Un petit essai révèle que l’hydroxychloroquine n’est pas efficace pour traiter le coronavirus

The Conversation rapporte que samedi, la Food and Drug Administration a approuvé l’utilisation de deux médicaments antipaludiques, l’hydroxychloroquine et un médicament apparenté, la chloroquine, pour un usage d’urgence afin de traiter le COVID-19. Ces médicaments ont été présentés par le président Trump comme un « changement de jeu » pour COVID-19.

Cependant, une étude qui vient d’être publiée dans une revue médicale française apporte de nouvelles preuves que l’hydroxychloroquine ne semble pas aider le système immunitaire à éliminer le coronavirus de l’organisme. Cette étude fait suite à deux autres, l’une en France et l’autre en Chine, qui ont fait état de certains avantages de l’association de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine pour les patients atteints de COVID-19 qui ne présentaient pas de symptômes graves du virus.

« Je suis un chimiste médicinal spécialisé dans la découverte et le développement de médicaments antiviraux depuis 30 ans, et je travaille activement sur les coronavirus depuis sept ans. Je fais partie des nombreux chercheurs qui craignent que ce médicament n’ait reçu une trop grande priorité avant qu’il n’y ait suffisamment de preuves de son efficacité, » dit

Il existe déjà d’autres études cliniques qui ont montré qu’il n’est pas efficace contre COVID-19 ainsi que contre plusieurs autres virus. Et, plus important encore, il peut avoir des effets secondaires dangereux, tout en donnant de faux espoirs aux gens. Ce dernier point a conduit à une pénurie généralisée d’hydroxychloroquine pour les patients qui en ont besoin pour traiter le paludisme, le lupus et la polyarthrite rhumatoïde, les indications pour lesquelles elle a été initialement approuvée.

L’idée que l’association de l’hydroxychloroquine avec un antibiotique, l’azithromycine, était efficace contre le COVID-19 a retenu l’attention après une étude publiée le 17 mars. Cette étude décrit un essai sur 80 patients réalisé par Philippe Gautret à Marseille, en France. Bien que certains de leurs résultats aient semblé encourageants, il faut également noter que la plupart de leurs patients ne présentaient que des symptômes légers. En outre, 85% des patients n’avaient même pas de fièvre – l’un des principaux symptômes révélateurs du virus, ce qui laisse supposer que ces patients auraient probablement éliminé le virus naturellement sans aucune intervention.

Dans une autre étude, publiée sur medRxiv, qui n’a pas encore été revue par des pairs, des scientifiques chinois de l’hôpital Renmin de l’université de Wuhan, à Wuhan, en Chine, ont administré de l’hydroxychloroquine à des patients atteints d’infections bénignes et ne présentant aucun problème médical, comme dans l’étude de Gautret. Les résultats ont montré que les 31 patients qui ont reçu le médicament ont vu leurs symptômes diminuer 24 heures plus tôt que les patients du groupe de contrôle. En outre, les symptômes de pneumonie se sont améliorés chez 25 des 31 patients contre 17 des 31 du groupe de contrôle. Comme indiqué dans plusieurs des commentaires associés au manuscrit, il y a des problèmes liés à la traduction du document, ce qui obscurcit l’interprétation de certains des résultats. Le document semble également se concentrer davantage sur la pneumonie que sur la COVID-19. Toutefois, ces problèmes pourraient être résolus ou traités une fois que l’article aura été soumis à l’examen des pairs.

Mais deux autres études ont des résultats contradictoires.

Un second groupe français, dirigé par Jean-Michel Molina, a testé le traitement combiné hydroxychloroquine-azithromycine chez 11 patients de l’hôpital Saint-Louis à Paris, en France, et leurs résultats étaient étonnamment différents.

Comme l’étude de Marseille, l’essai Molina était également une petite étude pilote. Molina et ses collègues ont utilisé le même schéma posologique que Gautret. Toutefois, contrairement à l’étude Gautret, huit des onze patients présentaient des problèmes de santé sous-jacents, et dix des onze patients avaient de la fièvre et étaient assez malades au moment où le dosage a commencé.

Ces chercheurs parisiens ont découvert qu’après cinq à six jours de traitement à l’hydroxychloroquine (600 mg par jour pendant 10 jours) et à l’azithromycine (500 mg le premier jour et 250 mg les jours 2 à 5), huit des dix patients étaient toujours positifs au COVID-19. Sur ces dix patients, un est décédé, deux ont été transférés à l’unité de soins intensifs et un autre a dû être retiré du traitement en raison de graves complications.

En outre, une étude similaire menée en Chine n’a montré aucune différence dans la clairance virale après sept jours, que ce soit avec ou sans l’hydroxychloroquine, chez les patients participant à l’essai. Cela confirme les conclusions de Molina.

Ainsi, malgré l’approbation récente de ce médicament pour une utilisation contre le COVID-19, des questions subsistent quant à l’efficacité de ce traitement. Comme le font remarquer Molina et ses collègues : « Les essais cliniques randomisés en cours sur l’hydroxychloroquine devraient fournir une réponse définitive quant à l’efficacité supposée de cette association et permettront d’évaluer sa sécurité ».

Via The Conversation

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