« Dans la future maison, la forme suivra l’infection »

L’intérieur des futures maisons sera conçu pour atténuer les effets du coronavirus, explique Michelle Ogundehin, qui a décrit 11 façons dont la pandémie affectera la maison sur Dezeen.

La maison a joué un rôle essentiel dans la récente crise mondiale. Obligée de servir de bureau, d’école, de salle de sport et même de restaurant, qu’elle donne un sentiment de sécurité ou d’étouffement, elle a fait l’objet d’un examen médico-légal et, pour beaucoup, a été jugée insuffisante. Et je ne veux pas dire au sens décoratif du terme. La Covid-19 a plutôt précisé que le paradigme contemporain de la maison, et surtout la façon dont nous y vivons, doit changer si nous voulons survivre à la prochaine phase interpandémique – apprendre à vivre avec un virus parmi nous.

Après tout, si nous regardons l’histoire, nous pouvons voir que les pandémies ne sont pas l’exception dans l’histoire de l’humanité, elles sont la règle, de sorte que l’adaptation du foyer se fait attendre depuis longtemps. Pour beaucoup, le confinement a déclenché un profond stress mental, et pourtant les réactions allaient de visions trop romantiques d’une « grande correction » à des catastrophes réactives avec des maisons comme bunkers isolationnistes et le besoin d’indépendance hors réseau.

Une approche plus pragmatique est nécessaire. Quelque chose de réalisable, indépendamment de la richesse, de la taille de la maison, ou du fait qu’elle soit louée ou possédée. D’autant plus que de nouvelles vagues de ce virus sont très probables. Il s’agit donc moins d’une « nouvelle normale » à l’horizon que d’une nouvelle « contre-normale ».

Heureusement, je crois que nos maisons peuvent être une arme puissante dans la lutte contre la contagion. Et à l’heure actuelle, comme nous n’avons pas de vaccin et que l’immunité après l’infection n’est pas prouvée, ils pourraient bien être la défense la plus puissante disponible. Dans le foyer de demain, la forme suivra l’infection. Voici donc 11 propositions de changement :

Renforcer l’immunité dans les foyers. L’air intérieur peut être jusqu’à dix fois plus contaminé que l’air extérieur en raison de l’accumulation de polluants dans l’air. Pensez aux émanations de peinture, aux toxines des produits de nettoyage courants, aux vapeurs des bougies à base de cire de pétrole ou aux adhésifs des nouveaux tapis avant même de prendre en compte la fumée de cigarette, les spores de moisissure, les bactéries et les virus.

C’est un cocktail mortel qui est responsable de quelque 99 000 décès annuels rien qu’en Europe, selon le Collège royal des médecins. Les peintures sans COV et les matériaux de construction sans formaldéhyde doivent donc devenir la norme et le MDF devrait être interdit.

Les systèmes de filtration de l’air et de l’eau peuvent être des solutions de haute technologie, mais le minimum d’une carafe filtrante d’eau potable et une abondance de plantes d’intérieur à feuilles peuvent également être très efficaces. Les plantes sont des ninjas purificateurs d’air si efficaces que même la NASA a commandé des recherches pour le prouver.

La disposition est déterminée par les besoins, pas par l’histoire. Apparemment, 80 % des maisons dans lesquelles nous vivrons d’ici 2050 ont déjà été construites. Si c’est le cas, alors les plans existants doivent être considérés comme des suggestions, et non comme des absolus. Mais il ne s’agit pas seulement de déplacer ou d’enlever des murs. Par exemple, dans une maison standard, pourquoi toutes les chambres sont-elles habituellement placées à l’étage ? Une petite chambre plus sombre au rez-de-chaussée peut être mieux adaptée à la situation et une grande suite bien éclairée à l’étage peut alors être utilisée pour vivre plutôt que pour dormir.

Survie des plus adaptables. En effet, au Japon, les plans des nouvelles maisons sont rarement dessinés avec des meubles in situ car les pièces sont censées être multifonctionnelles. Un vaste espace de rangement permet à une pièce unique de passer sans effort de l’espace repas à l’espace détente ou au dortoir, selon les besoins.

