Pourquoi le Solarpunk, et non le Cyberpunk, est l’avenir dont nous avons besoin maintenant

Un article de Pat Riley, dont l’approche de designer un Decentralized Future m’intĂ©resse beaucoup.

Il ne faut pas s’Ă©tonner que je sois obsĂ©dĂ© par la science-fiction. Étant donnĂ© que je suis Ă  la fois graphiste et que je travaille dans la cryptoconnaissance, il est pratiquement nĂ©cessaire que je rende hommage Ă  l’esthĂ©tique imprĂ©gnĂ©e de nĂ©ons de Blade Runner 2049, que j’aie un bĂ©guin secret pour Ava d’Ex Machina et que je me passionne pour Ă  peu prĂšs tout ce que Neal Stephenson sort.
Cependant, avec une dystopie autrefois théorique qui semble maintenant à notre porte, nous devrions plus que jamais envisager la trajectoire de notre civilisation. Soudain, les mégacorps, les régimes oppressifs et les crises mondiales imminentes ne semblent plus si lointains.
Ce qui n’Ă©tait autrefois que des trophĂ©es dans nos Ɠuvres de science-fiction prĂ©fĂ©rĂ©es deviennent aujourd’hui des rĂ©alitĂ©s qui ont un impact sur notre vie quotidienne.
Et nous voici, luttant avec les implications de notre nouvelle réalité, piégés dans nos salons, regardant fixement dans des rectangles lumineux tout droit sortis de Ready Player One.

Extrait de « The Music Scene » de Blockhead

Les rĂ©cents Ă©vĂ©nements entourant COVID-19 nous ont mis un peu Ă  la croisĂ©e des chemins. Nous avons maintenant l’occasion de poursuivre sur cette voie ou d’utiliser cette crise comme un signal d’alarme pour orienter notre avenir vers un monde plus Ă©quitable, plus sĂ»r et plus fort pour tous. Nous sommes les hĂ©ros de notre propre cheminement en ce moment.
Notre vision du monde et notre idĂ©e de ce qui est possible sont largement influencĂ©es par les mĂ©dias que nous consommons. Vous ĂȘtes ce que vous mangez aprĂšs tout. Et si les nouvelles peuvent nous informer, c’est notre fiction qui nous inspire pour imaginer ce qui est possible.

La science-fiction a toujours posĂ© les grandes questions, tout en nous prĂ©parant Ă  ce qui pourrait ĂȘtre au coin de la rue.

OĂč allons-nous ?

Quels sont les problÚmes que nous pourrions nous créer ?

Et attendez… ne nous a-t-on pas promis des voitures volantes ?

GrĂące Ă  des personnages captivants, des intrigues Ă  suspense et des rĂ©flexions philosophiques, nous utilisons la fiction avant tout pour raconter de grandes histoires et divertir. Mais il y a un autre but, qui est d’inspirer la prochaine gĂ©nĂ©ration sur ce dont l’esprit humain est capable et de façonner notre avenir pour les gĂ©nĂ©rations Ă  venir.

Combien d’ingĂ©nieurs ont dĂ©butĂ© aprĂšs avoir vu Star Wars ? Combien de concepteurs d’interfaces ont Ă©tĂ© inspirĂ©s par Minority Report ? Steve Jobs a Ă©tĂ© inspirĂ© pour crĂ©er l’iPad aprĂšs avoir vu un concept en 2001 : A Space Odyssey.

Le monde a plus que jamais besoin de cette vision. Et bien que j’aime les vibrations dystopiques de l’esthĂ©tique cyberpunk autant que quiconque, y a-t-il un autre monde que nous pouvons crĂ©er qui nous inspire (et inspire la prochaine gĂ©nĂ©ration) pour manifester un avenir plus durable, plus Ă©quitable et plus libre pour tous ?

Entrez dans le Solarpunk

J’ai rĂ©cemment dĂ©couvert un genre de science-fiction moins connu appelĂ© « solarpunk ». Comme le cyberpunk, c’est un genre de fiction spĂ©culative enveloppĂ© d’une esthĂ©tique caractĂ©ristique qui peint une vision de l’avenir que nous pourrions crĂ©er. La dĂ©finition suivante, tirĂ©e de ce guide de rĂ©fĂ©rence, le rĂ©sume bien :

