Juridiquement neutre

Une façon d’écrire, d’expliquer une théorie lorsque l’auteur présente la pensée néolibérale et son dépassement d’une grande partie du monde presque comme un plan, comme un grand schéma. Ce n’est pas le but de Sam Popowich ici mais, il le présente trop comme une façon concertée d’atomiser les vies humaines en morceaux gérables. Les conditions sociales qui en résultent sont le résultat partiellement involontaire de certains principes de base, appliqués décennie après décennie, et non comme un grand plan à travers le temps et les pays.

Cela étant dit, son essai établit un parallèle fascinant entre la façon dont l’intelligence artificielle et l’apprentissage machine séparent le code des données et systématisent les processus, les décisions ; avec la façon dont le néolibéralisme sépare l’État de droit et l’expérience vécue. Dans cette optique, l’algorithme et la loi sont conçus pour un système de décision neutre en théorie, mais certainement pas en pratique, qui s’abstractionne des données et de la diversité et de l’unicité des individus.

Avec l’IA, la surveillance et la numérisation de tout, le néolibéralisme trouve l’outil parfait pour broyer et effacer les « différences importantes qui rendent la vie humaine riche et significative ».

Pour Turing, le fonctionnement d’une machine est toujours entièrement décrit dans un ensemble de règles, alors qu’aucun ensemble de règles de ce type ne pourrait être conçu pour régir les êtres humains. « Il n’est pas possible, écrit-il, de produire un ensemble de règles prétendant décrire ce qu’un homme doit faire dans toutes les circonstances imaginables ». […]

Les machines ont peut-être une capacité limitée à adapter leurs ensembles de règles (comme c’est le cas des algorithmes d’apprentissage machine contemporains), mais l’intelligence humaine n’est pas du tout une question de procédures formelles ; c’est plutôt une question de créativité intuitive et riche en contenu. En conséquence, Turing a essentiellement rejeté la possibilité que la vie humaine puisse être réduite à un calcul prévisible.[…]

Le développement de l’informatisation, l’expansion et le perfectionnement des études sur le temps et les mouvements des travailleurs, la robotisation des usines et l’expansion de la demande individualisée des consommateurs ont conduit à la financiarisation algorithmique, à la mondialisation et à l’automatisation du capitalisme néolibéral. […]

Toute tentative de trouver le « juste » équilibre entre des théories concurrentes de la justice ou de l’égalité, ou entre l’individu et le collectif, ou entre l’universalisme et la particularité, ou entre l’optimisme technologique et le pessimisme technologique, est vouée à l’échec précisément parce qu’elle est conçue sous l’aspect de l’État capitaliste. Si nous rejetons cet aspect, beaucoup de ces problèmes politiques disparaissent.

Un article à lire de Realifemagazine

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