Il y a beaucoup à apprendre de cette expérience. En revanche, à l’Ouest, l’espace ouvert est devenu l’aménagement de choix en quête de flexibilité. S’il améliore incontestablement la communication entre les ménages, il n’en demeure pas moins que les coins tranquilles et l’intimité ont été perdus. Un retour complet aux chambres cellulaires n’est pas nécessaire, mais il est vital de reconnaître que la santé mentale souffrira toujours sans aucun moyen de se retirer du maelström de la vie, même au sein du foyer lui-même. Une situation qui est exacerbée si des familles entières sont à la maison ensemble 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Retour à l’essentiel. Un autre concept japonais qui pourrait bientôt devenir une norme occidentale est le concept de Genkan. Il s’agit d’une sorte de petit porche intérieur où l’on enlève les chaussures d’extérieur avant d’entrer dans la maison proprement dite, c’est une porte d’entrée pratique à une bonne hygiène intérieure.

Indiqué par une finition de sol différente du reste de la maison, il comporte parfois une marche pour délimiter davantage ses limites. Combinez cela avec des surfaces naturellement antibactériennes comme le liège et le cuivre, une petite étagère pour un désinfectant pour les mains, et le hall d’entrée comme chambre de décontamination pourrait tout simplement être possible sans avoir besoin d’introduire des systèmes de filtres UV aux normes hospitalières.

Intelligent et non pas stérile. Nous devons nous méfier de revenir à la stérilité en réaction à la menace de maladie. L’importance d’être entouré d’objets, de meubles, de finitions et de matériaux qui ont une signification personnelle apporte son lot d’avantages au bien-être.

La décoration peut toujours être complète et amusante ; c’est l’infrastructure qui la sous-tend qui doit changer. De même, on a beaucoup parlé des possibilités offertes par la technologie sans contact, les portes sans poignée et les éviers actionnés par les genoux, qui n’ont pas leur place dans la maison. Plus que jamais, nous aurons envie d’environnements domestiques profondément tactiles, comme un répit délibéré du monde socialement éloigné qui se trouve au-delà de nos portes. Le bon sens doit prévaloir. Des essuyages réguliers, une bonne propreté de base et des distributeurs de savon à chaque robinet suffiront.

Des salles de séjour pour un repos et des jeux actifs. Avec l’accélération du rythme de vie, de nombreuses maisons sont devenues de simples endroits où l’on se prépare à partir le matin et où l’on se replonge dans la nuit.

Et pourtant, pendant le confinement, les recherches de cours en ligne pour adultes, ainsi que la cuisine, les jeux de société et la lecture, ont connu un regain de popularité, indiquant que le désir est là, si ce n’est généralement le temps. Tous ces éléments constituent un repos actif – une utilisation engagée du temps d’arrêt qui contrecarre naturellement le stress et favorise la résilience et une bonne fonction immunitaire.

La réévaluation des plans d’aménagement doit se concentrer sur cette zone d’habitation afin de favoriser le maintien de ces habitudes saines. Après tout, l’exercice physique est possible ici aussi, sans avoir besoin d’une salle de gym sophistiquée ou d’un kit coûteux, mais simplement d’une télévision intelligente pour profiter de la richesse des cours en ligne et de suffisamment d’espace devant le canapé pour se dégourdir les bras ou poser un tapis de yoga.

Il faut espérer qu’un autre avantage de l’acceptabilité accrue de la WFH (work from home) sera l’offre de plus de temps pour profiter de ces activités. Et si le manque d’espace est toujours perçu comme un problème, n’oubliez pas que le ménage moyen contient 300 000 articles, dont les deux tiers ne sont jamais utilisés. Loin de manquer d’espace, la plupart d’entre nous ont tout simplement trop de choses. Il est temps de s’en débarrasser.

La cuisine anti-trophie. Parallèlement à ce qui précède, la tendance des cuisines multifonctionnelles à se répandre sans limite dans nos espaces de vie va s’inverser. Il est temps d’adopter la cuisine comme le moteur de la maison, et non comme le cœur.

En finesse mais en arrière-plan. Il ne s’agit pas de revenir à un statut d’arrière-maison, mais simplement de reconnaître que leur but est de stocker de la vraie nourriture (c’est-à-dire celle qui s’éteint si elle n’est pas réfrigérée), et de créer des repas sains, l’un des meilleurs médicaments préventifs disponibles, sans effets secondaires. En outre, les cartables, les jouets, les produits administratifs et autres éphémères domestiques n’ont absolument pas leur place dans une zone de préparation alimentaire hygiénique.

