Comment ne pas se connaître soi-même

Cet article d’Angela Xiao Wu résume son article écrit avec Harsh Taneja qui « offre un nouveau point de vue sur l’adoption continue par les sciences sociales des données des journaux de plateforme en questionnant leurs conditions de mesure ». Fondamentalement, beaucoup de gens utilisent les données des grandes plateformes sociales ou même des médias, et essaient de tirer des conclusions sur les bizarreries et les désirs des utilisateurs. Cependant, ces plateformes sont tellement orientées vers l’optimisation de l’engagement et des publicités qu’on ne peut pas vraiment dire qu’elles représentent une véritable perception des personnes derrière le compte. Il faut toujours se demander « à quoi sert la mesure ? » Lorsque Netflix vous pousse à vous lancer dans sa nouvelle émission, votre engagement ou votre paresse révèlent-ils vraiment quelque chose de valeur ?

L’exemple est l’accident de voiture. Oui, tout le monde ralentit pour regarder, mais cela ne veut pas dire qu’on veut regarder une série interminable d’accidents, je ne suis pas un personnage de Cronenberg juste parce que Youtube veut que je le sois. Pourtant, c’est ainsi que de nombreux algorithmes semblent fonctionner.

Ces forces apparentes des données pour la recherche sociale sont contrebalancées par un problème dans ce que nous appelons les « conditions de mesure » : les données des plates-formes sont les enregistrements de leurs propres expérimentations comportementales. Essayer de se connaître à travers les données des plates-formes tend à produire des comptes rendus partiels et déformés du comportement humain qui dissimulent les interventions des plates-formes. De plus, bien qu’ils soient de plus en plus produits par des acteurs non corporatifs, ces comptes-rendus et récits de connaissances tendent à être propices à la création d’argent et d’images par les plates-formes.[…]

Un examen plus approfondi des conditions de mesure des plates-formes nous permet de repenser la nature des données du journal des plates-formes : il s’agit essentiellement de « données administratives » que les plates-formes génèrent pour réaliser leurs propres objectifs organisationnels, qui ne vont guère au-delà de l’augmentation des recettes publicitaires, de la récolte de frais d’intermédiaires et de l’attraction de capitaux à risque. […]

La négligence calculée s’accompagne de coups de pouce calibrés : l‘activité de l’utilisateur de la plate-forme est d’abord induite, encouragée et expérimentée par l’environnement de la plate-forme. De l’organisation graphique multicouche à la recommandation algorithmique complexe, c’est de tous ces arrangements de plate-forme que naît l’activité de l’utilisateur. […]

Lorsque nous sommes des sujets d’expérience inconscients des traitements de plates-formes sur nous, prendre nos comportements induits comme « naturels » signifie considérer ces plates-formes comme des véhicules bénins et transparents de nos intentions inhérentes, et donc obscurcir leur pouvoir dominant. […]

Quelles sont les actions et les prédispositions humaines qui suscitent initialement notre curiosité ? Quel est le type de connaissance de soi que nous aimerions avoir comme base pour enrichir notre socialité, nos institutions civiles et publiques et notre processus démocratique ?

Dans cet effort collectif, les acteurs critiques non corporatifs peuvent trouver utiles certaines des stratégies discutées dans ce document.

Via Medium

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