Les conditions propices à la vie

Joseph Grima, écrivant d’Assise, en Italie, se penche sur la transition qui s’est produite après la chute de Rome, sur la façon dont la société européenne a été reconfigurée et réinventée, pour ensuite se pencher sur la pandémie actuelle et proposer que, bien que nous vivions des vies différentes, nous puissions profiter de l’occasion pour réaliser que « les conditions que nous en sommes venus à considérer comme nécessaires ne sont plus propices à la vie, et que le moment est venu de réfléchir à ce que nous allons réellement faire pour y remédier ».

L’une des raisons de revisiter plusieurs fois les mêmes thèmes est la manière différente qu’ont les différents écrivains de dire à peu près les mêmes choses tout en y ajoutant leurs propres idées. Celui-ci s’inscrit directement dans la lignée des articles récents que j’ai partagés sur le sujet de « ce qui suit« , mais il fait exactement cela : il encadre les choses de manière légèrement différente et ajoute de nouvelles touches qui aident à affiner les premières étapes de quelque chose comme une vision partagée.

Alors que les villes se vidaient, et avec elles le système de connaissances des bibliothèques urbaines, des riches mécènes et des académies d’élite, une nouvelle forme de centres de connaissances répartis et d’économies distribuées a émergé, ce qui aurait été impensable pour les Romains. […]

Cette première Renaissance était entièrement basée sur l’économie de gamme, le corps unifié de connaissances sur lequel les intellectuels et les artisans européens pouvaient s’appuyer. Les guildes avaient peut-être leurs secrets, mais elles les emportaient partout où des cathédrales étaient construites. […]

L’histoire nous a imposé – au moins temporairement – des conditions impensables dans le contexte de la vie du XXIe siècle : des cieux sans avions, des villes sans voitures, un moratoire sur les déplacements frénétiques à travers la planète. La condition de confinement est universellement désagréable, et pour certains beaucoup plus désagréable que pour d’autres, mais c’est aussi une rare occasion d’évaluer le prix que nous avons accepté de payer, souvent à notre insu, pour certains privilèges que nous considérons comme indispensables. Voulons-nous que nos rues restent à jamais le domaine des voitures, ou pouvons-nous imaginer une ville plus calme où les gens se déplacent plus lentement, respirent un air plus pur, font peut-être du jogging comme le font aujourd’hui les habitants dans les rues devant chez eux pour faire un peu d’exercice ? Le concepteur stratégique et urbaniste Dan Hill a un jour défini le paradigme urbain actuel comme « la ville que les voitures ont conçue pendant que nous ne regardions pas » (Dan Hill, On the smart city, 2013). Eh bien, maintenant nous regardons.

Ce dont nous avons besoin, et sur lequel nous avons aujourd’hui une fenêtre, c’est d’une intervention au niveau du code qui sous-tend la ville, comme l’a affirmé Dan Hill lui-même – un changement systémique, structurel, qui remette en cause la dépendance radicale de notre économie actuelle vis-à-vis du mouvement, en redéfinissant plutôt l’autosuffisance des quartiers, en supprimant la nécessité de voyager pour survivre, en normalisant d’autres formes d’interaction – tout cela au nom de l’intérêt collectif. […]

Il ne sera pas suffisant, et encore moins moralement justifiable, d’externaliser les coûts de cette transformation sur les faibles, les pauvres et ceux que nous ne pouvons pas voir ou entendre. Mais si nous sommes suffisamment ambitieux, la récompense en vaudra la peine. Nous l’avons déjà fait.

Via Vitra.com

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.