La maison comme centre de richesse. De la même manière, un espace libéré plus important contribuera à la mise en place d’un repaire/étude avec une porte, de préférence insonorisée, pour mieux permettre le travail à domicile, ainsi que le besoin de retraite mentionné plus haut.

Néanmoins, les tables à manger sont un piètre substitut au bureau, étant plus hautes que l’optimum, et ni les ordinateurs portables ni les chaises ordinaires ne sont ostéopathiquement recommandés pour une utilisation continue. L’industrie du design doit donc accorder la priorité à des bureaux debout (pour encourager le mouvement) et à des chaises à soutien lombaire plus attrayantes.

La renaissance des pièces oubliées. Bibliothèques, celliers, locaux de service et salles du matin. La priorité accordée à ces pièces séparées sera réexaminée. Il est évident que certaines – les bibliothèques et les salles du matin – ne seront remises en service que si l’espace permet un mode d’évasion aussi luxueux.

Alors que les celliers seront entassés dans les plus petites maisons pour le sentiment de sécurité engendré par une armoire à nourriture bien garnie. Les espaces utilitaires seront reconfigurés pour accueillir une capacité de congélation supplémentaire, avec des étagères profondes de type garde-manger à côté du lave-linge/sèche-linge.

Des maisons centrées sur l’homme. L’éthique du design de la biophilie, c’est-à-dire l’amour de la nature, est déjà entrée dans le courant dominant, comme le mentionne mon rapport sur les tendances 2020. L’utilisation abondante de matériaux naturels ou sa simulation par la couleur, la texture et la forme, constituent le cœur de l’approche, avec des avantages prouvés pour le bien-être.

Mais un certain degré d’espace vert commun par nouvelle maison construite devrait maintenant être obligatoire, et les normes concernant l’équilibre entre la superficie intérieure et extérieure devraient être révisées. Après tout, nous ne sommes absolument pas tous dans le même bateau si l’on compare le fait d’être enfermé dans un jardin privé et celui d’être enfermé dans un immeuble à appartements urbain. Même un balcon ferait une énorme différence.

Des espaces pour vivre, pas pour spéculer. Dans l’ensemble, loin de préconiser des modes de vie qui nous isolent davantage en tant qu’individus, si nous avons la possibilité de construire de nouveaux logements, nous devons nous orienter vers le développement d’unités d’habitation de type mixte qui exploitent la propriété partagée des ressources, des services publics et des installations sportives aux espaces extérieurs et à la garde d’enfants.

Le moment est venu de consolider la communauté et de se rassembler, et non de se diviser. Néanmoins, la flexibilité est essentielle. C’est pourquoi, à l’instar des modèles d’adhésion qui ont fait leurs preuves dans le domaine de la musique et du cinéma, pourquoi ne pas envisager également l’accession à la propriété par abonnement ? Il est ainsi plus facile d’améliorer, de réduire, d’ajouter ou de supprimer des services ou de changer de ville en fonction de l’évolution des besoins. Les familles qui s’agrandissent ne sont pas coincées dans des logements exigus et les personnes qui ont envie de voyager ne laissent pas de propriétés surdimensionnées vides.

Et ce n’est pas la même chose que le logement collectif ou la cohabitation, qui jusqu’à présent se compose en grande partie de bâtiments individuels divisés en chambres individuelles louables, plus proches des dortoirs de type étudiant avec des services de type hôtelier. Le modèle d’abonnement engloberait délibérément les couples et les familles ainsi que les célibataires en liberté, et viserait à atténuer l’isolement social et la solitude qui sont devenus si courants chez les nouvelles mamans, les adolescents, les parents célibataires et les retraités. Elle va également de pair avec une révision, attendue depuis longtemps, de notre lamentable habitude de séquestrer les personnes âgées dans des ghettos de fin de vie. Un point douloureusement mis en évidence par l’impact de la Covid-19 sur les maisons de soins britanniques.

Ainsi, si nous pouvons faire évoluer notre paysage domestique vers de petits collectifs de maisons individuelles bien isolées et à vocation éthique, axées sur une vie saine, la communauté, la durabilité et le soutien intergénérationnel, nous pourrions encore prospérer pendant et après l’ère Corona.

Michelle Ogundehin est écrivain, consultante en design et présentatrice de télévision. Elle est l’auteur de Happy Inside : How to Harness the Power of Home for Health and Happiness. Elle a suivi une formation d’architecte et est l’ancienne rédactrice en chef de ELLE Decoration UK.

Via Dezeen

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