologiques sont considérées comme une opportunité commerciale, un moyen pour les entrepreneurs avisés de « sauver la planète » tout en devenant milliardaires.

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