Pourquoi j’ai arrêté de suivre des influenceuses

Cela fait un moment que je n’ai pas pris le temps de poser quelques lignes « personnelles » sur ce blog, qui, même s’il fait office de revue de presse, est au final assez transparent quant à mes états, mes interrogations, mes opinions, sans que je souhaite en parler avec le « Je »- comme si une inconnue pouvait utiliser un blog pour raconter sa vie… Ha mais oui, en fait, c’est un peu lié au sujet dont je veux parler maintenant.

Je pourrais citer le nom des filles (principalement) que j’ai commencé à suivre il y a de cela 2 ans parce que, par effet de mimétisme, et parce que dans mon métier de l’époque, il fallait que je connaisse les nommées « influenceuses ».

Je qualifiais à l’époque ces personnes comme des gens lambda qui représentent les caractéristiques d’un groupe de personnes, ses fans, qui se reconnaissent en elle. Je n’ai pas été très inspirée puisque j’ai suivi, presque par obligation sociale, les noms que j’entendais ici et là. J’ai été atterrée par EmmaCakeCup (je ne ferai pas de lien vers le compte respectif de chacune dont je parlerai) : vulgarité, humour potache, et j’en passe, en vrai j’ai eu le sentiment de suivre les errances d’une fille de 20 ans… que j’ai du être à un moment. Cependant je continue à la suivre car je ne peux me détacher de l’idée que j’ai « besoin de comprendre » notre société, aujourd’hui, au sein de laquelle je me sens en décalage.

Je pense (et je sais) que les réseaux sociaux nous rend voyeuristes, de la façon la plus extrême, et la plus subie car la nature l’a mise en chacun de nous. Le concept du moucharabieh : voir sans être vus. Nous voyons un ou une inconnue, mais tout de mêle plus connue et suivie que nous. Rares sont les influenceuses talentueuses, humbles et discrètes : ce serait un oxymore, voire une chose intrinsèquement impossible à combiner. Mais cette forme de « consensus » ou d’assentiment général ne peut que semer le doute qu’il y a bien « un truc » chez elles.

J’ai ensuite suivi des filles dont j’ai oublié le nom (vraiment : « Sabanana », « Mespetitsdélices » ? « Paillettesetchouquettes » ? « MonPetitSecret » ?) mais avec en tête de file Noholita. Pour celle-ci, j’avoue être tombée dans le panneau de son style osé qui m’a donné le sentiment de vivre (exister) par procuration – sur le plan vestimentaire seulement. Et à coups de code promo sous ces vidéos de tenues très originales, j’ai acheté ! Je me disais qu’elle était une forme de « validation » à une exubérance qui sommeille en moi et qui ne se traduit pas par mon nuancier de vêtements bleu, noir, gris et jean devant lequel je me retrouve tous les matins devant mon placard pour faire mon choix de look du jour. Mes vêtements ne reflètent pas ce que je suis, mais comment je veux être vue ou justement comment je veux garder secrètes mes facettes.

Puis j’ai reçu ces vêtement Boohoo, Asos, Zalando, tous mal coupés, de mauvaise qualité, me donnant l’impression d’avoir des vêtements de manouche que j’étais incapable de porter sans me dire que « ce n’était pas moi ». Puis j’ai compris qu’elle fonctionnait à l’affiliation : autrement dit, chaque fille probablement un peu en manque d’inspiration qui achète via son lien en Swipe up sur Instagram ou son blog, lui rapporte de l’argent. Puis j’ai suivi la logique du business (car je vois toute sa vie): je l’ai vue acheter des sacs Dior, des bijoux Cartier, une Rolex, un appartement immense refait qu’avec des éléments luxueux… alors même que son fonds de commerce est de s’habiller avec style avec des petites marques et de twister un tee-shirt tout simple. J’ai compris, mais je n’ai pas cessé immédiatement de la suivre pour autant. Je ressentais le besoin de voir tous ses voyages, ses soirées, ses looks (même si la magie n’opérait plus du tout) : je regardais parce que j’étais autorisée à le faire et que c’était un programme différent de la TV.

J’ai commencé à m’imaginer sa vie, qui m’étaient présentés presque 4 fois par jour tant ses posts sont fréquents : elle se filme sans arrêt, commente tout, y compris des choses très intimes et tout cela a fini par me renvoyer une très mauvaise image, non pas d’elle (c’est sa vie, ses choix) mais de moi !

