Espace limite

Cet article de Devon Powers-adjacent à celui de Tolentino ci-dessus- porte sur l’espace liminal de la quarantaine, dans lequel la seule certitude offerte est la contradiction. Elle porte également sur « le triomphe de l’humanité sur l’homme » et sur cette compréhension de la dépendance mutuelle dans un monde/une situation complexe, et sur la nécessité de conserver cette compréhension après la quarantaine.

C’est un privilège de dire que la quarantaine a tout changé. La quarantaine ne s’est jamais présentée à l’épicerie ou sur la ligne de bus. Elle n’a jamais atteint la décharge ou l’usine de transformation de la viande. C’est un privilège de dire que la quarantaine a tout changé. Dans la prison et l’église du sanctuaire, aux coins des rues où les gens mendient ou marquent, la quarantaine était le même air dans une tonalité différente, plus plate. La quarantaine approfondissait la blessure et soulignait la négligence. Dans la prison et l’église, aux coins des rues où les gens mendient ou marquent, la quarantaine était le même air dans une tonalité différente, plus plate. La quarantaine approfondissait la blessure et soulignait la négligence. […]

La quarantaine nous a rappelé que, même si nous y tenons, nous ne pouvons pas nous entendre les uns avec les autres. Tout le monde est connecté. Il a fallu la solitude de la quarantaine pour se rappeler que nous sommes le lien, nous sommes les tripes du réseau, qui vivront et mourront comme un seul homme. […]

La quarantaine vient de la quarantena, la période d’attente de 40 jours pendant laquelle les Vénitiens du XVe siècle ne permettaient pas aux navires venus d’ailleurs d’accoster. Dans Pale Rider, son livre de 2017 sur l’épidémie de grippe de 1918, la journaliste Laura Spinney explique que le but de la quarantaine était d’éloigner les malades du puits, en s’assurant que toute infection avait suffisamment de temps pour suivre son cours. Tous les navires étaient considérés comme des étrangers, tous des amis, des ennemis potentiels. La pratique de la quarantaine remonte cependant à plus loin que les Vénitiens, et est élémentaire à ce que signifie être humain. D’une certaine manière, la quarantaine marque le triomphe de l’humanité sur l’homme – que la survie du premier peut signifier des désagréments, des souffrances, voire la mort du second.

Croire en la quarantaine, c’est avoir foi en l’après

D’une certaine manière, la quarantaine marque le triomphe de l’humanité sur l’homme – que la survie du premier peut signifier des désagréments, des souffrances, voire la disparition du second. […]

Le geste le plus radical n’est donc peut-être pas de sortir de la quarantaine, mais de trouver comment y persister, toujours. Apprécier la complexité, reconnaître les difficultés, se demander pourquoi les choses sont ce qu’elles sont et si elles doivent toujours être ainsi. (elles ne doivent pas.)

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