C’est une catastrophe mondiale qui vient de l’intérieur (Bruno Latour)

Interview de Bruno Latour (sociologue) qui rappelle que « l’économie » est une façon étroite d’organiser la vie, explique une partie de sa réflexion autour du cadrage de la « zone critique » de l’humanité, comment elle se rapporte à Gaia, et la différence entre le scepticisme rationnel, « faire ses recherches », et les fausses nouvelles.

Au début du confinement, le philosophe Bruno Latour a écrit un essai pour le journal culturel en ligne AOC. « La première leçon que nous a donnée le coronavirus, écrit-il, est aussi la plus stupéfiante : nous avons en effet prouvé qu’il est possible, en quelques semaines, de mettre un système économique en sommeil partout dans le monde… » Cet essai, traduit depuis dans au moins 12 langues, a encouragé beaucoup de gens à imaginer à quel point le monde pourrait être différent si nous tirions les leçons de cette expérience. Il a également renforcé la réputation du professeur émérite de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po) comme l’un des penseurs les plus influents de notre époque.

Comment la pandémie a-t-elle remodelé nos sociétés ?
Certains disent que c’est la revanche de la nature. C’est ridicule. Quiconque a étudié l’histoire de la médecine sait comment un virus peut faire en sorte qu’une société se sente complètement différente. Nous sommes sur une grande courbe d’apprentissage. C’est une énorme expérience. Il s’agit d’une catastrophe mondiale qui n’est pas venue de l’extérieur comme une guerre ou un tremblement de terre, mais de l’intérieur. Les virus sont complètement à l’intérieur de nous. Nous ne pouvons pas les éjecter complètement. Nous devons apprendre à vivre avec eux.

Il montre que nous ne devons pas considérer le personnel et le collectif comme deux niveaux distincts. Les grandes questions climatiques peuvent faire en sorte que les individus se sentent petits et impuissants. Mais le virus nous donne une leçon. Si vous vous transmettez d’une bouche à l’autre, vous pouvez viraliser le monde très rapidement. Cette connaissance peut nous redonner du pouvoir. […]

La pandémie nous a montré que l’économie est un moyen très étroit et limité d’organiser la vie et de décider qui est important et qui ne l’est pas. Si je pouvais changer une chose, ce serait de sortir du système de production et de construire à la place une écologie politique. […]

Cela signifie que nous ne pouvons pas nous contenter d’extraire sans fin des ressources et de nous débarrasser de nos déchets. Dans la zone critique, nous devons maintenir ce que nous avons parce que c’est fini, c’est local, c’est en danger et c’est l’objet de conflits.

Lire l’intégralité de l’interview sur The Guardian

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