Je ne suis pas une personne qui peut faire ce qu’elle fait. Rien de ce qu’elle fait ne ressemble à ma vie ou la vie que je souhaiterai avoir. Et je suis ravie pour elle qu’elle ait cette opportunité de vivre des choses incroyables à son âge. Je sais que ce n’est pas mon rêve de vie (cela me demanderait beaucoup trop d’efforts d’apparences sociales).

J’ai par la suite était profondément choquée par une grande partie de la communauté influenceuses qui s’est révélée dans la splendeur de sa vacuité : durant le confinement. Leur business ne marchait plus : à quoi bon s’habiller quand on ne sort pas ? Plus de voyages, plus de soirées, plus de resto… Fini tout ça. Et que restait-il ? Absolument rien, même pour des personnes plus « intéressantes » habituellement : pas de post, une image de caméra de surveillance sur le même quotidien que chacun de nous (sauf les travailleurs contraints de continuer leur activité), et aucune pensée intéressante qui aurait pu permettre de mieux supporter les 4 murs de notre confinement.

Mais ce qui m’a fait quitter tout ça (car je ne regardais finalement pas tant que ça Instagram avant de vouloir les suivre pour me fondre dans le groupe) ce sont les prises de position opportunistes des unes et des autres : sauver les animaux, promouvoir des produits bio… Une forme de greenwashing qui allait les conduire non seulement à un discrédit criant mais à un frein à leur business de partenariats. « Sauver les chiens » mais porter des Nikes et du H&M, promouvoir Frichti ou Uber (les chiens valent plus que les humains et leur condition ici ou à l’autre bout du monde pour fabriquer une jupe à 8 euros). J’ai vraiment ressenti une aversion profonde pour ce type de façon de gagner sa vie.

Une mode et une opportunité qui au départ étaient « innofensives » a fini par heurter des valeurs morales en lesquelles j’essaie de me reconnaître en les appliquant de plus en plus au quotidien : moins acheter, privilégier des marques écologiques et engagées de bout en bout de la chaîne (j’insiste sur le temps que cela prend de vérifier dans quelle mesure une marque est vertueuse tout en étant à profits), se méfier des choses gratuites, des informations virales, etc. Suivre les flux Instagram m’a fait sentir que j’allais à rebours de ce qu’il fallait faire, alors que des centaines de milliers de personnes continuent de liker et, d’une certaine façon, de cautionner leurs propos et contenus.

Puis celle qui m’a certainement vraiment dérangé est Caroline Receveur, qui a clairement fait d’elle une machine à cash. Elle me donne le sentiment d’utiliser le système comme revanche sur je ne sais quoi pas résolu. Refaite et artificielle, elle castagne ses fans (et les non-fans, grâce aux pubs, car je ne la suis pas) de mise en avant d’elle-même avec des produits de marque, puis avec sa propre marque, copiant ce que font les célébrités américaines. Et finalement, sans vraiment sans cacher. Elle met en lumière la pauvreté de chacune qui s’identifie à cet idéal qu’elle semble croire véhiculer. Mais ça marche !! Que demande le peuple !! Elle aurait bien tort de s’en priver. Si le but de nos vies est de se payer une immense maison dans un paradis, autant prendre le chemin qui se présente à soi…

Je reconnais avoir joué aux Barbies jusqu’à 11 / 12 ans, mais aujourd’hui ces filles me font penser aux « personnages », actrices des mondes imaginaires que je construisais avec ces représentations irréelles. L’illusion des réseaux sociaux c’est de croire qu’un monde de rêve est à la portée de tout le monde. Mais la vie de rêve a bien pâle figure sur Internet : elle est principalement affaire d’achat et de possession (et de montre).

Comment est-il possible de chercher et penser trouver une forme d’identité à travers des personnes qui gagnent leur vie avec notre attention, nos likes, nos clics et nos achats influencés par une image qu’elle véhicule, censée comblée une forme de vide qui nous conduit à nous abandonner à perdre notre temps à regarder leur quotidien.

Je suis certaine que la petite fille qui a abandonné un jour ses Barbies ne se rêvait pas adulte, vivre par procuration avec ses pâles représentations.

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