🏙 Pourquoi toutes les villes semblent toutes pareilles maintenant

« Dans les lieux non conventionnels, l’histoire, l’identitĂ© et les relations humaines ne sont pas proposĂ©es. Les non-lieux Ă©taient autrefois relĂ©guĂ©s Ă  la pĂ©riphĂ©rie des villes dans les parcs de vente au dĂ©tail ou les aĂ©roports, ou contenus dans les centres commerciaux. Mais ils se sont rĂ©pandus. Partout ressemble Ă  tout autre endroit et, par consĂ©quent, n’importe oĂč ressemble Ă  nulle part en particulier« .

« Il y a quelque temps, je me suis rĂ©veillĂ© dans une chambre d’hĂŽtel incapable de dĂ©terminer oĂč j’Ă©tais dans le monde. La chambre Ă©tait comme n’importe quelle autre de nos jours, avec sa literie neutre, sa chaise longue inconfortable et son mur en placage de bois – de bon goĂ»t, mais purgatoire. L’Ă©trange uniformitĂ© s’Ă©tendait bien au-delĂ  de la dĂ©coration intĂ©rieure : Le bĂątiment lui-mĂȘme donnait l’impression qu’il pouvait ĂȘtre situĂ© dans n’importe quelle mĂ©tropole du monde. De la fenĂȘtre, je ne voyais que les signes de marques omniprĂ©sentes, telles que Subway, Starbucks et McDonald’s. J’ai pensĂ© Ă  tĂ©lĂ©phoner Ă  la rĂ©ception pour prendre mes repĂšres, mais cela ressemblait trop au dĂ©but d’un Ă©pisode de The Twilight Zone. Je voyage beaucoup, donc ce n’Ă©tait pas la premiĂšre ou la derniĂšre fois que je me rĂ©veillais dans un Ă©tat d’absence de lieu ou de sentiment de dĂ©jĂ  vu.

L’anthropologue Marc AugĂ© a donnĂ© le nom de non-place Ă  l’homogĂ©nĂ©itĂ© croissante des espaces urbains. Dans les non-places, l’histoire, l’identitĂ© et la relation humaine ne sont pas proposĂ©es. Les non-lieux Ă©taient autrefois relĂ©guĂ©s Ă  la pĂ©riphĂ©rie des villes, dans les parcs commerciaux ou les aĂ©roports, ou contenus dans les centres commerciaux. Mais ils se sont rĂ©pandus. Partout ressemble Ă  n’importe quel autre endroit et, par consĂ©quent, n’importe quel endroit ressemble Ă  nulle part en particulier. »

Le contraire de l’absence de lieu est le lieu, et tout ce qu’il implique – les rĂ©sonances de l’histoire, du folklore et de l’environnement ; les qualitĂ©s qui rendent un lieu profond, stratifiĂ© et idiosyncrasique. Les humains sont des crĂ©atures qui racontent des histoires. Si un lieu est habitĂ© depuis assez longtemps, les histoires seront dĂ©jĂ  prĂ©sentes, mĂȘme si elles sont cachĂ©es. Nous devons les dĂ©couvrir et les faire resurgir, fouiller les significations des noms de rue, dĂ©terrer les figures perdues dans l’obscuritĂ© et redĂ©couvrir une architecture qui a disparu depuis longtemps. Le retour Ă  l’architecture vernaculaire – l’environnement bĂąti des gens, adaptĂ© par et pour la culture et les conditions locales – est attendu depuis longtemps. Elle peut combattre l’absence de place que les empires et les entreprises ont imposĂ©e.

Historiquement, la domination politique et Ă©conomique a dictĂ© les styles de construction. La prolifĂ©ration de l’architecture d’un empire permet de suivre sa progression : lieux de culte, installations militaires, bĂątiments gouvernementaux et forums de divertissement. À l’Ouest, les monuments de style grĂ©co-romain, dont le bĂątiment de la Cour suprĂȘme des États-Unis et le British Museum, invoquent la lĂ©gitimitĂ© par lignĂ©e aux berceaux de la civilisation. Certains empires ont absorbĂ© des styles rĂ©gionaux, comme le style indo-sarrasin du Raj britannique, dĂ©rivĂ© des bĂątiments indo-persan de l’empire moghol. D’autres ont Ă©voluĂ© au fil des siĂšcles : L’architecture islamique englobe Ă  la fois les arcs en fer Ă  cheval des Maures et les dĂŽmes turquoise de l’OuzbĂ©kistan, mais les caractĂ©ristiques unifiĂ©es telles que les minarets et les ornements gĂ©omĂ©triques vous disent que ce sont des terres conquises et converties par les empires musulmans.

En pensant Ă  l’avenir, les citoyens du monde d’aujourd’hui pourraient envisager des Ă©volutions des centres de pouvoir existants – le bĂ©ton et le verre de New York, Tokyo, Londres et PĂ©kin, seulement mis Ă  niveau. MĂȘme lorsque nous imaginons une catastrophe, cela revient Ă  des versions ruinĂ©es de ces mĂ©tropoles. Et un solipsisme encore plus grand accompagne les rĂ©flexions sur la maniĂšre d’Ă©viter ce destin, comme les propositions glorifiĂ©es de nacelles de sauvetage pour la navigation en mer ou la terraformation de Mars.

Mais lorsque l’artiste Olalekan Jeyifous dĂ©peint un futur Lagos, il fait quelque chose de diffĂ©rent, imaginant des mĂ©ga-structures de baraques qui juxtaposent, et peut-ĂȘtre mĂȘme rĂ©concilient, privilĂšge et appauvrissement. Sa dĂ©marche souligne l’urgence de regarder au-delĂ  de l’hĂ©gĂ©monie. L’avenir rĂ©el va se produire partout. Il dĂ©pendra de ce que nous pouvons sauver et faire revivre dĂšs maintenant. Les problĂšmes auxquels nous sommes confrontĂ©s sont mondiaux, comme nous l’a rappelĂ© COVID-19, mais ils auront un caractĂšre et un impact locaux spĂ©cifiques, qu’il s’agisse de villes qui coulent, d’incendies ou d’inondations. Ce qui se passe d’un cĂŽtĂ© de la planĂšte, par le biais des rĂ©coltes et de la migration des populations, aura de l’importance ailleurs. La construction est responsable de 39 % des Ă©missions de dioxyde de carbone liĂ©es Ă  l’Ă©nergie, l’environnement bĂąti est donc au cƓur de ce dĂ©fi. Les murs physiques et les frontiĂšres psychologiques ne feront pas obstacle longtemps Ă  la rĂ©alitĂ©. Pour qu’il y ait un avenir habitable, il faudra qu’il soit vernaculaire : qu’il s’agisse de renouer avec les gens lĂ  oĂč ils vivent rĂ©ellement plutĂŽt que de se fixer sur des folies monumentales. Il est sĂ©duisant, et dangereux, d’imaginer que l’avenir sera tout neuf alors qu’en vĂ©ritĂ©, il sera toujours plus vieux que le prĂ©sent.

Via The Atlantic

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