Le Solarpunk est un mouvement de fiction spĂ©culative, d’art, de mode et d’activisme qui cherche Ă  rĂ©pondre et Ă  incarner la question « à quoi ressemble une civilisation durable, et comment y parvenir ? L’esthĂ©tique du solarpunk fusionne le pratique avec le beau, le bien conçu avec le vert et le sauvage, le brillant et la couleur avec le terreux et le solide. Le solarpunk peut ĂȘtre utopique, simplement optimiste, ou concernĂ© par les luttes en route vers un monde meilleur – mais jamais dystopique. Alors que notre monde est en proie Ă  des catastrophes, nous avons besoin de solutions, pas d’avertissements. Des solutions pour vivre confortablement sans combustibles fossiles, pour gĂ©rer Ă©quitablement la pĂ©nurie et partager l’abondance, pour ĂȘtre plus gentils les uns envers les autres et envers la planĂšte que nous partageons. À la fois une vision de l’avenir, une provocation rĂ©flĂ©chie et un mode de vie rĂ©alisable.

Outre les diffĂ©rences esthĂ©tiques Ă©videntes, une diffĂ©rence essentielle entre le solarpunk et le cyberpunk est l’accent mis sur les solutions, et non sur les avertissements.
Il semble que le solarpunk ne s’intĂ©resse pas Ă  l’exploration de voies potentielles qui pourraient mal tourner. Il part plutĂŽt du principe que les problĂšmes sont dĂ©jĂ  lĂ  et concentre l’essentiel de son Ă©nergie sur les solutions et sur la voie Ă  suivre. Les avertissements du cyberpunk puisent dans la peur de ce qui pourrait arriver, et s’en servent comme prĂ©misse pour crĂ©er une tension dans le complot. Le Solarpunk nous encourage Ă  accepter la rĂ©alitĂ© du prĂ©sent et Ă  aller de l’avant en se concentrant sur les solutions aux problĂšmes qui se posent.

Il existe également des différences claires dans la maniÚre dont la société est structurée et représentée dans les deux genres.

Cyberpunk :

  • Une Ă©conomie dominĂ©e par les grandes entreprises
  • L’environnement est gĂ©nĂ©ralement dĂ©labrĂ©, oppressant
  • Une technologie puissante a crĂ©Ă© un Ă©cart de richesse
  • Les drogues utilisĂ©es pour Ă©chapper Ă  la rĂ©alitĂ©
  • L’homme qui fusionne avec la machine
  • Il pleut toujours

SolarPunk :

  • Structures Ă©conomiques symbiotiques dĂ©centralisĂ©es
  • Vivre en Ă©quilibre avec l’environnement
  • La technologie donne du pouvoir Ă  l’individu
  • Les drogues utilisĂ©es pour Ă©largir la conscience et augmenter la rĂ©alitĂ©
  • L’homme Ă  cĂŽtĂ© de la machine
  • EnsoleillĂ© avec une chance d’averses

Une grande diffĂ©rence ici est la façon dont l’humanitĂ© choisit d’exploiter la technologie que nous crĂ©ons. L’utilisons-nous pour Ă©voluer au-delĂ  de notre forme biologique actuelle et nous catapulter vers une fusion avec les machines ou faisons-nous preuve d’une retenue rĂ©flĂ©chie et utilisons-nous la technologie pour nous mettre davantage en Ă©quilibre avec notre propre biologie et notre Ă©cosystĂšme ?
C’est la question qui se pose depuis longtemps, et pourtant je ne pense pas que la rĂ©ponse doive ĂȘtre aussi noire et blanche. À bien des Ă©gards, crĂ©er et utiliser la technologie est la chose la plus naturelle que nous puissions faire en tant qu’espĂšce. Un castor qui ramasse des bĂątons pour construire un barrage n’est pas diffĂ©rent d’une personne qui utilise une hache pour construire un toit au-dessus de sa tĂȘte. Les lignes Ă©purĂ©es d’un iPhone semblent contraster avec les lignes ondulantes des matiĂšres premiĂšres dont il est fait, mais au bout du compte, tout cela n’est qu’un sous-produit de l’explosion d’une supernova.

« Nous sommes faits de trucs de stars » – Carl Sagan

La technologie ne doit pas ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un phĂ©nomĂšne Ă©tranger nous sĂ©parant de la nature, mais plutĂŽt comme un phĂ©nomĂšne Ă©mergent et un sous-produit inĂ©vitable de tous les systĂšmes naturels.

