La logique qui sous-tend la décision de la France d’annoncer une date de fin de confinement

Annabelle Timsit, reporter géopolitique, soulève un point intriguant sur Quartz:

Dans un discours sobre à la nation le lundi de Pâques, le président français Emmanuel Macron a fait quelque chose d’inattendu : Il a fixé une date pour la fin de la période de confinement induite par le coronavirus en France. A partir du 11 mai, a-t-il dit, la quarantaine sera « progressivement » levée, en commençant par les crèches, les écoles maternelles et certains magasins.

Le discours de M. Macron était son troisième depuis le 17 mars, date à laquelle le gouvernement a ordonné à 67 millions de Français de rester chez eux, leur permettant de sortir une fois par jour pour faire de l’exercice, acheter de la nourriture ou des médicaments, ou se faire soigner. Mais ce discours était différent de ses précédents. Au lieu d’un cri de ralliement pour la guerre contre ce virus, qui a déjà tué environ 17 000 personnes en France, M. Macron s’est excusé, reconnaissant les échecs de l’État dans le déploiement des tests et le soutien aux travailleurs de la santé, et admettant qu’il n’avait pas toutes les réponses. Et, comme un mantra, il a répété la date tout au long de son discours : Lundi 11 mai.

Sa décision de fixer une date pour le début de la fin de confinement, alors que tant d’incertitudes entourent encore cette pandémie, était surprenante. D’une part, elle crée des attentes, une norme à laquelle la réponse du gouvernement peut être mesurée. S’il ne parvient pas à rouvrir les écoles et les magasins d’ici le 11 mai, sa crédibilité pourrait en souffrir. C’est pourquoi de nombreux dirigeants ont choisi de prolonger continuellement le confinement par tranches de deux à trois semaines, refusant de s’engager sur une date de fin qu’ils ne peuvent pas vraiment garantir. « Lorsqu’il s’agit de cette date, et qu’ils découvrent qu’ils ne peuvent pas lever le confinement, ou qu’ils ne le font pas à la manière qu’ils ont en premier lieu communiqué, alors vous risquez de créer un contrecoup et une perte de confiance », a déclaré Kris De Meyer, chercheur en neurosciences au King’s College, à Londres.

Mais les psychologues estiment que la décision de Macron est logique, compte tenu de ce que nous savons sur la façon dont le cerveau humain réagit dans des situations incertaines. « La combinaison de l’incertitude et du danger est une recette pour une angoisse sévère », écrit le psychologue Arie Kruglanski dans The Conversation. « Elle alimente un désir intense de certitude, mieux connu des psychologues sous le nom de besoin de closure cognitive« . Kruglanski, qui a inventé le terme, définit la closure cognitive comme « le désir des individus d’obtenir une réponse ferme à une question et une aversion pour l’ambiguïté« .

Dans une situation incertaine, comme la propagation mondiale d’un virus jusqu’alors inconnu, où il n’existe ni remède ni vaccin, et où nous sommes tous coincés chez nous dans un avenir prévisible, sachant que nos emplois ne nous attendront peut-être pas quand nous sortirons, notre cerveau a soif de certitude et de fermeté. Nous avons besoin de clarté et de conseils, d’une « lumière au bout du tunnel » – un tunnel qui, en ce moment, semble sans fin », écrit M. Kruglanski.

De Meyer, qui étudie la façon dont les gens s’ancrent dans leurs croyances, affirme que dans ces situations, c’est la prestation qui compte vraiment : Il est important de donner aux gens quelque chose de concret à quoi s’accrocher (comme une date), mais de leur fixer des attentes claires sur ce qui se passera à cette date, avant et après, et de laisser la place à un changement de plans. Chacun tolère l’ambiguïté différemment, et pour certains, un manque de certitude les poussera soit vers le déni, soit vers la panique. C’est là que la désinformation et les théories de conspiration peuvent se répandre. « Je recommanderais à chaque pays, dès qu’ils ressentent un soupçon de certitude quant au moment où ils peuvent commencer à modifier certaines mesures, d’y mettre une date, car cela donne une sorte de clôture, mais aussi une clarté de communication », a déclaré M. De Meyer.

« C’est le moment où un leadership stable et rassurant est désespérément nécessaire », a fait écho M. Kruglanski. « C’est aussi le moment où une direction autoritaire et confiante est de loin préférable à une direction flexible et de laisser-faire. Il faut qu’on nous dise ce qu’il faut faire, purement et simplement ».

Je vous invite par ailleurs à regarder cette vidéo qui décrypte l’attitude du président, vraiment intéressant pour comprendre les effets recherchés :

 

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