Les idĂ©es du solarpunk nous rappellent qu’il existe une voie d’avenir dans laquelle nous pouvons avoir le beurre et l’argent du beurre. Nous pouvons embrasser l’augmentation exponentielle de notre comprĂ©hension et de notre contrĂŽle de l’univers tout en utilisant ces connaissances pour nous assurer que nous ne dĂ©truisons pas notre environnement, notre sociĂ©tĂ© et nous-mĂȘmes dans le processus.
Maintenant, je sais ce que vous pensez peut-ĂȘtre, car je suis Ă  vos cĂŽtĂ©s.

Est-ce trop beau pour ĂȘtre vrai ? Peut-ĂȘtre.

La réalité est-elle susceptible de se dérouler de façon pacifique ? Peu probable.

Cela devrait-il nous empĂȘcher d’essayer ? Non.

On appelle ça de la fiction spĂ©culative pour une raison. Il n’est pas productif de prĂ©tendre que les choses vont se mettre en place comme par magie si nous Ă©mettons les bonnes vibrations dans l’univers. Nous avons besoin de progrĂšs calculĂ©s, de l’appui des sciences exactes et de comprendre que des compromis et des arbitrages devront toujours ĂȘtre faits.
Le but du solarpunk n’est pas de souhaiter un avenir meilleur, mais plutĂŽt de propager dans notre psychologie collective une sĂ©rie de valeurs, d’approches et de prises de conscience qui nous permettent de continuer Ă  progresser, sans sacrifier notre propre humanitĂ© et notre lien avec le monde naturel dans cette poursuite.

Visions de l’avenir

C’est un concept bien connu que nos attentes pour l’avenir sont largement guidĂ©es par nos prĂ©visions de ce Ă  quoi il ressemblera. Il n’est pas nĂ©cessaire d’ĂȘtre dĂ©foncĂ© dans un dortoir pour penser « Mec… l’avenir ne ressemble qu’Ă  l’avenir parce que c’est ce que nous disons que l’avenir ressemble ».
Et pourtant, nos visions ne sont pas toujours correctes. Nous surestimons constamment ce qui peut ĂȘtre fait en un an et sous-estimons ce qui peut ĂȘtre fait en dix ans. Les dessins de l’Ă©poque victorienne montrent clairement que nos prĂ©dictions pour l’avenir sont souvent erronĂ©es par rapport Ă  notre moment prĂ©sent.

Notre vision de demain sera-t-elle aussi dépassée dans dix ans ?

Lorsque nous disons que quelque chose semble futuriste, nous le comparons en grande partie Ă  d’autres artefacts de notre prĂ©sent, l’art conceptuel et la derniĂšre superproduction de cette annĂ©e. Cela met donc beaucoup de pression sur les crĂ©ateurs qui façonnent nos mondes fictifs, car ils sont les premiers en premiĂšre ligne dans une guerre d’idĂ©es qui rivalisent pour dĂ©finir Ă  quoi pourrait et devrait ressembler l’avenir de notre monde.
La plupart de nos histoires sur l’avenir sont en grande partie dystopiques. Je comprends l’importance de la toile de fond d’un rĂ©gime oppressif pour crĂ©er un antagoniste que l’on aime haĂŻr, ou comment une expĂ©rience qui a mal tournĂ© peut mettre en place la rĂ©demption d’un hĂ©ros et un arc d’intrigue captivant, mais je me retrouve toujours Ă  aspirer Ă  une vision diffĂ©rente de ce Ă  quoi notre avenir pourrait ressembler. Sommes-nous si sĂ»rs que notre chemin mĂšne Ă  la dystopie que nous ne pouvons mĂȘme pas explorer d’autres options, mĂȘme dans notre imagination ?

Via Medium

C’est l’exercice auquel je me suis prĂȘtĂ©e en rĂ©digeant les Contes de Skuld. Je n’ai pas la prĂ©tention de voir le futur, et encore plus en ce moment. En revanche, j’aime l’idĂ©e de rĂ©flĂ©chir Ă  quoi l’humanitĂ© souhaite tendre lorsque celle-ci a dĂ©jĂ  tout. Nous le voyons aujourd’hui, en perdant Ă©normĂ©ment de choses de notre quotidien passĂ©, nous nous retrouvons un peu dans le vide face Ă  un soi qui semble ĂȘtre restĂ© Ă  l’arrĂȘt dans son introspection. Nous sommes connectĂ©s avec le monde mais finalement peu familier Ă  la « jouer collective » : qu’est-ce que « moi » et que puis-je apporter au groupe. Commençons Ă  penser ainsi comme le prochain dĂ©sir individuel et je suis convaincue que nous pourrons apercevoir l’avenir, certainement un brin dystopique et solarpunk.

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